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 [PV]Une perte de temps ?

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Aratos
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MessageSujet: [PV]Une perte de temps ?   Jeu 3 Oct 2013 - 14:55

[Provenance : temple de la balance]

Effectuer le tour du Sanctuaire avait été une bonne idée, par deux fois. Déjà, l’un des murs s’était presque écroulé sous le poids de la neige et sous la force du vent. En une vingtaine de minutes, le chevalier du poisson austral avait repositionné les pierres et avait renforcé la palissade avec un sac de ciment. Puis, il avait cru apercevoir une meute de loup s’attaquer à un garde, mais le temps d’arriver plus de traces. Pas de garde, pas de loups. Rien. C’était à n’y rien comprendre.

* Peut-être que je suis dans une sorte d’illusion ? Ou alors peut-être que je deviens tout simplement fou ? Il y avait un garde, j’aurais parié mon chapeau préféré que c’était le cas.* A noter que le bon Aratos n’avait pas de chapeau, mais que cela n’empêchait rien. * Ceci dit, avec cette neige envahissante, je n’y vois plus rien. On dirait de la purée de pois. Comment retrouver des traces dans ces conditions ! Vingt ans de métier, j’ai jamais vu ça.*

Croyant apercevoir, au loin, une preuve de la disparition de ce malheureux garde, l’ibère commença à se poser quelques questions. Devait-il y aller, risquant de se perdre au milieu de nulle part, ou alors devait-il revenir sur ses pas. Pouvait-il laisser ce pauvre hère se faire charcuter par une meute de prédateurs ? Evidemment que non. Mais existait-il seulement ? Probablement pas… mais il n’en était pas sûr.

N’écoutant que son courage – et un peu le fait que si un mec se faisait découper dans sa zone, il risquait de se faire gronder – Aratos décida de suivre cette piste. Après quelques pas, une trace de sang confirma ce qu’il redoutait, il y avait bien eu une attaque. Ce n’était plus le moment de blaguer. Se mordant les lèvres, le garçon, s’élança à toute vitesse, suivant les trainées écarlates. Mais il était probablement trop tard…

Les branches lui fouettaient le visage, la neige s’engouffrait dans ses manches, le froid lui gelait les joues. Et d’un seul coup, il perdit la trace. Il avait beau se donner à fond, il n’en restait pas moins qu’un gosse de seize ans face à une situation qu’il ne maitrisait absolument pas.

« MERDE ! MERDE MERDE MERDE ! » cria-t-il.

A quoi bon. L’homme était sans doute déjà mort. Aratos se passa les mains dans les cheveux pour en chasser la neige, comme si ce geste allait chasser son impression d’avoir échoué.
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Alessio
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Mar 15 Oct 2013 - 21:32

S'il avait dans un premier temps eu quelques doutes sur sa capacité à voler dans cet état, le Griffon n'avait pas mis longtemps à être rassuré. Si tous ces bouleversements l'avaient en effet éprouvé sur le moment, c'était pour n'en garder aucune séquelle finalement. Ce qu'il venait de traverser aurait certes mérité un peu de repos, mais Alessio n'avait pas jugé bon de s'en accorder. Ne sachant trop combien de temps il était resté captif de son palais et de sa propre chair, il estimait avoir besoin d'une bonne bouffée d'air frais. Et frais, il l'était, sans l'ombre d'un doute. À peine avait-il quitté les Enfers pour remonter à la surface qu'il avait pris conscience de la vague de froid qui s'étendait sur le monde. Ce n'était pourtant pas la saison, et s'il pensait bien avoir « dormi » plus longtemps qu'il ne l'aurait cru, il lui était difficile de croire que son hibernation ait pu durer jusqu'en hiver.

À plus forte raison que ce serait là un curieux paradoxe, mais là n'était pas la question. Mais même s'il aurait été curieux de connaître les raisons de ce changement climatique qui ne paraissait que trop peu naturel à ses yeux, il avait déjà bien assez à faire sans se mêler de leurs affaires. Après tout, ce monde n'était pas le sien – plus maintenant du moins - ; il était son terrain de jeu. Peu lui importait s'il y faisait un peu froid, ce n'était pas comme s'il ne pouvait pas se passer d'y retourner jusqu'à ce qu'il ait dégelé. Il consigna néanmoins dans un coin de sa tête le besoin de vérifier auprès des victimes de cette chute de température si elles en savaient plus long à ce sujet – l'avantage de ce genre d'impact sur le monde étant qu'il y aurait forcément des morts y étant liés de près ou de loin. Et quelle meilleure place que la sienne pour les interroger ?

Sans même le vouloir, il s'était à nouveau dirigé vers le Sanctuaire. Non pas qu'il le veuille, n'ayant strictement aucune envie d'en revoir les occupants pour le moment – il avait plus qu'assez de ses propres problèmes à régler sans en ajouter, quand bien même il ne se priverait pas non plus de les tourmenter comme il savait si bien le faire si l'occasion s'en présentait. Ces pauvres hères étaient d'une telle naïveté que s'en faire des jouets était aussi aisé que distrayant, au moins pour un temps. L'image d'Angèle traversa son esprit à cette pensée sans pour autant que varie son expression alors que ses ailes redoublaient de vigueur dans leur battement pour se délivrer du givre qui, peu à peu, était venu les recouvrir de son blanc manteau. Voir le gel s'en détacher et s'éparpiller alentours tandis qu'il prenait un nouvel élan lui fit esquisser un sourire en coin.

Le moment aurait été bien mal choisi pour se parer de clair alors qu'il était plus que jamais compromis. Mais dire qu'il n'y voyait pas une part d'intérêt serait mentir ; au contraire, cela stimulait sa créativité. Plus que jamais, les fils méritaient d'être tirés. Aussi n'était-ce aucunement le moment de s'attarder sur sa condition finalement inchangée, si ce n'est que l'épée de Damoclès jusque là suspendue au-dessus de sa tête était partie en fumée. Pour être remplacée par d'autres, il le savait, mais c'était toujours cela de pris. Désormais, personne n'était plus en mesure de changer ce qu'il avait construit en château de carte, de souffler sa fausse vie comme la flamme d'une simple bougie. Et se savoir n'en être plus menacé, sans pour autant lui permettre de se reposer sur ses lauriers, éveillait en lui une folle envie de s'amuser.

Mais même s'il ne perdait pas de vue ce besoin de se divertir pour rompre avec l'excès de sérieux  qu'avait été son parcours lors des dernières entrefaites, c'était « pour le travail » qu'il était ici – une fois n'est pas coutume. Car entre deux manigances, il lui fallait bien parfois honorer son rang de Juge des Enfers afin de le légitimer. En dépit du fait que Yade soit préposé au tribunal des âmes, le véritable maître des lieux n'était nul autre que lui à l'origine et c'était à ce titre qu'il disposait d'un libre accès au Livre des Morts. Or, le problème était que celui-ci comportait une erreur dans ses entrées de registre, chose qui ne s'était – à sa connaissance – jamais produite au cours des siècles passés. Ainsi, si des milliers de personnes mouraient chaque jour, ce décès-là était sorti du lot dès l'instant où il s'était risqué à y jeter un oeil.

Rares étaient les cas particuliers comme celui-ci et cela valait à son sens la peine qu'il se déplace personnellement pour savoir ce qu'il en était en vérité. S'il s'était d'abord imaginé que cela pouvait avoir un lieu avec l'état dans lequel ce monde abject se trouvait en ce moment, ce fut un soupçon d'hilarité qui s'était emparé de lui sitôt après s'être enquis tant de la date et l'heure du décès que de l'endroit où il était survenu. Un moment qui n'était pas sans lui rappeler quelques souvenirs, tant et si bien qu'il n'avait pas fallu plus d'une fraction de seconde pour qu'il s'imagine l'un des Saints d'Athéna périssant lamentablement sous l'une des colonnes effondrées de la Maison du Bélier. Cas improbable, mais sait-on jamais. Ce ne serait pas la première fois que ces pathétiques pantins le surprendraient dans le mauvais sens du terme ; au moins leurs frasques auraient-elle cette fois eu la chance d'être drôles.

N'ayant guère eu le temps de s'y pencher avant que celui-ci ne soit sorti des Enfers – non sans qu'il se demande une fois de plus avec une pointe de consternation comment Yade pouvait se montrer aussi magnanime avec leurs ennemis jurés – il s'était donc mis en devoir de retrouver sa trace afin de satisfaire sa curiosité. Ne pouvant hélas pas se risquer à approcher une fois de plus le bastion de l'Armée de la Guerre et de la Sagesse en cet instant, préférant laisser le doute se répandre dans les têtes après sa dernière confrontation avec Orion, il lui avait fallu attendre que le brave petit s'en soit éloigné. Et même s'il était capable de patience – n'avait-il pas rongé son frein durant plus de dix-sept siècles avant de sortir du Lac de Sang ? - Alessio ne comptait nullement rester dans ces parages éternellement.

Malgré le fait qu'il ait fait l'effort de venir jusqu'ici tant la perspective de clarifier ce mystère était alléchante, cela ne changeait rien au fait que le froid n'était pas fait pour lui. Habitué aux climats méditerranéens de par ses origines, il s'en contentait très bien et n'avait aucune envie d'apprendre à connaître cette fraîcheur polaire. Ainsi s'était-il vu dans l'obligation de lui donner un coup de main par l'intermédiaire d'une raison de sortir de son périmètre de sécurité – soit les abords du Sanctuaire – en attirant à lui le cadavre d'un garde par le biais d'une meute de loups que ses fils avaient eu tôt fait d'apprivoiser. Le Griffon n'aimait pas tuer inutilement mais voyait dans le trépas de cette sentinelle une libération ; il n'était définitivement pas humain de le faire rester debout dans de telles conditions toute la sainte journée. Puisse-t-il brûler en Enfer, cela aurait au moins le mérite de le réchauffer.

S'il n'aurait sans doute pas pu en faire de même avec des humains en de telles proportions, mettre de son côté une meute de loups ne s'était pas avéré si compliqué – quand bien même les contrôler tous en même temps tout en faisant en sorte qu'ils restent coordonnés s'était avéré plus complexe qu'il ne l'aurait présumé. Quant au soldat de corvée, il s'était contenté de lui paralyser la mâchoire de sorte à ce qu'il n'ait pas le temps d'émettre le moindre glapissement quand les crocs lui avaient percé la chair. Il pouvait bien accorder ce festin à ces braves bêtes qui l'avaient bien aidé, trouver quelque chose à se mettre sous la dent par les temps qui courent ne devait pas être chose aisée. La seule condition à cela fut qu'ils aillent le dévorer plus loin et sans laisser de traces autres que celles de leurs pattes – qu'il effaça lui-même en remuant la neige du bout de ses plumes -, ce qu'il n'eut pas de mal à leur faire comprendre en profitant de sa Cosmic Marionetion pour leur infliger des douleurs auxquelles ils n'auraient sans doute pas pensé.

Ainsi s'en étaient-ils allés avec leur proie, aussi loin de lui qu'ils le pouvaient – exactement ce qu'il attendait. Quand il voyait combien les bêtes pouvaient se montrer dociles et réceptives à ses ordres, il lui arrivait de se demander pourquoi il perdait encore son temps avec le genre humain. Néanmoins, la réponse s'imposa d'elle-même à son esprit bien plus vite qu'il ne l'aurait voulu : parce qu'il est bien plus drôle de les faire souffrir. Voilà ce qui occupait ses pensées à l'instant même où un bruit de pas se dirigea vers lui, s'enfonçant pesamment dans l'épaisse couche de neige qui recouvrait le sol de ces contrées peu habituées à en voir la couleur. Dévêtu de son Surplis pour ne plus garder que son habituel costume, bien suffisant pour le recevoir – même s'il n'était guère prévu pour lui tenir chaud, chose dont il aurait eu grand besoin en l'état.

Les risques de métier, pourrait-on dire, comme il y songea lui-même alors qu'il pestait une fois de plus contre cette zizanie des saisons. Sans frémir le moins du monde cependant, il resta en place, confortablement installé contre le tronc d'un arbre adjacent d'où il put voir arriver l'intéressé – et entendre ses exclamations affolées. Ayant masqué à la perfection sa cosmo-énergie, rien ne permettait de le distinguer d'un civil tout ce qu'il y a de plus ordinaire – sinon qu'il ait un peu trop d'allure et une tenue quelque peu singulière pour ce genre d'endroit. Mais on ne peut pas tout avoir, n'est-ce pas ? Il avait également du prendre soin d'enfermer le papillon de l'Enfer, gracieuseté d'Hypnos, dans son chapeau pour qu'il ne le fasse pas repérer, mais celui-ci s'était montré étrangement docile à cette idée. Un problème de réglé. Ôtant de ses lèvres la cigarette qu'il avait allumée aussitôt après son arrivée, il recracha un nuage de fumée et avisa nonchalamment le Chevalier :

Pourquoi cet air si sérieux ? Mets donc un sourire sur ce visage.
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Aratos
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Mar 22 Oct 2013 - 0:03

Le jeune castillan ne savait plus trop où il était. Après avoir perdu la piste et avoir crié son désespoir – de manière peut-être un poil vulgaire, je vous l'accorde – l'adolescent s'était vu abordé par un drôle de personnage, comme ça, sans autre forme de procès.

* Oh bordel... Mais qui est ce mec ? *

C'était la question qu'Aratos se posa, tout simplement, en voyant arriver cet énergumène. Inattendue, en tout cas, cette rencontre l'était. Il ne s'espérait pas seul, mais à aucun moment il ne s'était attendu à la présence de cet homme. Il était à la recherche d'un garde, et non pas d'un homme tiré à quatre épingles, coiffé, chapeauté, et même une cigarette à la main. Il semblait comme sortir d'un autre univers, d'un bal costumé peut être ?

* C'est quoi cet accoutrement en plus ? Un costume alors qu'il gèle ? Ça doit cacher quelque chose, ça. Pourtant ... Pourtant il n'émet aucun cosmos. Je n'y comprends rien. C'est peut-être un fou ? *
se dit-il sans trop y croire. Il était assez peu probable de croiser un homme comme ça, sans raison, au beau milieu de nulle part. Et s'il s'agissait d'un espion ou de quelque chose dans le genre ? Il ne pouvait pas se permettre de le laisser là, même s'il ne s'agissait que d'un simple d'esprit. C'était aussi une possibilité, après tout, ses propos assez peu cohérents venant renforcer cette théorie.

Que pouvait-il faire après tout ? Il avait déjà perdu le garde dans le blizzard, et, si son armure lui tenait assez chaud pour éviter de mourir frigorifié, c'en était probablement déjà fini pour l'homme. Par contre, il devait essayer d'enquêter un minimum sur cet étrange individu. Une sorte de manière de se racheter, même si ce n'était pas vraiment ce qu'il cherchait...

" Mettre un ... Quoi ?"  Non, il avait beau y mettre du sien, ces babillages semblaient on ne peut plus hors sujet. " Sans déconner, vous êtes qui ?"

La subtilité, ce n'était vraiment pas son fort, il fallait avouer. Bon, au moins, il n'était plus vraiment question de faire profil bas désormais... Et s'il devait tomber dans un piège, qu'il advienne que pourra !

* J'espère juste que c'est pas un foutu Berserker, ou un Spectre, ou un truc dans le genre. J'suis vraiment pas d'humeur à c'qu'on m'prenne la tête... * pensa-t-il en se grattant le menton.

Oui, il faut avouer que le bon Aratos n'était pas très doué pour les investigations.
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Alessio
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Ven 1 Nov 2013 - 4:44

La manière qu'il avait eue de s'introduire était tout sauf ordinaire, mais Alessio n'en connaissait pas d'autre. Soigner son entrée en scène était indispensable pour quiconque veut faire une bonne première impression, et quelle que soit l'issue de cet entretien, il comptait bien faire en sorte que le jeune Saint se souvienne de lui longtemps. D'une manière ou d'une autre. Tout dépendrait des réponses qu'il aurait à lui donner... Même s'il agissait pour le travail pour une fois et non dans son propre intérêt, cela ne voulait pas dire qu'il n'avait pas le droit d'en profiter pour se divertir. Tant que la besogne était faite, nul n'y trouverait rien à redire. Ce n'était de toute façon pas comme s'il y avait grand monde qui soit en droit de lui reprocher quoi que ce soit. Pas à lui, et d'autant moins d'année en année. Même le retour d'Hypnos – et pas sous son meilleur jour qui plus est – n'y pourrait rien changer.

Même privé de sa semi-divinité, il n'en restait pas moins un Juge des Enfers dans toute sa splendeur, jouissant sans remord de tous les privilèges alloués. Il aurait été idiot de s'en priver. D'un geste parfaitement maîtrisé, il tapota sa cigarette, éparpillant ses cendres au gré du vent. Quelle que soit l'agitation que pouvait manifester son invité, le Griffon restait un parfait parangon de sang-froid et de maîtrise de soi à faire pâlir les Chevaliers des Glaces les mieux entraînés. Céder à la panique était la dernière des choses à faire, si incongrue que soit la situation à laquelle on puisse se retrouver confronté. Qu'il ne maîtrise pas encore cette leçon de vie qui, pour qui se veut protecteur de l'humanité, n'était rien de moins qu'une question de survie, prouvait qu'il avait encore beaucoup de choses à apprendre  bien que le registre le vante comme étant déjà un Saint confirmé.

Mais cela ne faisait que conforter Alessio dans l'idée qu'il véhiculait, celle selon laquelle les Saints manquaient de chair à canons et attribuaient donc leurs armures le plus tôt possible afin de compenser les pertes. La preuve une fois encore que quoi qu'en dise Athéna, les larves serviles qui oeuvraient à son service n'étaient rien d'autre que des pions pouvant être sacrifiés au nom de ses divins caprices. Il y aurait toujours des idiots pour venir reformer leurs rangs lorsque ceux-ci se brisaient par manque d'effectifs. Si triste que ce soit, si exceptionnels qu'ils se croient, tous autant qu'ils sont, ils étaient remplaçables. La sauvegarde de l'humanité n'était qu'un prétexte pour avoir toujours plus de larbins lui tenant lieu de boucliers humains. Une vérité que beaucoup d'entre eux avaient le plus grand mal à affronter. Mais il ne désespérait pas. Viendrait le jour où ils seraient bien forcés d'ouvrir les yeux, il en était persuadé.

Allons, allons. Pourquoi tant d'agitation ? Vous devriez commencer par vous calmer, mon garçon. Cela ne vous apportera rien de bon. Qui je suis n'a pas grande importance, mais si vous tenez tant à le savoir, considérez-moi comme un modeste voyageur de passage. J'ignore ce que vous faites ici, mais le fait est que cela m'a tout l'air de vous rendre nerveux.

Démarche amicale s'il en est, et le ton avenant dont il avait usé pour l'amorcer ne laissait présager d'aucune mauvaise intention. Rien ne le distinguait d'un homme ordinaire si ce n'est bien sûr l'anomalie que représentait sa présence ici. Jouer la carte de la sympathie n'était pas forcément une mauvaise idée – désemparé comme il l'était, le malheureux était susceptible d'accepter. Si improbable que soit le cas de figure qui se présentait à lui, Aratos – son nom, si la mémoire d'Alessio ne le trompait pas, et elle ne le trompait pas - ne dirait sans doute pas non à un répit inespéré si la perche lui était ainsi tendue - et laissée bien en évidence qui plus est.

Si je puis me permettre, pourquoi ne prendriez-vous pas le temps de souffler ? Sans vouloir vous retarder dans votre labeur, quel qu'il soit, cela va de soi, mais je suis convaincu que vous devez l'avoir bien mérité. Me trompe-je ? Je ne sais rien de ce qui vous préoccupe, mais m'est avis qu'il n'est guère recommandé de tout garder pour soi. Voudriez-vous me dire ce qui ne va pas ? Peut-être pourrais-je vous aider, ma foi. Je ne prétends pas avoir la solution à vos problèmes, mais si cela peut vous libérer d'un poids...

Qu'il choisisse ou non de vider son sac était déjà plus difficile à prévoir, mais l'Étoile Céleste de la Valeur ne pouvait s'empêcher de vouloir le voir s'épancher de tous ses malheurs de vive voix. C'était à un parfait inconnu qu'il avait affaire, que risquait-il à s'y essayer si ce n'est qu'il emporte avec lui ses secrets et ne revienne plus jamais ? La main du Juge plongea dans sa poche pour y matérialiser une cigarette, d'une émission de cosmos trop brève et trop faible pour qu'un simple Bronze Saint puisse la distinguer. S'il en fabriquait une devant lui de la même manière, ses projets risquaient forts d'être quelque peu compris. Aussitôt qu'elle fut préparée, il la sortit au grand jour et la tendit dans sa direction, sans savoir s'il en serait intéressé.

Cigarette ? proposa-t-il sobrement, la tenant du bout des doigts.
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Aratos
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Lun 4 Nov 2013 - 16:00

Aratos soupira, l’étranger avait … étonnamment raison ! Il avait perdu la trace du garde, et il neigeait toujours à gros flocons. Ce n’était pas en perdant le nord qu’il allait s’en tirer facilement : il était tout de même à moitié perdu dans une forêt qu’il ne connaissait pas, et de plus, les loups rodaient peut-être encore dans le coin. L’espace d’un instant, le jeune castillan se demanda si leur présence était un fait connu des autorités, n’ayant jamais entendu parler d’une meute de loups dans les récits des habitants du coin, mais il chassa rapidement l’idée de sa tête. Il avait mieux à faire, et peut être qu’à défaut d’avoir su protéger l’homme du sanctuaire, il réussirait à tirer quelque chose de son inopiné visiteur.

Cela n’allait pas être facile, évidemment. D’un calme quasiment surnaturel, l’homme en face de lui fumait tranquillement son tabac. Quelque chose en Aratos lui disait qu’il ne pouvait pas se fier à cet homme, mais il n’avait pas la moindre idée d’où cela pouvait provenir. Son instinct peut-être ? Il n’allait incontestablement pas se confier à un étranger, d’autant plus que les questions semblaient quelque peu hors de propos. Sans oublier qu’il ne s’était pas identifié de façon concrète ! "Un modeste voyageur de passage." Il ne voulait pas être grossier, mais ne pouvait évidemment pas laisser circuler quelqu’un de passablement louche.

* Comment puis-je seulement savoir s’il s’agit d’un homme ou … d’autre chose ? Si je lui balance la sauce sous la forme d’une attaque, je suis à peu près sûr qu’il esquivera, ou qu’il la prendra sans sourciller, mais si j’me goure, c’est quand même une attaque portée à un mec qui n’a rien à se reprocher. Ca risquerait de faire un peu tache pour moi. * se dit-il le temps que le nouvel arrivé ne continue son monologue, d’une voix plutôt cordiale. Il ne pouvait formellement pas se lancer sur lui sans autre forme de procès, et d’un autre côté, il n’en avait pas réellement envie non plus. La question était donc tranchée, il ne lui collerait pas d’avoine gratuitement.

« Je suppose que vous n’avez vu aucun loup dans le coin. Et aucun garde du sanctuaire ? Je cherche un homme, probablement blessé. » lui demanda-t-il en déclinant de la main la cigarette que lui proposait Alessio. Fumer ? Ce n’était pas dans ses habitudes. Il n’avait jamais eu ce vice – en avait-il de réel d’ailleurs – et s’en était plutôt bien tiré. D’un autre côté, il n’avait pas eu trop le temps de s’adonner à ce genre d’activités, entre son entrainement et … son entrainement tout court en fait. Les joies d’une vie d’ascète.

« D’ailleurs vous ne devriez pas rester içi, c’est … dangereux. » ajouta-t-il. Lui-même n’était pas rassuré, et cela, sans savoir qu’il était en train de discuter tranquillement avec un être capable de l’envoyer en enfers sans sourciller. D’un autre côté il avait croisé toute une ribambelle de dieux, ces derniers temps, alors rencontrer des êtres plus puissants que lui c’était pas forcément très étonnant.

Et puis il avait déjà été en enfers, et ce n’était pas si terrible que ça. Alors d’accord, la déco n’était pas franchement folichonne, et l’ambiance plutôt morose entre les âmes perdues et les morts dont les plaintes tachaient l’air, mais ce n’était pas non plus pire que de se taper les remontrances d’Orion tout ça parce que son langage n’était pas assez châtié quand il parlait à un supérieur…
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Alessio
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Sam 9 Nov 2013 - 22:50

Comme vous voudrez. fit-il en la rangeant dans sa poche, la rendant au néant qui l'avait vue naître.

Qu'il reprenne contenance était une bonne chose. Le dialogue aurait été bien moins constructif s'il était resté sous l'emprise de la panique. Oui, ce qui était arrivé à ce pauvre garde était plus que fâcheux, mais ce n'était pas en gesticulant dans tous les sens comme un poulet auquel on a coupé la tête qu'il y changerait quoi que ce soit. D'autant plus qu'il était un peu tard pour ça, le Juge était bien placé pour le savoir... La présence de loups dans les parages était certes tout aussi préoccupantes si ce n'est plus, mais ils n'étaient pas réellement censés représenter une menace pour des surhommes. Même les gardes les plus ordinaires que le Sanctuaire compte dans ses rangs étaient supposés pouvoir le défendre contre d'éventuels envahisseurs, à plus forte raison si ceux-ci n'étaient qu'un échantillon de la faune locale. Qu'ils ne soient pas apte à le faire ne faisait que démontrer leur incapacité à remplir leur fonction et faisait ainsi office de sélection naturelle.

S'ils n'étaient pas en mesure de lutter contre une menace aussi ridicule, ils n'avaient pas leur place en ces lieux, même si ce n'était certainement pas Alessio qui irait se plaindre de l'incompétence de leur garnison. D'une part parce que l'entrée lors de ses prochaines visites de courtoisie en serait d'autant facilitée, et d'autre part parce que cela ne faisait qu'étayer bon nombre de ses théories au sujet d'Athéna et de ses fumisteries. Mais au lieu de s'y attarder, le Griffon préféra ramener toute sa concentration sur le jeune homme qui se tenait face à lui, le dévisageant de son regard dérangeant. Un teint mat et des pupilles dorées, il est vrai que cela ne court pas les rues... Mais ce n'était qu'une goutte d'eau dans l'océan de tout ce que son apparence comportait de suspect. Tirant sur sa cigarette, le Juge du Griffon entama sa réponse d'un haussement d'épaules on ne peut plus significatif.

J'ai bien entendu quelques bruits suspects, mais je n'ai vu personne.

Inutile d'en dire plus. Très bientôt, si tout se déroulait comme prévu, le sort de ce pauvre homme serait le cadet des soucis du Chevalier de Bronze. Cet altruisme était touchant, mais était-ce vraiment le sien propre ? Ne lui avait-on pas plutôt inculqué en lui farcissant le crâne de niaiseries idéalistes comme les Saints les aiment tant ? Du peu qu'il avait pu en voir – et en tenant compte de son affolement envers une scène certes banale mais non moins commune – il devait n'avoir rejoint les rangs de la Sagesse que très récemment. Ainsi, peut-être n'était-il pas encore trop tard pour lui ôter ses oeillères. Il était toujours aussi paradoxal de voir que la Déesse de la Guerre prétendait défendre l'humanité alors qu'elle regardait sans ciller ceux qui formaient son bras armé abandonner la leur en sacrifiant leur libre-arbitre sur l'autel d'un culte  absurde.

Oh, ne vous en faites pas pour moi. Comme je vous l'ai dit, je ne suis qu'un simple voyageur de passage. D'ici une heure, je ne serai plus là. Une chance que vous ne partagez hélas pas, je le crains, vous qui êtes enchaînés ici, à cet endroit. Vous ne pourriez en partir même si vous le vouliez, et tout ça pourquoi ? Cela en vaut-il la peine ? Quelles sont donc vos raisons d'être ici ?

Recrachant un nuage de fumée qui ne faisait que le rendre plus nébuleux, à l'image de quelque personnage de rêve ou de conte, Alessio continuait de mener son discours de sa sempiternelle voix de velours. Si l'insistance qu'il mettait dans cet interrogatoire pouvait déconcerter, la base qu'était la question n'en était pas moins fondée. Que faisait-il là, transi de froid, à chercher un homme qu'il ne connaissait même pas, si ce n'était pour obéir à une consigne qu'on lui avait donné et à laquelle il ne devait avoir nulle envie d'obéir ? Pour l'avoir lui même plus en horreur à chaque seconde, l'Étoile Céleste de la Valeur pouvait difficilement envisager que qui que ce soit se porte volontaire pour monter la garde en l'état. Et pourtant, le voilà. Tout ça pourquoi ?

Qui que soit cet homme, vous ne semblez pas le connaître, alors pourquoi diantre partir à sa recherche ? Que gagneriez-vous à le retrouver ? Que perdriez-vous si ce n'était pas le cas ? En un mot comme en cent, pourquoi faites-vous cela ? Qu'est-ce qui vous y pousse ? Qu'est-ce qui vous y motive ? Moi, j'ai choisi d'être là, mais je ne crois pas que ce soit votre cas.

S'étant tourné vers lui pour mieux le dévisager, Alessio fit mine d'épousseter son costume au niveau des épaules pour chasser la neige qui s'y était déposée. Il lui était déjà suffisamment pénible d'avoir à évoluer dans cet environnement que pour en plus tolérer d'emporter avec lui un échantillon de ce qui le rendait si invivable à ses yeux. Si ce n'avait été par jeu, jamais il ne serait resté sous un tel climat plus d'une fraction de secondes – tout du moins pas de son plein gré. C'était comme si l'effervescence du jeune homme qu'il avait en face de lui le réchauffait par procuration, atténuant ainsi la difficulté qu'il pouvait avoir à supporter de rester sur place, sans pouvoir s'en aller – pas avant que ce soit terminé. L'ancien légionnaire détestait avoir à laisser les choses en suspens, et ses divertissements ne faisaient pas exception – non, bien au contraire.

N'avez-vous jamais eu l'impression de ne pas être à votre place ?

Et maintenant ?
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Aratos
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Lun 11 Nov 2013 - 18:04

Son interlocuteur n'avait pas vu le garde, ou du moins, c'est ce qu'il prétendait. Évidemment, le jeune chevalier de bronze se doutait qu'il y avait quelque chose qui clochait dans ce discours. Enfin, c'était surtout le personnage en entier qui semblait comme tiré d'ailleurs, notamment ces pupilles dorées n'avaient aucune raison d'être. Il n'avait entendu qu'un bruit suspect ? C'était sans doute vrai, mais ce n'était pas comme si quelques branches bougées par le vent et un peu d'imagination ne pouvaient pas être à l'origine de ce grabuge là.

" Des bruits suspects..." se contenta de répéter, à voix basse, le garçon, plus pour assimiler l'information qu'autre chose.

Aratos se passa la main sur le visage et décréta que le sort du garde n'était probablement plus de son ressort. Il ne pouvait pas porter tout le malheur et la détresse du monde sur ses épaules, et de ce fait, décida que s'il était tombé au combat, c'était dans le cadre de son devoir. Pouvait-il se porter responsable de tous ceux qui mourraient en effectuant leur mission ? Bien sur que non. Qui s'était interposé entre lui et son opposant lorsqu'il avait été exécuté en bonne et due forme par ce chien infernal en Écosse ? Personne, évidemment. Un chevalier d'or avait bien essayé de le tirer de ce faux pas, mais, entre nous, Aratos l'avait sans doute surestimé, et il ne se ferait pas avoir une fois de plus.

Ce fut de manière fort étrange que l'homme aborda un thème étrange : son allégeance à Athéna. Drole d'entrée en matière pour son interlocuteur qui semblait faire fi de toute retenue, lui demandant sans sourciller les raisons de sa présence en ces lieux. Ne pas prendre de pincettes pouvait être vu comme une preuve de mauvaise éducation mais pas pour Aratos. Il était de ces gens qui n'aimaient pas tourner autour du pot. Devait-il pour autant répondre aux interrogations d'Alessio ? Rien n'était moins sur, mais qu'avait-il à cacher de toutes manières ?

" Je ne vois pas ça de la même manière. Je ne me sens pas spécialement tenu en laisse. Ce n'est pas parce que j'ai été plus ou moins élevé pour devenir un guerrier du Sanctuaire que je porte des œillères. Si un jour je venais à ne plus partager les mêmes buts que ceux de mes dirigeants, je n'aurais aucun problème à rendre cette armure..." annonça-t-il simplement. Était-ce là un discours auquel s'attendait celui qui ne s'était pas présenté sous son vrai nom ? Probablement pas.

Aratos connaissait sa place, en bas de l'échelle de la chevalerie d'Athéna, et n'aspirait fondamentalement pas à monter en grade. Ceci dit, il s'était très clairement promis à ne pas suivre bêtement les ordres, et ce depuis l'obtention de son armure. Soit, il devait respect et obéissance aux chevaliers de rang supérieur, mais ce n'était pas pour autant qu'il se jetterait d'un pont si on lui demandait. Au final, il se battait avant tout pour lui même. La personne avec qui il parlait n'attendit pas plus d'explications avant de renchérir.

" Si je le cherche c'est parce que ça me semble être la chose à faire. C'est ce qui s'approche le plus de ce que je suis, mais je conçois que tout le monde ne soit pas d'accord avec ma façon de voir les choses, et je le respecte. S'il y a une chose que j'abhorre, c'est l'hypocrisie. Un traitre qui ne complote pas est une absurdité, par exemple."

Aratos avait assimilé depuis longtemps que sa manière de voir la vie n'était sans doute pas partagée par la plupart des gens, et son interlocuteur ne ferait pas exception à la règle. Il lui demandait s'il ne pensait pas être à la mauvaise place, et le jeune bronze eut une pensée pour cet être de son passé, ce messager qui avait voulu l'emporter pour faire de lui un suppôt d'un dieu sombre. Il n'était pas à sa place, mais qu'y pouvait-il ?

" Je suis sans doute pas à la place que l'univers m'avait réservé, mais franchement, je préfère me dire que je suis mieux là ici qu'au fond d'une tombe." conclut-il en haussant les épaules. Il n'était très clairement pas un Saint des plus dévoués d'Athéna. A vrai dire, il n'en avait pas grand chose à faire de sa déesse, mais ça, Alessio ne pouvait le savoir.
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Alessio
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Sam 16 Nov 2013 - 16:55

Non sans une dernière pensée bien vite dissipée, du moins en apparence, le Chevalier de Bronze avait enfin convenu de ne pas plus s'attarder sur le sujet. Alessio lui-même ayant déjà pratiquement effacé le pauvre homme de sa mémoire, il aurait été pénible d'avoir à continuer cette conversation, d'autant plus qu'elle ne faisait pas avancer ses affaires. Affaires dont Aratos n'avait manifestement pas idée car s'il dévoilait bien un zeste de suspicion par moment, ses soupçons n'étaient de toute évidence pas assez concrets pour qu'il s'y fie sans la moindre hésitation. Un sacrifié de plus ou de moins sur l'autel de ses manigances, cela ne faisait pas grande différence, surtout s'il parvenait à ses fins.

Quelles étaient-elles au juste ? Lui-même n'en savait encore rien, mais avait dans l'idée que ce jeune homme pouvait être un jouet de première qualité. S'il arrivait parfois aux Saints de réussir à le distraire, rares étaient ceux à être vraiment dignes d'attention ; les fanatiques l'ennuyaient plus que tout, eux et leur discours inlassablement répété, asséné à satiété jusqu'à ce qu'il ne leur reste plus autre chose en tête qu'une infinie dévotion. À vomir, vraiment. De vrais petits templiers, tout entiers offerts à une croisade dont ils ne discernaient pas la face véritable. Oui, peu nombreux étaient ceux à se poser de réelles questions, à avoir suffisamment de discernement pour garder la tête sur les épaules et ainsi pouvoir remettre en question le pourquoi de toutes ces batailles.

Et pour le peu qu'il avait pu en voir jusque là, son interlocuteur du moment présent appartenait à cette espèce rare. Ce n'était pas tous les jours. Quel dommage que ce ne soit qu'un vulgaire Bronze Saint... Mais il lui faudrait s'en contenter. Sa main passa dans sa chevelure pour en chasser les blancs flocons qui émaillaient ses mèches d'ébène, lui faisant réprimer un frisson tant de froid que d'horreur quand une partie de ce fléau immaculé lui tomba dans la nuque. Ce qu'il pouvait détester ce climat ! Il avait beau avoir près de deux millénaires d'existence derrière lui, jamais il ne s'y ferait. Ne montrant toutefois rien de ce trouble passager, il écouta attentivement chaque explication dont le régalait son vis-à-vis.

Bien qu'un brin naïf dans sa manière d'aborder les choses, il était déjà plus réfléchi que l'essentiel de ses compagnons d'arme et le Griffon ne put qu'en être ravi. Les pantins les plus distrayants étaient toujours ceux qui en avaient le plus dans la cervelle, après tout, et il mourait d'envie de voir celui-ci pendre au bout de ses fils. Mais n'était-il pas déjà bien malgré lui en train de mordre à l'hameçon ? Lorsqu'Aratos parla de restituer cette armure, Alessio lorgna dessus comme s'il la découvrait pour la première fois, n'y ayant pas prêté attention jusque là. Si son apparence rudimentaire entérinait son appartenance à la caste des simples Bronzes, le Griffon fut incapable de déterminer à quelle constellation elle pouvait appartenir, même s'il doutait fort qu'elle soit très glorieuse – les armures de ce rang ne l'étant déjà qu'exceptionnellement, et ce n'était là encore qu'un doux euphémisme.

Et quels sont ces buts, exactement ? Qu'attend-on de vous ? Comment pouvez-vous être si sûrs que les vôtres et les leurs coïncident à cet instant précis ? Excusez-moi, je me mêle sans doute de ce qui ne me regarde pas, je doute que vous vous soyez engagé dans cette voie dans l'intention de vous retrouver à monter la garde par un tel climat. Si je conviens volontiers qu'il faut bien que quelqu'un exécute les tâches ingrates, ne vous sentez-vous pas lésé ? Est-ce là ce que vous espériez en endossant cet accoutrement ? Car si tel est le cas, mon ami, permettez-moi de vous dire que vous manquez cruellement d'ambition. Je ne vous parle pas de gravir les échelons ou quoi que ce soit, je serais bien mal avisé de m'avancer sur la façon dont fonctionne votre hiérarchie, mais m'est avis que vous-même avez déjà du vous dire que vous méritiez bien mieux que ça.

Même s'il sortait du lot, c'était forcément au nom de quelque noble aspiration qu'il avait intégré les rangs de l'armée d'Athéna. De défendre la veuve et l'orphelin à répandre la paix dans le monde, ou quelque autre improbable utopie, les motivations étaient nombreuses et différaient de l'un à l'autre parmi les Saints, du plus grand au plus petit. Même si ses buts pouvaient très bien être plus modestes – Alessio l'aurait d'ailleurs parié, il semblait trop censé pour se figurer de tels fantasmes comme un avenir possible – ils étaient sans doute autrement moins pathétiques que de se retrouver à monter la garde comme un vulgaire rebut de la chevalerie par une température inférieure à zéro. En entrant dans les ordres, il devait avoir en tête quelque chose d'un peu plus grandiose que d'exécuter les basses besognes dont personne ne veut.

Ce que je veux dire par là, c'est que ce n'est sans doute pas ce pourquoi vous vous êtes engagé. Si je n'aurais pas le culot de prétendre deviner ce qu'étaient vos objectifs, j'ai en revanche celui de supposer que si vous n'en étiez pas au point de souhaiter défendre la veuve et l'orphelin, être à l'origine de la paix dans le monde ou quelque autre chimère du même acabit, vous n'imaginiez pas non plus résumer l'oeuvre de votre vie à courir après une poignée d'animaux affamés. N'avez-vous jamais souhaité réaliser quelque chose de plus grand ? Être libre de vos mouvements ? N'avoir pas à porter, sans même l'avoir demandé, la responsabilité de quelque chose qui vous indiffère ?

Si, comme il le disait lui-même, il acceptait qu'on ne partage pas son point de vue, sans doute ne verrait-il pas d'inconvénient à en discuter plus avant. Sans doute cela ne lui arrivait-il guère souvent, la plupart des dévots d'Athéna se cramponnant comme si leur vie en dépendait à une ligne de conduite pré-tracée dont ils ne devaient jamais s'écarter – que ce soit de peur de perdre la confiance d'Athéna ou de se perdre eux-même tant il fallait peu de temps pour que leur existence ne se perpétue plus que par ce biais. Avant d'avoir pu s'en rendre compte, ils n'étaient plus rien, sinon de frêles agneaux suivant docilement ce sentier sans se poser de questions sous prétexte qu'il leur est réservé. C'était pourtant ainsi qu'ils avaient au final le plus de chances de s'égarer. Mais contrairement à eux, Aratos avait encore une chance d'être sauvé : Alessio s'improviserait donc messie pour être la main tendue qu'il lui fallait au plus noir de l'obscurité.

Pardonnez-moi, mais c'est folie de croire que tout le monde peut être sauvé. Regardez et voyez dans quel état vous vous mettez alors qu'il est sans doute déjà trop tard pour venir en aide à cette pauvre âme égarée. Ce que je vous demande, à vrai dire, c'est précisément pourquoi cela vous semble être le comportement le plus adéquat. Ce qui détermine que vous pensez faire ainsi le bon choix. Je ne suis certes pas à votre place, mais j'ai suffisamment l'expérience de la vie pour savoir que vous ne tiendrez pas longtemps si vous vous laissez ainsi ébranler par le malheur d'autrui.

Le regard perdu dans le vague, paraissant ne faire que suivre le fil de sa propre réflexion, le Griffon frotta ses mains l'une contre l'autre pour leur rendre un peu de cette chaleur qui les délaissait davantage à chaque minute. Si mener de front une bataille psychologique sans remuer un sourcil était pour lui un jeu d'enfant – la force de l'habitude, pourrait-on dire – avoir à endurer cet hiver surnaturel lui était infiniment plus désagréable. Il avait l'impression que ce froid mordant s'instillait dans sa chair et glaçait son sang dans ses veines. Contrairement aux foudres de guerre tels que Kazuki, il n'était pas homme à pouvoir évoluer par vents et marées et d'autant moins sans son Surplis. Braver les intempéries ne lui réussissait guère : avoir à le faire pour prolonger ce dialogue était un défi qu'il avait bien du mal à relever. La perspective d'allumer un feu en son palais en guise de récompense une fois qu'il en aurait fini avec lui l'encourageait néanmoins à redoubler d'efficacité pour toucher au but en un minimum de temps. Ainsi reprit-il avec emphase :

Mais d'ailleurs, peut-on vraiment parler de malheur au fond ? Qui sait s'il n'est pas mieux là où il est ? Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être, savez-vous. Et au final, n'est-ce pas malsain de penser que toute chose peut toujours avoir une issue positive ? Prenez ce monde, par exemple. On aura beau croire qu'il peut encore s'améliorer, l'histoire nous a prouvé qu'il ne fait que suivre une interminable pente descendante qui l'amène lentement mais sûrement vers une fin certaine. Quels que soient les grands noms que les siècles passés aient pu retenir pour avoir tenté de l'améliorer, nous en sommes toujours au même point.

Pour avoir eu de nombreuses lectures depuis sa « résurrection », Alessio ne savait que trop bien ce qu'il en était. Mais quels que soient les termes grandiloquents avec lesquels on pouvait parler de toutes ces figures historiques, de ces héros du temps passés qui, tous à leur échelle, avaient laissé leur empreinte dans le cours du temps, ils n'étaient au final plus que poussière balayée par le vent. Certes, ils ne seraient pas oubliés, et après ? Quel que soit l'ampleur des changements qu'ils avaient pu apporter, cela ne changeait rien à la décadence du monde et à sa fin prévue. Quels que soient les bienfaits de la civilisation, c'était un fléau avant tout, pourrissant, corrompant un peu plus les cadeaux du ciel qui leur avaient été donnés et ce jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien sinon des rêves éclatés, souillés par la main de cette créature abjecte qu'était l'homme. Á trop vouloir le soumettre et s'en emparer, il détruirait le monde. Car tel était le destin du monstre qu'il était, ce pourquoi il avait été créé. Obscure engeance qui ne méritait que d'être éradiquée.

Car pour un homme qui tente d'arranger les choses, il y en a dix, cent, milles qui n'en ont cure et les empirent. Car il en a toujours été ainsi et qu'il en sera toujours ainsi. Prétendre le contraire est mensonge. À quoi sert de sauver une personne, quand tant d'autres ne peuvent l'être ? Et quand bien même vous y arriveriez, qu'est-ce qui nous dit qu'ils ne vont pas gâcher cette chance que vous leur avez donné ? Jeter leur vie aux orties alors que vous vous êtes donné tant de peine pour qu'ils soient épargnés ? Vous vous mettez en péril pour leur donner un peu plus de temps qu'ils emploieront à mieux briser ce que vous aurez défendu pour eux bec et ongles.

L'amusement dont ses traits étaient teintés grandit d'un cran alors qu'il prononçait ces paroles avec ironie, observant du coin de l'oeil la moindre variation dans l'expression du jeune Saint sur lequel il avait jeté son dévolu. Si son ton était toujours aussi détendu et aussi badin que s'il parlait de la pluie et du beau temps, le sujet de la conversation dérivait lentement mais sûrement vers des aspects plus complexes des points déjà abordés. S'ils n'avaient fait qu'en effleurer la surface jusque là, le Juge venait désormais de plonger la tête sous l'eau à son vis-à-vis en le confrontant directement à une vérité que la plupart des gens ne sauraient voir tant elle allait à l'encontre de ce dont ils essayaient tant bien que mal de se persuader. Qu'en serait-il le concernant ? Alessio ne désespérait pas d'avoir affaire ici à un résultat satisfaisant.

C'est pourquoi quoi qui ait pu lui arriver, au moins ne sera-t-il pas mort en vain. Si horrible que ce soit, je vous l'accorde, il faut bien que les bêtes se nourrissent également. Qu'il le veuille ou non, l'homme aussi fait partie de la chaîne alimentaire. Si ce n'était les fauves, il aurait nourri la terre. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Et force est de constater qu'au vu du mal que les hommes peuvent faire parfois, ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose qu'ils retournent à la terre. S'ils peuvent être de vrais poisons tant qu'ils sont en vie, ils n'ont plus guère le choix une fois morts. N'est-ce pas réjouissant ? Là où je veux en venir, c'est qu'au final, vous lui auriez peut-être fait plus de mal que de bien en le tirant des griffes de ses assaillants. Au moins a-t-il à présent un rôle bien défini à remplir, ce que bien des hommes ont du mal à trouver de leur vivant.

Alessio s'humecta les lèvres tandis qu'il pliait et dépliait les doigts à plusieurs reprises pour s'assurer de leur mobilité. Ses mains étaient son outil de travail. Quel que soit leur engourdissement, il n'aurait sans doute pas de mal à maîtriser son interlocuteur si les choses devaient se gâter, même s'il avait encore bon espoir de pouvoir l'éviter. Après tout, il ne faisait rien de mal – si ce n'est tenter de trouver les piliers de soutien de la façon de penser de ce cher Aratos pour les abattre à coups de masse psychologique, certes, mais comment lui en vouloir ? Il ne faisait au fond que son travail – si l'on pouvait dire, dans la mesure où il se l'était lui-même donné. Même si à la vérité, il était entièrement convaincu d'agir aussi dans son intérêt en voulant lui faire voir la vérité. En lui ouvrant les yeux sur le monde qui l'entoure pour lui faire comprendre qu'il n'était pas aussi tendre qu'il pouvait le croire. Lui-même était encore trop fragile, trop ignorant des choses de la vie, et le romain se mettait en devoir de lui donner un cours de rattrapage.

Vous savez, il n'est jamais trop tard. Si vous ne vous sentez pas ici chez vous, peut-être cela veut-il dire que vous devez partir à la recherche de votre véritable place. N'avez-vous pas la moindre idée de l'endroit où vous êtes censé aller ? Ne vous est-il jamais arrivé de vouloir laisser tout ceci derrière vous pour partir à la recherche de votre propre voie au lieu de ne vous fier qu'à ce que l'on dit être prévu pour vous ? Faites-vous cela pour vous, ou pour quelqu'un d'autre ? Telle est la question que vous devez vous poser. Car dans ce second cas, que représente cette personne à vos yeux pour la laisser régir votre vie à votre place ? Car indubitablement, c'est le cas. En vaut-elle vraiment la peine ? Si vous voulez mon avis, nul ne devrait avoir ce droit sur vous, car votre vie est ce que vous en faites avant tout. Je ne sais pas si vous croyez au destin, mais le fait est que chacun d'entre nous à un endroit où aller. Et plus tôt vous vous mettrez en marche, plus tôt vous le trouverez. Oh, bien sûr, le tout est de le vouloir...
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Aratos
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Lun 18 Nov 2013 - 16:21

Aratos amorça un époussetage en bonne et due forme de sa tignasse et s’arrêta en cours. Il regarda le ciel, couvert de nuages laiteux, et se demanda ce qu’ils avaient bien pu faire pour mériter une telle tempête de neige. Les dieux devaient être remontés contre l’humanité pour en arriver à faire tomber ce magma opalin, aussi envahissant que le lierre, aussi froid que la glace. S’il était glacé, il n’en laissa rien voir lorsqu’il prit la parole pour répondre à l’homme étrange qu’il avait croisé dans ce bosquet.

« Je n’attends rien. Ou du moins, je n’attendais rien. Me mettre au service d’une divinité ne devrait pas se faire sans bien peser le pour et le contre, sauf qu’on demande en général à des enfants de s’enrôler, de devenir des soldats, la main vengeresse d’une divinité qu’ils ne connaissent pas. Dans mon cas c’était soit ça, soit la pauvreté et la mort. Oh, je ne doute pas que l’homme qui m’a recueilli a dû se dire que mon potentiel devait être exploité, et l’un dans l’autre, j’étais mieux auprès de lui qu’à mendier dans la rue. Vous me demandez, à travers vos questions, ce qui m’a poussé pour être un porteur d’armure, n’est-ce pas ? C’est pourtant simple : le besoin. » monologua-t-il.

Il avait parlé longtemps, bien plus qu’à l’accoutumée, et ne savait pas trop ce qui le prenait. Cette présence insolite lui déliait la langue. Mais peut-être était-ce là tout simplement la première personne qui daignait l’écouter ? Le fait est que depuis qu’il était arrivé au Sanctuaire, il n’avait pu échanger qu’une bribe de conversation avec des compagnons qui étaient peut-être déjà décédés. Ce n’était pas forcément quelque chose de voulu, mais c’était un fait inéluctable.

« Si je manque d’ambition ? Peut-être. Ou peut-être ne suis-je rien d’autre que pragmatique. Quel intérêt pour moi de me retrouver à porter une de ses si belles armures d’argent, voir une armure d’or ? Me retrouver avec une pléthore de sbires ? Je n’ai jamais été un leader, et avoir des séides à commander ne m’intéresse que peu. Avoir plus de responsabilités ? Pour en faire quoi. Je n’ai que faire du pouvoir… » Au moins, il était honnête. S’il ne visait plus haut ce n’était pas non seulement parce qu’il venait de débarquer parmi ceux qu’il devait normalement appeler "les siens", mais aussi car il n’en voyait ni l’utilité ni l’opportunité.  D’un autre côté, le méritait-il ? Probablement pas…

Son interlocuteur parlait désormais de l’humanité, et Aratos n’écoutait qu’à demi-mot. Il avait déjà réfléchi à ce sujet. Devait-il être de ceux qui laissaient une seconde chance ? Devait-on sacrifier un panier de pomme lorsque l’une d’entre elles était pourrie ? Et si c’était l’inverse ? Devait-on garder la pomme saine du panier pourri ? Il ne le savait pas réellement. En bon pragmatique, il s’était évité de trop devoir y réfléchir. Peut-être parce que la réponse ne lui plairait pas ?

« Qui vous fait croire que je veux les sauver ? Je suis un soldat, j’obéis, tant que cela me considère opportun. Je ne suis pas un dévot aveugle. Je ne suis pas un tartufe non plus. Vous me demandez pourquoi est-ce que je suis touché par la disparition de cet homme, mais vous faites fausse route. Je ne connais pas le nom de ce soldat, et je ne le connaîtrait sans doute jamais. Je n’ai que faire de sa disparition. Je déteste tout simplement attirer l’attention, et je serai indubitablement pointé du doigt suite à cette infortune. Qu’il ait été assez faible pour se faire emporter n’est pas mon problème, mais qu’il ait disparu, par contre … » continua-t-il.

« Ce monde ne m’intéresse pas. Je ne suis pas un humaniste, et je n’ai que faire de … Je ne sais même pas pourquoi nous discutons de tout ceci. Athéna a ses prérogatives. "Protéger les hommes". Je suis un soldat, pour l’instant, et j’obéis, parce que c’est ce qu’on attend de moi, et que cela ne me dérange pas outre mesure de le faire. Par contre, ne me faites pas rire, nous savons tous les deux qu’il n’est pas mieux où il est. Je ne suis pas responsables des actes de ceux que je protège. De toutes manières, on ne me demande pas de l’être. Le libre arbitre est une épée à double tranchant. Est-ce juste de ne sauver que ceux qui le méritent ? Honnêtement, je n’en sais rien, et cela ne m’importe pas. » Il n’avait jamais décidé de ce qui était juste ou non. Ce n’était pas son rôle de juger, de toutes manières…

L’analogie à la chaine alimentaire était bien trouvée, devait-il admettre. Il n’avait pas souvent réfléchi de la sorte, et c’était on ne peut plus logique. Cependant quelque chose le dérangeait dans ce développement : « La chaîne alimentaire. C’est une façon de voir les choses. Les forts tuent les faibles. Cela ne veut pas dire cependant que le faible doit se laisser tuer, me trompe-je ? Un esprit combatif doit se battre jusqu’au bout, sinon il trahit sa vraie nature, et c’est inacceptable. » Il restait toujours le faible qui ne se laissait faire. En était-il un ? Probablement pas. S’il se savait loin du niveau de foule de chevaliers, il n’en avait pas non plus l’esprit. Pourquoi se battre alors que le combat était perdu d’avance ? Pour faire semblant ? C’était une possibilité.

« Trouver ma place. Qu’est-ce que ça changera ? Servir Athéna, Arès, Hadès, Poséidon… Ce ne sont que des dieux, aussi interchangeables et futiles pour moi que leurs soldats le sont pour eux. Leurs désirs ne s’imposent que parce qu’ils ont la force pour le faire. Je n’ai aucune prétention de savoir quelle est ma place. Si ça se trouve elle n’existe même pas… »

Aratos n’avait pas de place destinée. D’ailleurs, il ne croyait pas à ce symbole même. Il balaya mentalement cette thèse comme un château de cartes . On était ce qu’on pouvait être, en adéquation avec ce que l’on était déjà. Un roturier ne peut devenir un roi, même si son destin est de régner. Par contre, il peut devenir un dictateur, pour peu qu’il en ait le cœur.  Aratos ferma les yeux. Le silence, quelques secondes, supplanta la conversation qui avait duré beaucoup trop longtemps. Cet homme n’était pas un voyageur, il en était désormais convaincu. Toutes ces théories, tous ces stratagèmes… Qui était-ce ? Un dieu ? Peut-être. Ce n’était ni le premier, ni le dernier qu’il croiserait, de toutes manières …

« Vous en savez beaucoup pour un simple voyageur, cependant. Ça ne vous dirait pas de me présenter votre vrai visage ? Je ne suis qu’un adolescent, mais je sais faire la distinction entre un voyageur anonyme et … disons … quelque chose d’autre ? Toutes ces questions me font penser à une personne que j’ai rencontré il y a peu… Son nom vous parle peut-être ? … Lucifer… »
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Alessio
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Lun 25 Nov 2013 - 10:36

Alessio n'avait dès le départ pas dans l'idée de se mêler de quoi que ce soit au sujet de ce froid inhabituel. Mais si cela continuait ainsi et qu'il était forcé de rester trop longtemps sous son emprise, il finirait par en faire une affaire personnelle. C'était bien la première fois qu'il était pressé de rentrer aux Enfers et ce dans l'unique but de s'y réchauffer en son somptueux palais. Le jeune homme ne devait pas s'y sentir beaucoup plus à l'aise que lui, cela dit ; les neiges abondantes ne sont pas le climat le plus familier de la Grèce, surtout connue pour sa chaleur – en temps normal, du moins. Si cela ne voulait toutefois pas dire qu'il n'avait pas pu s'y habituer dans ses contrées natales, la hâte si semblable à la sienne qu'il avait eue de se débarrasser de celle s'étant déposée sur lui suffit à écarter tout doute éventuel.

Raison de plus pour ne pas le laisser lui non plus moisir ici, ce serait criminel.

Une motivation supplémentaire pour redoubler de force de persuasion, se dit le Juge du Griffon alors que son travail de sape commençait à faire son petit effet. Même si la situation n'avait en rien changé, le Chevalier de Bronze ne trouvait plus si étrange qu'un parfait inconnu remette en question indirectement ses motivations profondes et l'entraîne dans un débat dont il cachait à peine être le maître de cérémonie. Il l'emmenait exactement là où il voulait, et c'était bien là tout ce que l'Étoile Céleste de la Valeur pouvait attendre de mieux. À croire qu'il ressentait inconsciemment la volonté qu'Alessio pouvait avoir de partir d'ici dans les plus brefs délais et y répondait sans même le vouloir. S'il parvenait ainsi à conditionner l'esprit de tout un chacun, se dit-il, la vie lui en serait grandement facilitée. Mais qu'est-ce qu'il s'ennuierait !

Le bien-être que lui procurait le sentiment de travail accompli se profilant à l'horizon lui aurait presque fait oublier l'infamie des conditions climatiques dans lesquelles il se trouvait obligé de mettre ses talents à profit. Presque. Néanmoins, même si cette avancée favorable était plus que louable, il n'en avait pas encore fini avec lui et le plus dur du travail restait à faire. Mais Alessio n'était pas inquiet. Il n'avait pas de raisons de l'être. Il connaissait la méthode. Toute cette introduction n'avait eu pour but que de lui faire poser le pied sur son terrain de jeu, là où il avait les pleins pouvoirs qu'il lui fallait pour entamer les opérations les plus délicates. Après avoir entrouvert la porte de ses pensées secrètes, encore fallait-il approcher celles-ci d'assez près pour leur porter un coup décisif.

Cela demandait non seulement de choisir avec soin celles auxquelles il allait s'attaquer, mais aussi de mener une frappe chirurgicale qui ne laisserait au malheureux aucune chance de lui résister. Un mode opératoire qui, s'il variait en quelques occasions, restait toujours ou presque sensiblement le même, au fond. Oui, il n'était en définitive qu'un médecin aguerri menant un patient de plus sur la table d'opération pour le soigner de tous ses maux – lui ôter cette tumeur indésirable appelée espoir, ce cancer infect nommé la foi sacrée. Autant d'ablations qu'il lui fallait pratiquer mais qui semblaient l'une comme l'autre en bonne voie ; déjà, l'anesthésie faisait effet. La méfiance s'était endormie, il allait pouvoir commencer, et fourbissait d'ores et déjà sa lame préférée ; doute, était-elle intitulée. Plus qu'à inciser.

Je vois. C'était ça ou rien. C'est triste, d'une certaine manière, mais c'est une situation que je ne comprends que trop bien. Quand on est acculé, on ferait tout ce qu'on peut pour réussir à survivre, même se livrer aux pires bassesses. Tous n'ont hélas pas cette chance et c'est ma foi une partie de ce qui mène ce monde à sa ruine. Mes excuses, mais je me permets de m'en servir pour étayer ma théorie : vous est-il déjà arrivé de songer à tous ceux qui ont pu être dans le même cas ? À ceux à qui n'a pas été donnée cette chance de sortir de la misère et en sont réduits à voler et tuer pour s'en sortir ? Ou même à ceux qui s'accrochent jusqu'au bout à leur ligne de conduite et n'en sont récompensés que par la mort certaine qui les attend au bout du chemin après des semaines passées à lutter ? Pourquoi eux plutôt que vous, ne vous l'êtes-vous jamais demandé ?

Il marqua une courte pause, la couleur dorée de son regard enjôleur paraissant s'intensifier alors qu'il le fixait pour observer chacune de ses réactions. Le moindre frémissement pouvait être un indice de taille sur la manière dont il lui faudrait se comporter par la suite pour en arriver au résultat souhaité. Quand on a pour prétention de toucher l'âme elle-même en faisant s'effondrer tout ce sur quoi elle avait été bâtie jusqu'alors, de balayer les frêles certitudes qu'une conscience humaine met toute une vie à bâtir, on ne peut rien laisser au hasard et le maître-mot doit toujours être précision. Ainsi ses pupilles aussi tranchantes que la lame de son scalpel psychique – que la langue dans laquelle il était enfermé le tenaient-elles sous une surveillance de chaque instant. Mais il n'y a rien d'anormal à regarder la personne avec laquelle on parle, n'est-il pas ?

Qu'est-ce qui a fait de vous un être exceptionnel ? Devez-vous vous considérer comme meilleur qu'eux ? Sans doute vous dites-vous que non, mais pourtant vous devez l'être, sans quoi il n'y aurait aucune raison que ce soit vous et pas eux, n'est-ce pas ? À moins que ce n'ait été que pur hasard et que vous auriez pu être à leur place, à regarder avec envie un autre garçon se relever des cendres pour aspirer à un avenir meilleur que vous, vous n'aurez jamais ? En tous les cas, rendons-nous à l'évidence. La faim, le froid, la maladie sont autant de fléaux qui perdureraient même si les guerres devaient un jour se terminer. Et nous savons vous et moi que ce ne sera jamais le cas.

Quel que soit son avis sur la question, Aratos avait des choses à dire, bien plus qu'il n'aurait lui-même pu le deviner avant que le Spectre ne fasse irruption dans le cours maussade de son existence. Être aussi loquace ne devait pas être dans ses habitudes, le Juge pouvait le deviner aux inflexions de sa voix, à l'urgence dans laquelle il devait reprendre son souffle par moment, à la façon dont il s'attardait sur certains mots. Comme s'il était pressé d'ouvrir les valves de la parole pour épancher tout ce qui lui restait depuis trop longtemps au fond de la gorge. Un noeud qui commençait à peine à se délier et auquel Alessio comptait bien faire en sorte que son vis-à-vis trouve un goût de poison au bout du compte. Oui, c'étaient autant de détails dans sa manière de s'exprimer que l'ancien légionnaire remarquait et notait scrupuleusement, dressant au coeur de ses pensées le profil du jeune Saint.

Oh, je ne vous demande pas d'être de ceux qui ne vivent que pour entendre leur nom être scandé par une foule d'admirateurs. J'ai moi-même ces gens-là en horreur. Je dis juste que nous avons tous besoin d'un tant soit peu de reconnaissance et que ce n'est pas en restant là où vous êtes actuellement que vous risquez d'y avoir droit. Ne le prenez pas mal, mais j'ai peine à croire que vous vous sentiez comme chez vous parmi ces hommes dont vous ne connaissez pas même le nom et qui ne connaissent pas le vôtre. Ce que je vous dis, c'est que même si vous ne vous en êtes pas encore aperçu, viendra un moment où vous voudrez vivre pour ce que vous être et non n'être rien de plus qu'une statistique, qu'un pion sur l'échiquier, qu'une unité perdue dans la masse. Où l'envie sera vôtre d'être « un » au lieu de faire partie d'un « tout ».

Il recracha sa fumée sous forme de cercles concentriques. Ce n'était pas qu'il le ménageait, c'était plutôt qu'il n'avait pas grand chose à faire par lui-même pour amener Aratos à se remettre en question. Comme il avait pu lui-même le constater dès le début de leur conversation, il n'était pas encore un Saint parfaitement formé. Comprendre par là que la logique de dévotion absolue qu'on avait du essayer par tous les moyens de lui faire entrer dans le crâne n'y était pas encore tout à fait installée et que l'on pouvait en trouver les failles sans trop forcer. Le ciment était encore frais, et c'était Aratos lui-même qui devrait abattre ce mur de briques placé entre lui et son libre-arbitre avant qu'il ne prenne.

Ne mésinterprétez pas mes propos : nous faisons tous partie d'un ensemble de choses. Nous sommes tous les maillons d'une chaîne, quelle qu'elle soit. Mais nous sommes uniques, même comme cela. Je ne vous dis pas de renier toute notion de camaraderie, mais de là à en perdre toute individualité... Même sans avoir de fierté particulière à contenter, j'imagine qu'il n'est pas dans vos projets d'aller jusqu'à y perdre votre identité. C'est pourtant ce qui est en train de vous arriver, j'en ai bien peur, et je ne peux que vous souhaiter de réussir à l'en empêcher. Quant à savoir comment procéder... Je suppose que cela ne dépend que de vous. À vous de choisir ce qui vous semble être le moyen le plus approprié. Quel qu'il soit. La fin les justifiera toujours, ne dit-on pas ?

Alessio était arrivé à temps pour le sauver de cette camisole mentale, mais s'il lui avait donné tous les outils, toutes les armes pour le faire, c'était à lui de s'en délivrer. Sans cela, il pourrait toujours venir un temps où il se demanderait si c'était bien son propre choix et non sa réponse à la volonté d'autrui, la preuve d'une faiblesse d'esprit. Le cerveau humain, aussi bien que le coeur, étaient d'une telle fragilité... Mais c'était pour cela qu'il était aussi divertissant de les transfigurer sans les briser. Et puis, qu'il se convainque lui-même ne rendrait sa métamorphose que plus probante, et le coup porté à sa soi-disant déesse en prendrait une tout autre dimension. Ce devaient être ses propres mots, non ceux d'Alessio. Ce changement devait venir de lui, et il en serait ainsi.

Vous parlez d'esprit combatif, mais vous-même, vous ne vous battez pas. Vous ne faites qu'accepter silencieusement votre condition sans chercher plus loin, de faire ce qu'on vous dit sans jamais y penser. Vous êtes un esclave endormi, et l n'est que trop temps de vous réveiller. Cela fait trop longtemps que vous vous laissez porter, si vous voulez mon avis, et vous n'aimerez pas l'endroit où ce courant veut vous emmener. En vous engageant, vous n'avez pas vendu votre âme, et m'est avis que vous devriez le leur rappeler... À condition bien sûr de vous le rappeler vous-même, s'il n'est pas déjà trop tard. En l'état, vous m'excuserez l'expression, mais vous n'êtes qu'une jolie marionnette regardant s'agiter ses propres fils sans rien faire pour s'y opposer. Vous vous complaisez dans le fait d'être utilisé. Vous vivez pour eux, plus pour vous. Est-ce vraiment là ce que vous voulez ? Je crois comprendre que votre serment vous engage à vie, mais sans doute n'aviez-vous pas pour autant prévu de tout leur donner, jusqu'à votre liberté d'être et de penser. Si cela continue ainsi, entre leurs mains, vous cesserez d'exister.

Oui, Aratos parlait beaucoup. Trop. Plus qu'il ne l'aurait voulu, sans doute. Là où Alessio se contentait pour sa part de traiter de sujets superficiels, le Bronze Saint n'avait pas peur d'en venir au fait, de mentionner des noms qui l'auraient fait passer pour un illuminé aux yeux d'un non-initié. Sciemment, il communiquait des informations censées être tenues secrètes du commun des mortels, gardées éloignées tant des regards des hommes que de leurs oreilles. Une faute grave qui aurait pu lui valoir de lourdes sanctions si le Juge s'était arrangé pour le dénoncer étant donné les complications que cela aurait très bien pu engendrer. Une carte qu'il garderait de côté. S'en servirait-il ? Lui-même ne le savait pas. Seul Aratos avait la réponse, même s'il lui était impossible de le deviner. De tout ce qu'il lui confiait à cet instant allait dépendre l'entièreté de la suite des agissements du Griffon à son sujet – si bien sûr il ne parvenait pas à concrétiser les projets qu'il avait à son intention ici et maintenant, mais il n'en désespérait pas. Les graines de la discorde étaient semées, de lui seul dépendrait la vitesse à laquelle elles bourgeonneraient. Les fleurs du mal, bientôt, dans son âme germeraient.

Raison de plus, reprit-il de sa voix envoûtante. Si cela vous est égal, cela doit être que vous n'avez pas encore trouvé le bon. Vous partez du principe qu'il n'est pas dit que vous ayez quoi que ce soit à y gagner, mais comment pouvez-vous le savoir si vous ne prenez même pas la peine d'essayer ? Si vous ne sentez rien qui vous retient, ce doit tout simplement être que vous ne sentez pas de liens, quoi que ce soit qui vous rattache à ce que vous vivez actuellement. Votre vie actuelle vaut-elle à ce point la peine d'être vécue, pour que vous n'essayiez pas d'en changer ? Plutôt que de penser que cela ne vous mènera à rien, demandez-vous ce que vous avez à y perdre.

Car il n'en avait pas, ou trop peu pour être mentionnée. À en juger par ses propos , protéger les hommes ne lui déplaisait pas, voire même lui procurait une certaine auto-satisfaction, mais ce n'était là encore pas son but premier. Il le faisait parce qu'on lui avait dit de le faire, mais il n'en avait pas la vocation. Peut-être qu'il le croyait, peut-être sa vie actuelle s'organisait-elle autour de cette pensée, de ce principe simple, mais ce n'était là encore que l'un des nombreux ingrédients de la tambouille indigeste qu'on avait du lui faire avaler à longueur d'années pour en faire un gentil petit soldat qui reste à sa place et accepte d'être traité comme de la vulgaire piétaille sans honneur ni fierté. Un éternel oublié de la gloire, un évadé de l'ego, et il s'en pourléchait les babines. Si ce n'était pas triste...

Rien, voilà quelle est la réponse. Car rien ne vous plait ici. Rien ne vous convient. Rien ne vous correspond, devrais-je dire. Cela ne vous dérange certes pas, et c'est bien pour cela que vous y restez, mais plus nous continuons cette discussion et plus j'ai la ferme conviction qu'en être arraché de vive force ne vous ferait ni chaud ni froid. Vous n'avez pas choisi d'être ici à proprement parler, vous n'avez fait que suivre un chemin déjà tracé. Jamais l'idée ne vous a effleuré que ce n'était peut-être pas le bon et que vous auriez tout à gagner à en changer. Que peut-être vous y trouveriez ce qui semble vous manquer. Une motivation, pour commencer. De quoi demain, votre demain sera fait ne dépend que de vous. Ce sera toujours votre choix. Un choix que vous ne faites pas. Ne croyez-vous pas qu'il est temps de changer cela ?

Bien qu'il se soit laissé gagner par l'idée qu'il pouvait parler librement depuis la première fois de toute son existence en tant que Chevalier de Bronze, le jeune homme restait en éveil et son esprit aiguisé. Ce qu'il lui fit savoir en soulevant des interrogations dignes d'intérêt, prouvant qu'il n'oubliait pas entièrement toute l'incongruité de cette situation. Ce constat arracha au Juge un sourire en coin tandis qu'il jetait sa cigarette dans la neige, où elle aurait tôt fait de s'éteindre – si elle ne gelait pas en plein vol, ce n'était pas à exclure. Ce faisant, il ferma les yeux un bref instant et se posa une main sur le torse alors que la fumée s'échappant de ses lèvres cédait à nouveau sa place à la vapeur blanche causée par sa respiration. Une chance que bien que morts, les Spectres disposent toujours de fonctions vitales, sans quoi cela n'aurait pas manqué d'attirer l'attention.

Navré de vous décevoir, mais je ne connais pas votre ami. En revanche, ce que vous en dites m'intéresse au plus haut point. Si l'occasion m'en est donnée, je ne manquerai pas de vérifier par moi-même la véracité de vos propos. S'il me ressemble autant que vous le dites, je ne doute pas que cela puisse être édifiant. Pour vous répondre, je n'en sais pas tant que ça : à vrai dire, c'est vous-même qui me tendez généreusement les cordes dont mon arc a besoin depuis tout à l'heure. Je ne fais que les utiliser de ce que je pense être la meilleure des façons, si vous me passez l'expression. Je ne saurais que trop vous conseiller de voir par vous-même l'ampleur prise par notre petite discussion qui, si je l'ai certes initiée, n'a depuis été alimentée que par les cartes que vous m'avez vous-même donné à jouer. Ne pensez-vous pas que c'est ici la meilleure preuve que je puisse vous donner que votre vie ne tourne pas comme vous le voulez, mon cher Aratos ?
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Aratos
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Mar 26 Nov 2013 - 17:22

L’homme parlait, encore et toujours, et exposait des concepts qui, bien qu’étranges et dérangeants pour la plupart des chevaliers, parlaient au jeune ibère. Qu’est-ce qui le différenciait du reste des pauvres hères qui mourraient de faim. Qu’est-ce qui le différenciait carrément du garde qui avait perdu la vie entre les crocs des loups. Peut-être ne s’agissait-il, au final, que de la chance. Il avait un potentiel que certains avaient jugé intéressant. S’il été né sans, il en va sans dire qu’il n’aurait pas eu la même carrière. Mais ce potentiel, à quoi était-il dû ? Peut-être ses ancêtres étaient de grands guerriers. Ou peut-être, tout simplement, qu’il avait eu de la chance dans cette loterie qu’est la naissance.

« La chance explique les trois quarts de vos interrogations. Si je suis là aujourd’hui, si je ne suis pas dans un charnier, les os blanchissant au soleil, c’est peut-être tout simplement que j’ai été incroyablement chanceux. »

Il revient quelques secondes sur cette nature qui était, selon toute vraisemblance, étrangère à celle de la plupart des êtres vivants. Il regarda ses mains pendant quelques instants, puis il détourna le regard vers le sol d’un blanc immaculé. Il n’était pas meilleur que les autres, et une fois mort, personne ne pourrait faire de différence entre sa carcasse et celle d’un mendiant.

« … »

Il n’avait pas de réponse à fournir à l’étranger, qui abordait des thèmes qui le dépassaient. Qui était-il, à part un simple garçon tout juste sorti de l’enfance ? Un guerrier ? Sans doute. Un saint ? Aucune chance, il n’était pas fait de la même matière que de ceux qui se sacrifiaient pour un bien collectif. Un profiteur ? C’était possible. Il profitait, après tout, de ce don, qu’il avait certes travaillé, mais qui était présent depuis sa naissance. Voulait-il être reconnu. Pensait-il l’être seulement… Il n’en savait foutrement rien, si vous me permettez l’expression. Depuis qu’il avait posé le pied au sanctuaire, il avait croisé foule de visages, aussi fugaces qu’anonymes. Il se souvenait de quelques noms, mais pouvait-il seulement les considérer comme des frères d’armes ?

« N’est-ce pas terriblement prétentieux de se prétendre autre chose qu’un pion sur l’échiquier des dieux ? » répondit-il à l’inconnu. Se prendre pour ce qu’il n’était pas, était-ce trahir ce qu’il était ? D’ailleurs, cette essence, qu’était-elle réellement ? Aratos, depuis longtemps n’avait pour but que de suivre ce qu’il pensait être sa vrai nature, mais cet individu le troublait. Il ne pouvait évidemment pas affirmer qu’il était dans le faux depuis le début de son apprentissage, mais une part de son être savait que c’était possible. Peu probable, mais possible.

« Peut-être me suis-je fourvoyé, ou peut-être que non. Est-ce ce que vous vouliez entendre ? N’est-ce pas le lot de tout le monde, au final, de constamment douter ? Je ne porte aucun dieu en particulier dans mon cœur, principalement car je n’ai aucune raison de le faire. Qu’ont-ils réalisé pour moi, au final ? Comme je vous l’ai déjà dit, Athéna a eu le mérite d’avoir un émissaire au bon moment, au bon endroit. » Il annonça cette réalité comme s’il en était convaincu, tout en occultant qu’il n’était pas le seul émissaire qui était venu le chercher. Si cet ancien chevalier d’Athéna – son maître – l’avait protégé, c’était principalement parce qu’un émissaire d’un autre dieu voulait l’emporter avec lui.

« Changer de dieu, dites-vous ? Pourquoi me tourner vers quelqu’un d’autre pour qui je ne ressens rien de plus que pour ma déesse actuelle ? Devrais-je faire le tour du Panthéon pour me trouver une icône à défendre ? C’est grotesque. » continua-t-il avant de s’arrêter et d’écouter la dernière réplique de l’inconnu. Qui connaissait apparemment son prénom. Alors qu’il ne l’avait pas utilisé jusqu’alors. Aratos leva alors la tête et regarda les branches des arbres, chargées de neige. Il respira un bon coup et se lança. Il savait que la conversation risquait de changer du tout au tout après sa prochaine intervention.

« J’en ai assez, cette mascarade me fatigue. Si vous m’expliquiez qui vous êtes, et comment vous connaissez mon prénom… »
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Alessio
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Lun 9 Déc 2013 - 0:06

Quelle que soit l'idée qu'il s'en faisait, le Chevalier de Bronze n'était que trop heureux de participer à ce débat enflammé. Sans doute n'était-ce pas tous les jours qu'on lui donnait matière à réfléchir au sein de l'armée d'Athéna, dont la spécialité était somme toute de brider la liberté de pensée de ses membres au profit d'un endoctrinement révoltant. Il était plus que probable que son jeune ami ait eu davantage recours à ses méninges en l'espace de ces quelques minutes que depuis qu'il était venu se présenter au Sanctuaire, quand bien même cela pourrait remonter à des années – ce dont Alessio doutait, néanmoins : il était trop jeune pour être là depuis longtemps.

Trop dégourdi, aussi. Il avait jusque là réussi à échapper aux griffes du fanatisme qui lui tendait les bras depuis le triste jour où il avait eu à revêtir pour la première fois cette armure dérisoire. Les dogmes n'avaient pas encore d'emprise sur lui. Mais pour combien de temps encore ? Assurément, le Griffon arrivait au bon moment. Avec ce travail de sape qu'il pratiquait depuis son arrivée, peut-être parviendrait-il à faire en sorte que lui au moins soit épargné. L'unique inconvénient étant que, si appréciables qu'ils puissent être, les discours fleuves dans lesquels il n'en finissait plus de se lancer lui donnaient grand soif.

Si la pensée de demander à son vis-à-vis s'il avait sur lui de quoi étancher sa soif lui avait l'espace d'un instant traversé l'esprit, elle fut vite oubliée. Ce serait prendre le risque d'atténuer les effets de toute la matière à penser qu'il venait de lui donner pour rendre de sa vigueur et de sa vivacité à son esprit anesthésié. Ainsi se contenta-t-il de desserrer sa cravate d'un cran tandis qu'il observait les effets de ses dernières paroles sur le comportement de son interlocuteur. Sa voix, toujours aussi onctueuse, s'éleva une fois de plus pour nuancer les propos que tenait ce Bronze Saint, décidément plus distrayant qu'il ne l'aurait cru.

Je ne crois pas à la chance, pas plus qu'au hasard ou aux coïncidences. Ne t'ai-je pas dit que ta vie est ce que tu en fais ? Je ne te parle pas de prendre en main les rênes de son destin ou de quoi que ce soit d'autre. Je dis juste que tout ce que tu es, tout ce que tu as résulte sans l'ombre d'un doute de quelque chose que tu as fait par le passé. Imagine ton existence comme une étendue d'eau que tu devrais traverser, que tu ne pourrais le faire sans t'y enfoncer.

Il s'arrêta, relevant les yeux vers lui, voulant s'assurer qu'il avait toute son attention. Aratos n'était pas quelqu'un de stupide, mais sa matière grise était rouillée, aussi fallait-il lui laisser le temps de se réhabituer à ce qu'on introduise à lui des concepts et des notions autrement plus complexes que l'obscurantisme forcené dans lequel vivaient les soi-disant Saints de l'Espoir. Une fois qu'il estima pouvoir être sûr que son auditeur assimilait chacune de ses paroles assez que pour s'interroger à leur sujet même s'il n'en comprenait pas la totalité, il reprit de ce ton détaché qui le caractérisait.

Or, je suppose que tu sais comme moi que l'eau s'agite dès qu'un corps y est projeté ; il se forme à sa surface des cercles concentriques pouvant aller, en fonction de l'ampleur de la source, jusqu'à atteindre l'autre côté. Chacun de tes pas, chacune de tes actions aussi insignifiante soit-elle aura tout au long de ta vie ses répercussions. C'est ce que l'on appelle le principe de cause à effet. Sans cause, rien ne peut être engendré. C'est à toi et à toi seul de donner naissance au mouvement dont tu as besoin, de créer le changement dans ta vie si tu veux en rompre la monotonie. Si quoi que ce soit avait été différent dans ta vie, peut-être ne serais-tu pas là où tu es aujourd'hui.

Il ne croyait pas si bien dire. Bien qu'il ignorait quels secrets pouvait receler le passé d'Aratos, il venait de mettre le doigt dessus sans même le savoir. N'était-ce pas là la preuve-même de ce qu'il avançait un peu plus tôt ? Cela ne pouvait être purement fortuit. Les réponses vinrent à manquer. Non pas qu'il laissait l'intéressé sans voix, mais plutôt que celui-ci s'abîmait dans une réflexion de plus en plus intense, se perdant dans toutes sortes de sujet parmi ceux qu'ils venaient d'évoquer. La plupart n'avaient peut-être été qu'effleurés, mais Alessio ne doutait pas qu'ils feraient leur bout de chemin dans la tête du jeune homme – consciemment ou non, qu'importe. Le tout étaient qu'ils y soient.

Sommes-nous si différents d'eux, au fond ? Qu'est-ce qui les rend meilleurs que nous ? Qu'ils sont nés avec un pouvoir que nous n'aurons jamais. Qu'ils ont toutes les cartes en main dès la naissance alors que nous devons gagner les nôtres à la sueur de notre front. La donne n'est pas équitable dès le départ. Ce n'était pas comme s'ils avaient mérité ce droit. Oh, n'y vois pas de blasphème de ma part ; je dis juste que c'est ainsi qu'il en a toujours été, mais que ce n'est pas pour autant qu'il nous faut tout accepter. On pourrait en dire de même de ceux qui, dès leur premier cri de vie, sont déjà promis à monter sur le trône. C'est ce pourquoi ils sont nés. Et pourtant.

Il s'interrompit pour laisser le temps à Aratos de se figurer l'image qu'il veillait à lui transmettre. Il doutait fort que le jeune homme ait jamais porté un intérêt particulier à tout ce qui concernait la royauté et ses droits de succession, mais il semblait être réceptif aux images et aux exemples dont lui faisait part le marionnettiste. Celui-ci ne pouvait donc que continuer dans cette voie pour être certain d'être compris sans avoir besoin de lui faire part de quelques précisions une fois qu'il en aurait terminé avec ses explications. S'il avait encore eu le moindre souvenir de sa vie terrestre, il était fort probable que l'une ou l'autre image en étant issue lui serait revenue en mémoire au vu de ce qu'il était sur le point d'ajouter.

Pourtant, s'ils abusent de ce privilège, qu'ils forcent leur peuple à courber l'échine et ne règnent plus que par la force, cela fait d'eux des tyrans et des dictateurs. Pourtant, à ma connaissance, on n'accuse pas de prétention les braves qui s'opposent à leur domination. Mieux encore, il est même fréquent que l'on en fasse des héros. Bref, ce que j'essaie de te dire est que le fait qu'ils soient irrémédiablement au-dessus de nous ne veut pas dire que nous devons tout accepter venant d'eux. Peut-être certains ne peuvent-ils pas vivre sans se vouer à eux jusqu'à s'y perdre corps et bien, mais nous ne sommes pas des esclaves. Donnons-leur le respect qui leur est du, mais restons libres de nos choix.

Jusque là, Aratos s'était contenté de se laisser porter par le courant, sans jamais se demander où il pourrait aller par ses propres moyens. Le moment était venu pour lui de réaliser qu'il n'y aurait pas toujours quelqu'un pour lui montrer la voie. Il était indispensable qu'il recouvre au moins une partie de cette autonomie dont il manquait cruellement, car ce serait son meilleur rempart contre le lavage de cerveau que lui infligerait le Sanctuaire. Qu'il comprenne donc qu'il pouvait être qui il voulait, aller ou bon lui semblait. Rien ne l'obligeait à se plier à leurs lois. Il était là parce qu'il l'avait bien voulu. Parce qu'il avait fait un mauvais choix.

Cette décision était la sienne, et il saurait qu'il pouvait revenir dessus à chaque instant désormais. Du moins était-ce ce qu'Alessio espérait et c'était à peine s'il s'en cachait. Il paraissait suffisamment clair qu'il n'était pas ici dans son élément, qu'il n'avait pas encore trouvé ce qu'il lui fallait. Chaque individu naît dans un but précis, et qu'il ne sache pas encore quel était le sien ne l'empêchait pas de partir à sa recherche plutôt que de rester à moisir ici, dans cet endroit où jamais personne ne le reconnaîtrait à sa juste valeur. Où il ne serait jamais qu'un ennemi de plus à massacrer, qu'une brique dans le mur de chair et de sang qu'Athéna s'était bâti avec l'hypocrisie pour ciment.

Ce n'est pas de moi dont il est question, je pensais que tu l'avais compris. Ce que je veux importe peu. Ce qui compte, c'est que tu comprennes qu'il faut que toi, tu saches ce que tu veux. Ce que tu espères accomplir. Où tu espères aller. Que tu te poses les bonnes questions. Que tu saches quelles sont tes ambitions. N'as-tu jamais rêvé de quoi que ce soit ? N'as-tu jamais poursuivi le moindre objectif ? C'est là ce que tu dois te demander avant qu'il ne soit trop tard. Je pense sincèrement que ce serait du gâchis que de te laisser porter par le courant comme tu l'as fait jusqu'alors. La vie est trop courte. Ne la gaspille pas à faire quelque chose qui ne signifie rien pour toi.

Le Griffon se tourna vers Aratos au moment même où il portait une nouvelle cigarette à ses lèvres, l'allumant comme par magie. Son regard doré paraissait presque rieur alors qu'il le dardait sur lui, lui laissant tout le loisir de remarquer qu'il luisait plus encore que de coutume. Sa tenue si raffinée partit alors en fumée, au sens propre comme au figuré ; ondulant sous les yeux du Bronze Saint comme un mirage sur le point de se dissiper, il exhalait une fumée noire dont les obscures volutes tranchaient nettement avec l'omniprésente blancheur du décor. Les sombres arabesques qui en résultèrent ne s'éloignèrent pas, néanmoins.

Constituant une nouvelle forme sans commune mesure, elle redevint tangible au terme d'une seconde à peine, révélant l'éclat d'un Surplis noir de jais. Sans doute plus majestueux que les pathétiques tas de ferraille usagés que le Chevalier de Bronze avait coutume de fréquenter. Un sourire étira ses lèvres tandis qu'il le dévisageait sans ciller, n'esquissant pas le moindre geste dans sa direction. Nulle trace d'hostilité également. À croire même qu'il prenait plaisir à lui dévoiler sa véritable forme et à lui laisser le temps de l'examiner de plus près, si le coeur lui en disait. Seule sa cigarette était rescapée de ce brusque changement, logée entre ses lèvres alors que ses doigts fins laissés en évidence, toujours ganté, se virent imprimer une légère flexion.

Aussitôt, un réseau complexe de fils jusque là invisibles à l'oeil nu se tendirent, un simple coup d'oeil pouvant suffire à faire comprendre à l'ibère qu'il était prisonnier d'un piège inextricable. « Depuis quand ? » Depuis le début, voilà quelle aurait été la réponse la plus adaptée. Le moment n'était pas encore venu que la séance soit levée. Semblable à un insecte empêtré dans une toile d'araignée, le Chevalier n'aurait pu faire ne serait-ce que l'ombre d'un mouvement sans que l'étau se resserre inexorablement. Malin comme il l'était, il comprendrait probablement que ce n'était pas dans son intérêt...

Je te le dis tout de suite, ne te méprends pas. Je ne t'ai pas raconté tout cela pour te rallier à ma cause ou quoi que ce soit d'autre. C'est simplement que je trouve fort dommage que quelqu'un comme toi perde son temps en s'engageant dans une voie sans issue au nom d'une cause en laquelle il ne croit pas lui-même. Je ne te demande pas de me suivre, pas plus que je ne te dirai où aller. Je te l'ai déjà dit plus d'une fois, c'est à toi de faire tes propres choix. J'estime n'avoir fait que te montrer comment procéder. Ah, et je ne te veux aucun mal, si cela peut te rassurer : comme tu peux le voir, si j'avais voulu ta mort, ce serait déjà fait. Non, à l'origine, j'étais venu uniquement pour satisfaire ma curiosité. Ceci...

Il fit apparaître en un battement de cils un épais volume au creux de sa main libre, ouvert à une page quelconque. Celui-là même qui l'avait mis sur sa traces et dont la couverture aurait presque pu avoir l'air plus noire encore que le Surplis du Juge tant il s'en dégageait une aura lugubre, voire morbide. Compte tenu de sa nature, il n'y avait là rien d'étonnant.

...Est le Livre des Morts. J'imagine que tu dois t'en douter mais l'on y recense les circonstances de la mort de chacun depuis la nuit des temps, ainsi que les crimes qu'il a commis de son vivant. Il tira une bouffée de son bâton de cancer avant de reprendre d'un ton presque professoral. Je te passe les détails, mais cet artefact est supposé être infaillible, sans quoi nous ne nous en sortirions plus. Seulement, il s'avère que la page qui t'est consacrée ne fait pas mention des causes de ta mort. Si j'ai bien une théorie à émettre à ce sujet, je doute néanmoins qu'elle soit exacte. Je ne te cacherai pas que cela a attiré mon attention, outre le fait que les seules pages que je ne puisse d'ordinaire pas consulter sont celles liées aux différentes Étoiles Maléfiques. Si pouvoir mourir et se relever a assurément ses bons côtés, la place que cela finit par prendre dans les registres en est un des mauvais. soupira-t-il, faisant disparaître le grimoire avec autant d'aisance.

Il lui avait également demandé comment il s'appelait. Ne pas lui répondre à ce stade aurait été fort discourtois et entrait en contradiction avec ses propres bonnes manières. Il lui vint alors une idée. Faisant brûler son cosmos à outrance, à un point tel qu'il aille au-delà de sa propre condition de Juge, usant pour cela de toute cette force qu'il avait accumulée au fil des dernières années – juste en cas de besoin -, il finit par faire apparaître l'hexagramme apposé par Hypnos en guise de scellé, diffusant l'aura de celui-ci dans l'air par la même occasion. Aratos s'attendait à quelque chose de grandiose ? Il allait être servi. Alessio ne pouvait certes plus se présenter sous un jour divin, du moins pour le moment, mais ceci paraissait être un excellent substitut. Poudre aux yeux, certes, mais cela ne manquerait pas de faire son petit effet...

Comme tu peux le voir, je suis bien plus que cela, mais puisque tu tiens tant à le savoir, tu peux m'appeler Alessio. Je te l'ai dit, tu n'as pas de raison d'avoir peur. Je ne suis pas venu te chercher, pas plus que je ne cherche à amoindrir les forces d'Athéna en te faisant miroiter quoi que ce soit, Cela ne m'apporterait rien, de toute façon. Et, sans vouloir te vexer, ce n'est pas un seul Chevalier de Bronze qui fera la différence. Cela ne représente-t-il pas une excellente raison de vouloir devenir plus que cela ? Pour n'avoir eu que trop souvent à écouter les niaiseries idéalistes qu'on doit leur seriner pendant des années, je pense être le mieux placé pour te dire que tu vaux mieux que cela. Puisque tu te fiches du Dieu que tu sers, le plus logique ne serait-il pas de te ranger du côté de celui qui t'accordera le plus de liberté ? Peut-être ainsi pourras-tu enfin t'exprimer.
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Lun 9 Déc 2013 - 14:55

« Je devrais peut être méditer sur cette possibilité, en effet. » répondit Aratos à la théorie qu’avançait le juge des enfers. Oui, il été possible qu’il arrive à ses fins, qu’il provoque sa réussite et se retrouve à un poste qui lui convenait mieux. Possible, mais peu probable. Pour ce faire, il devait mettre en péril ce qu’il avait déjà, et en était-il seulement capable ? Le chevalier de bronze n’en était pas sûr. Se contenter de ses acquis était terriblement aisé. Atteindre le premier niveau, vivre, et mourir à cette même place. Facile, net, sans risques. Mais était-ce ce pour quoi il était là ?

* Je n’en sais rien, tout simplement. *  se surprit-il à penser. * La logique voudrait qu’en bon petit soldat je me contente de ça. Mais je n’ai pas envie de vivre ma vie par procuration, ce n’est pas ce que je suis. Etre un bon petit soldat me correspond, mais ce manque d’envie … *  Ce n’était pas ce qu’il était, et encore moins ce qu’il voulait être. Il n’était pas arrogant mais savait qu’il pouvait aspirer à mieux. Comme il l’avait exposé à son interlocuteur, il n’avait jamais aspiré à devenir chevalier. Athéna n’était qu’un concept, qui allait de pair avec le métier, si vous me permettez l’expression. Il savait que l’indifférence qu’il ressentait pour sa déesse tutélaire n’était pas normale, mais avait dissimulé cette sensation pour n’en laisser qu’un résidu dans son cœur.

« Les dieux… »  amorça-t-il avant de s’arrêter. Il ne savait pas quoi dire tout simplement parce qu’il ne savait quoi en penser. Ils lui étaient longtemps apparus aussi intangibles qu’irréels. Etres intouchables et parfaits. C’était évidemment faux, et il s’en était rapidement rendu compte en côtoyant certains d’entre eux, de manière aussi incongrue que fugace. « Je te l’ai déjà dit, je n’ai que faire des dieux. »  mentit-il, à demi-mot. Il ne s'en rendait pas compte, mais il venait de le tutoyer pour la première fois. « Mais peut-être as-tu raison. Peut-être n’ai-je pas rencontré celui pour lequel me battre sera une évidence. »  reprit-il en se frottant les mains, combattant le froid glacial.

* Mais qui est cet homme ? *  pensa-t-il de nouveau, chassant une mèche de devant ses yeux. Il avait pensé, au début, qu’il s’agissait d’un dieu, peut-être mineur, mais ce n’était pas le cas. Ces paroles n’étaient pas cohérentes venant d’un immortel. L’éventail de possibilités fut bientôt dissipé par l’apparition d’un surplis, d’un profond noir et d’un parfait ouvrage. Il s’agissait de la première fois qu’il rencontrait un spectre d’Hadès, et ne pouvait en être sûr, mais Aratos aurait mis sa main à couper qu’il ne s’agissait pas du premier serviteur du dieu de la mort venu. Vu l’armure qu’il portait, il devait au moins s’agir de l’équivalent d’un chevalier d’argent. Devait-il l’attaquer ? La réponse était immuable : oui. Un spectre était un adversaire, et on l’avait éduqué pour cela. Pourtant … il n’en voyait pas l’utilité. Tout chevalier de bronze qu’il était, il se doutait qu’il n’était de toutes manières pas de taille. Quelques battements de cils plus tard, les fils apparurent. Cette prison de filaments était probablement tissée dans le but de lui faire comprendre qu’il n’était qu’un jouet dans ses mains. A quoi bon se battre dans ces conditions, de toutes manières…

L’apparition du surplis n’avait cependant pas étonné  Aratos. Depuis le premier moment, il s’était attendu à une révélation de la sorte. Et même si la manière était peut-être un peu trop théâtrale pour lui, le chevalier de bronze devait admettre qu’Alessio – puisqu’il se nommait de la sorte – avait le don de réussir ses entrées.

« Le plus de libertés…  je dois y réfléchir. »  répéta-t-il lorsque le discours du spectre du Griffon fut fini. Il avait beau ne pas être un traître, il savait que c’était tentant, et qu’il devait y réfléchir, mais ne pouvait le faire avec une armure de bronze sur le dos. A défaut de savoir où aller, il savait quelle n’était pas sa place.

« Ce livre est donc … illisible à ma page ? Je ne suis mort qu’une fois, je suppose que ça doit se référer à cette unique itération. »  répondit-il comme s’il s’agissait d’une discussion des plus normales en changeant de sujet.  « Je suis mort en Ecosse, il y a quelques semaines. Je suis tombé face à un molosse des enfers, ou quelque chose dans le genre. »  annonça-t-il avant de conclure. « Désolé, mais je ne m’y connais pas trop en faune démoniaque. »

[Destination suite au départ d'Alessio : Temple d'Athéna]


Dernière édition par Aratos le Mar 10 Déc 2013 - 13:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [PV]Une perte de temps ?   Mar 10 Déc 2013 - 2:08

Enfin. Enfin Aratos revenait à la raison. Enfin il commençait à emprunter ce chemin certes long et tortueux, mais non moins édifiant qui ferait de lui celui qu'il se devait être. Avec cela, peut-être le pathétique rampant, la repoussante chenille qu'il était à ce jour pourrait-elle se réfugier dans sa chrysalide pour se changer en papillon. Simple image cependant : même si cela faisait fort longtemps que cette Étoile Maléfique n'avait plus fait parler d'elle, il doutait fort qu'elle siée à Aratos. Il n'avait pas menti en disant qu'il lui laissait le choix : il n'y avait jamais rien de bon à forcer la main à qui que ce soit. Il était important que ce choix émane de lui et de lui seul, non d'un quelconque conditionnement qu'il lui aurait infligé. Qu'il en soit capable n'était pas la question, cela ne faisait pas le moindre doute.

Mais ce serait ne serait qu'un revirement artificiel, quelque chose d'éphémère par définition. Il fallait que ce changement soit profond, viscéral, pour que rien ne permette jamais de faire rentrer les choses dans l'ordre. Le coup porté à la déesse que le jeune homme servait à ce moment n'en serait que plus douloureux, que plus poignant. Une fois encore, Alessio s'improvisait metteur en scène sur celle du monde pour la pièce qui y était jouée depuis la nuit des temps, et n'était pas sans démontrer un certain talent pour la tragédie – puisse Athéna savourer celle qui se préparait en ce moment même à quelques mètres de sa demeure autant qu'il le ferait lui-même. Sa fumée de cigarette nimba son visage, masquant l'étirement de son sourire.

Aratos le tutoyait. Cela témoignait d'une certaine proximité. Oh, certes, il arrivait de plus en plus que les gens usent à tort et à travers de cette familiarité, mais il n'était pas de ceux-là – la preuve en était qu'il avait commencé par le vouvoyer. Non, ce devait être tout simplement qu'en abordant avec lui des sujets dont il ne parlait avec personne – voire même qu'il n'osait s'avouer à lui-même -, le Griffon s'en était en quelque sorte fait un ami. Les thèmes évoqués ne pouvaient l'être avec n'importe qui et, sans même le savoir, son subconscient y avait vu une forme de rapprochement. C'était pourquoi si à cheval sur les bonnes manières qu'il puisse être, le Juge n'en prenait pas ombrage. C'était la preuve qu'il avait fait ce qu'il fallait et que son plan était en bonne voie.

Nous sommes deux.

Il n'en dit pas plus. Le papillon qu'il gardait toujours caché dans son haut de forme – même si celui-ci n'était momentanément plus présent - pourrait ne pas apprécier qu'il s'étende sur le sujet, par le biais de son créateur. Il se garderait également d'ajouter qu'il avait déjà fait de certains d'entre eux ses pantins à quelques occasions, une telle vanité, en plus de ne pas lui ressembler, risquant fort de paraître déplacée. Oui, Aratos apprendrait que les règles de ce jeu n'étaient pas figée et quelles évoluaient constamment pour qui savait les manier adroitement. Il était de ceux-là et lui enseignerait cet art bien volontiers si l'occasion lui en était donnée.

Fais donc. Mais ne tarde pas à te décider. Tu l'as déjà beaucoup trop fait. Si tu as besoin de mes conseils avisés, ne te fais donc pas prier, tu sais où me trouver. Ou plutôt, lui saura te trouver. fit-il en tapotant la reliure du livre qu'il venait de refermer.

Un instant durant, il le laissa suivre le cheminement de sa pensée sans plus rien ajouter, se contentant de sourire en voyant les projets qu'il avait pour lui se concrétiser.  Quelle que soit la suite des événements, cela ne pourrait être pire que l'inertie dans laquelle il se complaisait jusqu'à maintenant. Enfin, il allait commencer à réfléchir et à plus forte raison à vivre par lui-même. Un spectacle que le Griffon souhaitait à la hauteur de ses espérances et qu'il suivrait de près, à n'en pas douter. D'une infime traction, il libéra Aratos de l'étreinte de ses fils. Dès qu'ils furent libéré de la tension qui les animait, ceux-ci disparurent comme par enchantement, avant d'avoir touché le sol.

C'est un grand pas en avant que tu fais-là, crois-moi. À toi de décider où celui-ci te mènera. Au moins tes autres horizons ne sont-ils plus derrière toi. Enchanté d'avoir pu t'y aider, dans tous les cas.

À nouveau, son habit ne fut plus que fumée noire lui collant à la peau, jusqu'à ce que l'armure de noirceur et d'ombre cède à nouveau sa place à une tenue plus conventionnelle. Une astuce qu'il se félicitait une fois de plus d'avoir élaborée il y a de cela fort longtemps maintenant et qui n'en finissait plus de lui rendre de fiers services. Calant le grimoire sous son bras – lequel n'avait délibérément pas disparu, pouvant encore lui servir – il arrangea son noeud de cravate. S'il pouvait restaurer entièrement son accoutrement par voie cosmique, il y avait des détails qu'il, pointilleux comme il l'était, préférait régler par ses propres moyens.

Cela lui évitait aussi de finir par trop se reposer sur ses pouvoirs pour les petites choses du quotidien comme c'était parfois le cas de certains. Qui sait, l'un de ses prochains mouvements pouvait aussi bien viser à faire disparaître le cosmos de la surface de la Terre, après tout. Son « je ne suis mort qu'une fois » n'aurait pas manqué de lui faire dresser un sourcil s'il ne s'était pas appliqué à n'en rien laisser paraître – bien qu'il songeât qu'il était un temps où mourir et renaître à répétition était l'apanage des Spectres. Tout se perd. De la main opposée, il fit courir ses doigts gantés sur la couverture du Livre, toujours coincé sous son aisselle.

Je vais mener ma propre enquête. Merci pour ta collaboration. Je pense que je vais te laisser, tes amis – il le gratifia d'un regard entendu - risqueraient de ne pas apprécier de te trouver en ma compagnie. Je t'abandonne donc à tes réflexions. Puissent-elles t'être bénéfiques, même si je t'avoue n'avoir pas grande inquiétude à ce sujet. J'aurais pu te dire que je ne sais pas si nos routes se recroiseront, mais je crains de manquer d'honnêteté. Nous nous reverrons, Aratos, j'en suis persuadé. Tâche d'avoir d'ici là une réponse à me donner.

Sans plus attendre, il lui tourna le dos et disparut sans laisser de traces.

Quelque part entre les ombres.
~ Colisée.
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