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 Trop de choses à se dire [PV Alessio]

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Perséphone
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MessageSujet: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Lun 22 Juil 2013 - 20:16

Venant de Elysion


Depuis la disparition volontairement orchestrée de son époux, Perséphone est bien souvent dans une humeur plus que délicate. Irritable, irascible, intraitable, la déesse apparait comme un être aussi cruel que violent. C’est un visage que l’on ne lui voit pas souvent et à bien y regarder ils sont nombreux à préférer l’entité quand le sombre monarque est auprès d’elle.
Un savant mélange de différents points orchestrent cet état d’esprit. Ça n’est pas la première fois que Perséphone se retrouve à gérer les enfers sans Hadès. En revanche cela faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vue aussi sombre. Les âmes qui seraient à même de s’en souvenir pourraient estimer que cela remonte à un peu plus d’une dizaine d’années. Ce qui, finalement, n’est pas si lointain et qui trouvait également ses raisons à cette époque, même si celles-ci ont été égarées de sa mémoire aujourd’hui.

Le choix délibéré d’Hadès a profondément meurtri son cœur. C’est de son propre chef, las et en proie au doute, qu’il a choisi de s’enfoncer dans un profond sommeil. De mémoire divine ça n’était jamais arrivé. Ajouté à cela les nombreux trous de mémoire qui parsèment son esprit et les quelques bribes de souvenirs qui lui reviennent de temps à autres, ne faisant qu’obscurcir ce tableau sans lui laisser en percevoir les contours… plongent la divinité dans une mauvaise humeur quasi permanente. Il y a bien eu cet étrange phénomène à Elysion... son époux lui ayant demandé de relâcher l'âme qui se trouvait dans le médaillon divin. Mais cela signifie-t-il pour autant un retour proche...?

C’est donc dans cet état d’esprit que la déesse décide de faire « l’état des lieux » de toutes les prisons des enfers. Normalement, c’est aux spectres de vérifier la bonne marche de ces prisons. Une divinité, qu’elle soit Hadès, Thanatos ou son frère Hypnos, n’a jamais entrepris ce qu’elle fait aujourd’hui. Serait-elle en train de tromper l’ennui ? Évidemment.
Au moins cela lui évite-t-il de passer ses journées à ruminer comme un lion en cage et cela a-t-il le mérite de la défouler. Car en arrivant à la 6ème prison des enfers, le bilan est pour le moins assez lourd. Néfertis et Yade réalisent impeccablement leur travail, comme toujours, mais on ne peut pas en dire de même de certains autres domaines. Une dizaine de spectres s’est donc vue rétrogradée, passant de chef à sous fifres, et une vingtaine a directement été délestée de son surplis.
Et pourtant… cela n’apaise toujours pas les Ténèbres qui pénètrent d’un pas sec dans le domaine de la 6ème prison.

La forêt des suicidés et le désert de feu sont rapidement traversés. Les choses semblent être en ordre pour une fois, il n’y a donc aucune raison de s’y attarder d’avantage.
Lorsque ses pas la mènent près de la rive ensanglantée du lac, Perséphone balaye l’étendue sanguinolente d’un regard morne. Passant entre quelques buissons d’épines, la divinité s’apprête à poursuivre son inspection quant une main tordue s’extrait du lac de sang en saisissant le pan de sa robe diaphane. Perséphone fixe cette âme tourmentée de ses prunelles sombres, dont le corps décharné semble espérer d’elle un quelconque salut. Les doigts crochus se pressent contre le voile de sa longue robe, maculant d’un sang presque noir les pans du vêtement qui effleurent le sol avec légèreté.

Aucune expression n’anime les traits placides de la déesse, et c’est sans une once de cosmos ni aucun geste que l’être s’élève du lac pour arriver à la hauteur de la divinité. Flottant dans l’air en s’agitant comme une souris que l’on aurait extirpée de sa cage, son regard désespéré se mue en espérance. Une espérance annihilée dans l’instant quand son épaule droite se disloque d’elle-même, entraînant un hurlement dont les autres âmes du lac se font l’écho.
L’épaule poursuit sa lente ascension jusqu’à se détacher du reste du corps dans un craquement de mauvais augure. L’être pousse un nouveau cri retentissant avant que son corps ne soit violemment propulsé vers le lac, la maigre enveloppe de chair heurtant sa surface comme un galet que l’on aurait lancé sans ménagement.

J’ai cru deviner que vous seriez propice à apprécier autant que moi les joies de ce léger… défoulement.



Un rictus de douleur électrise le visage plat de Perséphone tandis qu’elle enserre son front de sa paume. Encore… sa propre voix s’immisce dans son esprit à travers des mots dont elle ne comprend pas le sens. Cela fait plusieurs fois que ça arrive depuis qu’elle est de retour en enfers. A chaque fois le scénario se reproduit inlassablement. Des images ou des phrases qui n’ont ni queue ni tête, mais qui la ramènent de plus en plus vers ce qui ressemble à un passé profondément enfoui, voire perdu, mais pas irrémédiablement semble-t-il.

Lorsque la douleur se fait moins vive, la déesse rouvre les yeux en délaissant son visage, sa main retombant mollement le long de sa poitrine. Ses iris d’ébène fixent le lac de longues secondes. Une douce et amère impression de déjà vu s’immisce dans son cœur. Bien sûr… ce lac elle le connait depuis longtemps. Mais à cet instant, cette sensation de déjà vu revêt un aspect familier, sentimental… quelque chose de différent qu’elle ne s’explique pas.

Majesté


Sans détourner les yeux de la large surface ensanglantée, Perséphone hoche brièvement la tête vers le spectre qui vient de se matérialiser près d’elle. Ployant un genou en terre en guise de respect, mais principalement de crainte vu l’état assez fragile de la déesse depuis ses derniers jours, le spectre ne perd pas une seconde.

Vous m’aviez demandé de vous tenir informée du retour du Juge du Griffon.


A ces mots les prunelles de jais se détachent du lac pour se poser sur le spectre. Oui… Alessio. Celui dont elle ne garde qu’un vague nom, sans arriver à se souvenir ni de son apparence, ni de sa voix.

Bien… dis lui de venir ici immédiatement.


L’ordre est on ne peut plus clair et il est de notoriété spectrale qu’il ne vaut mieux pas contrarier la divinité en ce moment. Même si le spectre n’est guère friand d’avoir à apporter un ordre à l’une des trois entités parmi les plus puissantes des spectres des enfers, quitte à choisir entre le courroux de Perséphone ou celui du juge, le choix semble être assez rapidement défini. Même si, finalement, le courroux de l’un n’aurait sans doute rien à envier à la perversité de l’autre.
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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Sam 27 Juil 2013 - 10:57

~ Temple du Bélier
Alessio n'avait pas vraiment prévu de repasser aux Enfers avant de se rendre à Rome où l'attendait peut-être déjà Calamity. Mais il n'avait pas envisagé non plus la possibilité qu'aller au Sanctuaire pour terminer le travail qu'elle avait commencé lui prendrait autant de temps et surtout autant d'énergie. Au moins lui faudrait-il prendre le temps de minimiser quelque peu la gravité de ses blessures afin de n'avoir pas à craindre que celles-ci se rouvrent à tout moment, et ainsi pourrait-il par la même occasion s'assurer que son Surplis l'y attendait déjà et était bel et bien en train de s'y régénérer. S'il avait en apparence parfaitement cicatrisé, ce n'était qu'un soin de surface et cela ne lui garantissait en aucun cas une guérison accélérée. Seulement, des plaies ouvertes ne seraient pas du plus bel effet sur le jeune homme distingué qu'il était censé être, aussi avait-il rapidement appris à les « maquiller » de la sorte, ne fut-ce que pour ne pas maculer de sang la moitié de sa garde-robe.

Il n'y avait peut-être rien de plus facile que de les débarrasser de pareilles souillures avec l'étendue de ses pouvoirs, mais ce n'en était pas moins une tâche fastidieuse qu'il préférait de loin éviter lorsqu'il le pouvait. Du reste, se décrasser ne serait pas de trop après avoir vu se déverser sur lui poussières et gravats en telle quantité qu'il lui suffisait d'y repenser pour lui donner envie de s'épousseter. La sensation désagréable que causaient les gravillons roulant dans ses manches où ils s'étaient introduits on ne sait comment ne faisait que corroborer cette impression de saleté. Et puis, il convenait d'endosser une tenue de circonstance en prévision de cette exceptionnelle occasion. Là où enfiler un costume était déjà un effort en soi pour la plupart des hommes, faire encore mieux lors de tels événements était le lot de ceux avaient déjà le bon goût d'en porter au quotidien.

Mais à peine avait-il posé les pieds au Royaume des Morts qu'il ressentit très nettement l'appel d'un cosmos qu'il n'avait plus ressenti depuis fort longtemps. Et pour cause, il était prévu qu'il n'en éprouve plus jamais la chaleur. Pour lui qui l'avait perçu d'on ne peut plus près, qui s'en était abreuvé à la source, il n'y avait aucun effort à faire pour déterminer qu'il s'agissait bien de celui de Perséphone. Il n'y avait aucun doute à avoir. Il lui avait en effet semblé percevoir une présence familière au moment de quitter les lieux mais n'y avait pas prêté plus d'attention sur le moment. Ce qui n'était alors qu'une infime intuition était à présent avérée et toutes les pensées qu'il avait pu avoir pour elle au cours de ces derniers mois resurgirent d'une traite. Ce qui, même pour lui, ne fut pas de tout repos. Oui, en revenant dans le monde souterrain de cette manière, il n'avait pu que ressentir de tout son être cette aura - la plus familière d'entre toutes – comme si elle le transperçait de part en part.

Pour autant, Alessio ne se fit pas de faux espoir et résolut d'être pragmatique. Car si elle était à nouveau parmi eux, cela devait vouloir dire que quelque chose avait perturbé son sommeil et l'avait forcée à en sortir. Du reste, la Perséphone qu'il avait connu était étroitement liée à celle qui l'avait accueillie en son sein bien malgré elle et la femme qui avait partagé ses nuits était à ce titre un curieux amalgame de ces deux entités. Lui-même n'avait jamais réellement su dire laquelle des deux avait pris cette initiative même si cela n'aurait assurément pas été possible sans que ce soit d'un commun accord. Et même si le halo de puissance qui l'entourait tant et si bien qu'on pouvait la percevoir à des lieues à la ronde était rigoureusement identique, cela ne voulait pas forcément dire qu'il devait partir du principe qu'elle était encore elle-même. Bien qu'il n'accorde pas aux dieux une grande attention, il en savait assez pour affirmer que leur personnalité variait radicalement d'une incarnation à l'autre.

Il se pouvait même qu'elle ne garde aucun souvenir de leur relation. Peut-être ne serait-ce pas plus mal : les choses avaient bien changé, et même si Hadès était à présent endormi, leur permettant de la vivre avec bien plus de facilité, retomber dans ces travers n'était guère conseillé. Il lui avait d'ailleurs paru sentir le cosmos du Dieu des Enfers également avant de s'éclipser mais il semblait que ce n'ait au final été qu'une illusion qui pouvait avoir été causée par son subconscient au contact de celui de la Reine Noire. Ne plus le sentir nulle part là quand celui de sa divine épouse était comparable à un phare dans la nuit tant il paraissait rayonner de mille feux maléfiques au coeur de ces contrées occultes. Ainsi donc se fit-il serment de ne pas l'approcher à moins d'y avoir été convié de crainte que cela lui fasse poser le pied dans un piège inextricable dont il aurait le plus grand mal à se libérer. Mais tout juste finissait-il de se  rafraîchir qu'un serviteur fit irruption dans son palais fraichement restauré – un plaisantin ayant cru bon de le saccager en son absence alors qu'il lui suffisait d'un battement de cils pour le reconstituer. La missive dont il était porteur était sans appel.

Et bien, je suppose que c'est ce que l'on appelle un « signe du destin ». Il répugnait toujours autant à user de ce genre d'expression, en dépit du fin sourire ironique qui venait de prendre place sur ses traits. J'arrive tout de suite. Ne te donne donc pas la peine d'aller le lui transmettre, je suis certain d'y être avant toi. Mais en revanche, je te charge de me trouver la liste des personnes à être venues ici en mon absence et ce quel qu'en soit le prix. Suis-je clair ?

Le Spectre anonyme à qui incombait la tâche de resserrer l'étau autour du vandale potentiel se retira donc après avoir acquiescé silencieusement. S'il avait d'abord paru hésiter, probablement car ne devait pas s'attendre à recevoir un autre ordre et encore moins si éloigné, il n'avait pas fallu longtemps pour qu'il se rappelle que c'était un Juge qu'il avait en face de lui et ce même s'il ne revêtait pas son Surplis à cet instant. Celui-ci récupérait encore des blessures infligées par Orion dans la piège qui lui était réservée et il ne pourrait donc pas arborer les couleurs des Enfers devant celle qui les dirigerait en l'absence de son conjoint. Cela pouvait être vu comme un manque de respect mais il n'avait guère le choix en l'état et il lui serait toujours possible de l'invoquer si elle devait voir cela comme un manquement au protocole.

Se voyant mal prendre le temps de se changer avant de se rendre auprès d'elle, il se contenta d'endosser un costume en tout point identique au précédent si ce n'est en terme de propreté. Au fond, peut-être était-ce encore la tenue la plus appropriée. Il saurait tout de suite à quoi s'en tenir puisque c'était très exactement l'apparence qu'il avait déjà à l'époque, l'ex-légionnaire n'ayant pour sa part  absolument pas changé bien qu'il serve les Enfers depuis des années. Ainsi vêtu de sa parure habituelle, soit d'un sobre noir de jais, il quitta donc ses appartements avec la certitude qu'il serait très bientôt fixé à la fois sur l'identité du coupable de cette destruction volontaire mais aussi et surtout sur ce qu'il était advenu de la Reine de la Nuit. La distance qui les séparait fut effacée en un rien de temps et le ramena sans tarder au lac de sang, ce qui ne fut pas sans faire remonter quelques souvenirs loin d'être innocents. Sa voix onctueuse ne fut pas longue à s'élever sitôt qu'il se fut glissé jusqu'à elle tel une ombre.

Dame Perséphone, c'est un plaisir de vous revoir et le simple fait de pouvoir me présenter à nouveau humblement devant vous après toutes ces années me remplit de joie. J'avoue cependant être surpris de vous revoir alors qu'il me semble que vous aviez fait le voeu de vous endormir en Elysion pour le reste de l'éternité. Je doutais que ce soit le cas mais ne m'attendais toutefois pas à vous revoir de sitôt. Aussi, je serais curieux de savoir ce qui vous est arrivé depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, si bien sûr vous daignez me faire l'honneur d'assouvir ma curiosité. Quoi qu'il en soit, Alessio du Griffon est, comme toujours, à votre disposition. Mais si je puis me permettre, puis-je savoir pourquoi vous m'avez fait demander ?

Les dés étaient jetés.

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Marionnettes et fils malsains... Il n'y a aucun avenir au creux de ma main.

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Perséphone
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Mer 7 Aoû 2013 - 20:11


Le temps n'est rien pour un être ayant juré fidélité au Sombre monarque. Les heures, les jours, n'importe quel qualificatif se rapportant à ce nébuleux principe instauré par Chronos est d'autant plus insignifiant lorsque l'on parle d'une divinité, quelle qu'elle soit. Chaque acte, la moindre petite parole prononcée, est immuable dans l'esprit d'un dieu. Bien sûr, il arrive parfois que certains évènements soient oubliés ou égarés le temps d'un battement de cils. Mais la plupart du temps, chaque divinité que compte ce monde est à même de se souvenir de tout ce qui a pu agiter sa longue, trop longue existence, ce au fil des siècles qui s'écoulent.
Perséphone n'oublie jamais rien. Le moindre mot reste pour toujours gravé au plus profond de son âme. Et pourtant... les Ténèbres ne peuvent réfuter l'irréfutable. Car il s'agit bien d'un trou béant de dix longues années qui règne en maître dans son esprit. Dix années, pas tout à fait cependant. Les derniers ans écoulés sont à peu près limpides. Mais plus elle tente de remonter le temps, et plus ses souvenirs se font rares, voire inexistants. Le pic de cette sombre amnésie atteint son paroxysme sur une période qu'elle qualifie de deux ou trois années, pas plus. Tout ce qui s'est passé avant et depuis est relativement clair.

Les prunelles sombres fixent l'étendue sanguinolente d'un air las. Il semble parfaitement impossible que ses souvenirs reviennent si elle tente de les y contraindre. Certains évènements, certains mots, quelques personnes, le permettent par contre. Si elle force les choses, ce n'est rien de plus qu'un immense précipice aussi vide que l'âme des êtres torturés qui hurlent d'agonie à quelques mètres d'elle.
Il semble qu'elle n'ait d'autre choix... que de laisser cette mémoire revenir par elle même, quand elle l'aura décidé. Et elle a comme dans l'idée que ce juge du Griffon sera l'une des pièces qui le permettra.

Une aura se distingue peu à peu aux abords du lac de sang. Fluide et légère, elle prend en puissance au fur et à mesure qu'elle se rapproche. Lorsqu'elle la perçoit aussi nettement que le lac qui se dessine devant elle, sans pour autant tourner les yeux vers le propriétaire de ce cosmos qui lui semble tellement familier, une voix s'élève une fois encore dans son esprit, lui octroyant une nouvelle grimace de douleur.

Moi qui suis marionnettiste dans l'âme, me voici pris à mon propre jeu, n'est-ce pas ironique ?


Cette voix... elle la connait si bien. Du moins est-ce l'impression qui se dégage d'elle. Pourtant ces mots ont quelque chose de douloureux, de désagréable tout en trouvant cependant une certaine résonance en son coeur. Encore un bref éclair dans la nuit. Une trop faible lueur qui ne lui permet ni de se souvenir de l'auteur de cette voix, ni du moment où cette phrase étrange fut prononcée.
Et pourtant... une réponse partielle se dévoile dès que le Juge, qui vient de la rejoindre, prend la parole.

Sans poser les yeux sur lui ni même tourner le visage dans sa direction, les sourcils d'ébène se froissent légèrement lorsque Perséphone entend le son de sa voix. Cette même voix qui vient de se manifester dans son esprit, comme le relan d'un vague souvenir, alors même qu'elle ressentait le cosmos qu'il convient désormais de considérer comme celui d'Alessio.
Et si ça n'était "que" cela... non. Car les mots qu'il lui adresse ont de quoi la surprendre. Sans que cela ne se perçoive pour autant sur ses traits diaphanes, la Reine des Enfers est fort étonnée par ses premiers mots. Il s'étonne, lui aussi, la pensant endormie à jamais... Pourquoi aurait-elle pris une telle décision...?
Et pourtant le Juge ne semble pas plaisanter. Outre le simple fait que cette entrée en matière serait relativement déplacée, le ton qu'il emploie est tout ce qu'il y a de plus sérieux. Elle aurait donc véritablement... dit une chose pareille.

Alessio...
Pourquoi ai-je pris une telle décision et pour quelle raison ai-je décidé de ne pas m'y tenir... d'après toi.


Sa voix traînante semble sûre d'elle. Comme si elle mettait le juge à l'épreuve de trouver la bonne réponse ou de faire preuve d'assez de finesse pour espérer effleurer la réalité des choses.
Mais la réalité justement, est toute autre. L'impression qu'elle ressent à son contact n'est en aucun point comparable à ce qu'il se passa avec Kazuki. Mais elle n'en est pour autant pas moins dérangeante. Elle l'est sans doute d'avantage d'ailleurs. Car si le doute s'était insinué dans son âme au contact du Juge du Garuda, c'est de l'affection autant qu'une profonde colère qui s'empare d'elle auprès d'Alessio.
Tout ceci n'a aucune raison d'être... tout ceci est parfaitement ridicule. Et pourtant... tout ceci est bel et bien la réalité présente. Une réalité qui doit se justifier, qui possède des raisons qu'elle ignore.
Puisqu'il semble si bien informé de ce qu'elle comptait faire lors de sa réincarnation précédente, peut être sera-t-il capable d'éclairer un peu toute l'obscurité qui l'environne.

Ses iris sombres sont restés jusqu'à lors obstinément fixés sur l'étendue qui leur fait face. Ce n'est que quelques secondes après lui avoir parlé que la divinité des ténèbres daigne enfin se tourner en posant ses prunelles sur son Juge.
A peine celles-ci effleurent-elles Alessio sans lui laisser le temps de voir autre chose que les deux yeux sombres qui la fixent, sans même qu'elle ne puisse constater qu'il ne porte pas son surplis, sans qu'une seule petite seconde ne lui laisse le loisir de le détailler comme elle s'apprêtait à le faire, qu'une douleur fulgurante traverse sa tête comme l'éclair de Zeus pourfendrait un ennemi.
La souffrance est de courte durée, mais elle est si vive qu'elle ne peut retenir une grimace de douleur tandis que sa paume se plaque sèchement sur son visage, cachant une partie de ses traits figés.

Peu de personnes sont au courant mais je pense que vous avez le droit de savoir quels risques vous êtes en train de prendre. Perséphone fille de Déméter et épouse de notre Monarque a refait surface… et elle m’a choisie pour accueillir son esprit. Je n’ai jamais demandé rien de tel. Je n’en ai jamais voulu.


Belhys...


Ce nom à peine murmuré lui vient spontanément alors que sa propre voix s'immisce de nouveau dans ses pensées. Belhys...
Les Ténèbres relâchent leur visage alors que l'expression douloureuse qui ornait leurs traits fins se dissipent comme un mauvais songe. Belhys... ce nom lui est familier, lui aussi. Mais pourtant... pourtant... elle ne sait pas, elle ne sait plus, plus exactement. Est-ce une femme ? Est-ce un homme ? Un spectre peut être ? Toujours est-il que l'évocation seule de ce nom la met de très méchante humeur. Comme une vague réminiscence d'un cauchemar qu'elle aurait à tout prix voulu oublier.
Lentement mais sûrement... le sceau de Déméter est en train de se briser. Et lorsqu'il aura complètement disparu... personne ne peut prédire quelles seront les réactions de la Reine des Enfers.
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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Mer 7 Aoû 2013 - 23:12

Perséphone se tenait là devant lui, superbe. Bien qu'elle lui tourne le dos, il pouvait sans peine discerner sa beauté presque surnaturelle. Une beauté qui n'avait rien d'humain. Et en cela, ce n'était déjà pas normal. En dépit du fait qu'elle soit vêtue d'une somptueuse robe, il lui fut aisé de discerner que ce n'était pas le corps qu'il lui avait jadis été donné de contempler. S'il y avait indéniablement des similitudes dans ses lignes, ses courbes, celui-ci était départi de la moindre imperfection, comme s'il avait été façonné par quelque artiste assoiffé de perfection. Or si belle soit Belhys, elle n'avait jamais été parfaite. Personne ne pourrait l'être. Personne qui compte parmi le commun des mortels. Ainsi, mortelle elle n'était pas, cette déduction semblait aller de soi. Il s'en était douté dès qu'il l'avait aperçue, sa chevelure étant plus obscure que celle de la Veuve Noire ne l'avait jamais été mais aussi plus longue, plus lisse. Son aura s'en approchait tout en s'en éloignant autant qu'il était possible de le faire. Comme si elle cherchait par tous les moyens à fuir ce qu'elle était autrefois. À oublier ce qu'elle avait été.

Oublier...

Ses yeux vinrent à se plisser imperceptiblement  lorsqu'elle lui adressait ses premières paroles. Sa voix elle-même n'était pas sans évoquer une foule de souvenirs mais était aussi dotée de sonorités inconnues de sa personne. Elle était Perséphone telle qu'il ne l'avait jamais connue, au sens propre. S'il ignorait les raisons de cet étrange phénomène, ce n'était que pour mieux se convaincre qu'il lui faudrait les élucider s'il voulait savoir sur quel pied danser. Car même s'il semblait y avoir dans son ton une sorte de soulagement au moment où il avait fait son apparition, il pouvait aussi y dénoter une certaine froideur. Non pas par mépris, mais plutôt par prudence, comme s'il lui inspirait un élan de méfiance naturel. Comme si elle avait eu à craindre de s'empoisonner à son contact et qu'un simple de ses mots, de ses gestes, avait pu lui causer un tort d'une portée inimaginable. Une souffrance qui la transpercerait jusqu'à l'âme.

Il n'avait pourtant pas souvenir de lui avoir causé le moindre mal – n'était-ce pas même tout le contraire ? – et elle pouvait d'ailleurs se vanter d'être l'une des seules rares personnes dans ce cas, si ce n'est la seule. Alors pourquoi cette défiance à son égard ? Mais plus que cela, ce qui le troublait était qu'elle paraisse si déboussolée, si vulnérable. Même alors qu'elle reprenait son souffle, nue au creux de ses draps, elle paraissait toujours vive dans ses gestes, prête à bondir à chaque instant. Actuellement, elle passait plus pour un animal blessé qui s'efforce de trouver un endroit où se cacher pour y panser ses plaies. Mais lesquelles ? Là était toute la question. Si ce n'était la lassitude de ce monde dans lequel ils vivaient, elle n'avait jamais mentionné aucun mal qui lui aurait été fait, aucune préoccupation qui puisse la troubler au point d'en perdre ce sommeil séculaire qu'elle était censée traverser.

Alessio n'était pas sans savoir que certains dieux souffraient d'une sorte de mal de résurrection juste après avoir effectué leur retour. Celui-ci pouvait prendre différente forme, que ce soit une faiblesse extrême, un changement physique radical, quand ce n'était pas leur personnalité qui s'en trouvait profondément affecté. C'était plus étonnant dans le cas présent étant donné que Perséphone semblait avoir réintégré son véritable corps, mais rien ne semblait indiquer que ce ne soit pas possible même dans des conditions aussi favorables. Pour autant, le Juge en retirait une étrange sensation, comme si un autre cosmos se mélangeait au sien sans toutefois y faire obstruction. C'aurait pu être celui de l'enveloppe dont elle s'était emparée s'il s'était agi d'une éveillée, lequel aurait mis du temps à se dissiper, mais ce n'était ici pas d'application.

J'avoue n'en avoir aucune idée. Peut-être vous manquions-nous au point que vous n'ayez pu réprimer le besoin de revenir prématurément ? Il avait soigneusement évité d'employer le je, ne sachant pas à quoi s'en tenir. Aux dernières nouvelles, vous étiez lasse que nous tentions de nous emparer d'un monde qui s'effondrera tout seul sur ses fondations bien assez tôt. Vous étiez fatiguée de la décadence des hommes qui nous laissait désœuvrés et éprouviez le besoin de prendre du recul. De vous rappeler de quoi avait l'air le monde auquel nous aspirions, tous autant que nous sommes.

C'était un joli conte qu'il lui récitait là. De jolis mots qu'on lui avait seriné à outrance. Assénés à satiété jusqu'à les connaître par coeur. Mais ce n'étaient pas les siens, oh que non. Et c'était là que se trouvait le piège, puisqu'elle était sans conteste la mieux placée pour le savoir si elle gardait trace quelque part au fond d'elle de leur relation. Son véritable but était bien plus haut, bien plus loin. Il n'arrivait pas à s'ôter de l'esprit que ce pouvait très bien être une imposture tant elle semblait tout ignorer à propos d'elle-même et de ce qu'elle avait vécu. Auquel cas il serait logique soit de tenter de le dissimuler – et ce au risque de se retrouver bien vite dans l'impasse – soit de tenter de combler ses lacunes aussi discrètement que faire se peut. C'était l'une des raisons qui faisait qu'Alessio n'accordait aux dieux qu'un crédit et une confiance réduite : ils étaient si changeants d'une vie à l'autre que l'on ne savait jamais à quoi se fier. Pour lui dont toute l'intelligence se basait sur la connaissance de ses adversaires et l'utilisation de leur personnalité à ses fins, il n'y avait rien de plus déplaisant que de devoir sans cesse revoir ses plans.

D'ailleurs, pourquoi avait-elle eu besoin de revenir à sa forme primaire au lieu de conserver le corps de Belhys ou d'en capturer un autre ? Y'avait-il une raison à cela autre que celle de son bon plaisir – à moins que ce ne soit pour se retrouver elle-même ? Il n'était guère difficile de se souvenir que les débuts de sa cohabitation avec Belhys avait été conflictuelle – il était mieux que bien placé pour le savoir – et peut-être avait-elle cru y perdre une part de son identité, éprouvant dès lors le besoin d'effectuer un retour aux sources pour se rappeler de qui elle était en vérité. Dans l'ombre de son chapeau, il la sondait à toute discrétion, cherchant à savoir quelle abstraite vérité se cachait derrière ces propos. Qu'essayait-elle de lui faire dire ? Condamnerait-elle ses propres actes ? Faute de savoir dans quel traquenard il pouvait choir s'il répondait en toute honnêteté, il était de rigueur de faire preuve de circonspection.

Êtes-vous sûre que tout va bien ? Vous semblez... Fébrile. s'enquit-il sans varier d'un octave.

Mais tandis qu'il s'évertuait à la détailler, elle pivota vers lui d'un bloc et parut aussitôt ployer sous un mal dont la nature lui était inconnue. À peine avait-elle croisé son regard qu'elle s'était tordue de douleur, comme s'il venait de la frapper au visage par intermédiaire de ce seul contact visuel. Sans qu'il ne s'y attende, ni que cela fasse partie de quelque stratégie, il se porta à son aide, réduisant à presque rien la distance qui les séparait en l'espace d'un battement de cils. N'avoir pas son Surplis n'enlevait rien à sa condition de Juge des Enfers et aux facultés qui lui valaient ce titre. Il réalisa cependant ce qu'il était en train de faire assez tôt que pour éviter d'entrer en contact avec elle – de crainte de faire pire que bien, mais surtout ne sachant pas ce que cela pourrait engendrer. Il ne lui en tendit pas moins la main afin qu'elle puisse s'en saisir si le coeur lui en disait ou que sa santé - ? - devait soudain l'exiger. Main que fit frémir le prénom qu'il l'entendit murmurer entre ses lèvres sans mot dire. Ainsi fut-ce à son tour de rouvrir quelques plaies sans même le savoir.

Sauf votre respect, vous semblez souffrante, votre majesté. Puis-je faire quelque chose pour vous venir en aide ? Peut-être serait-il bon que vous vous mettiez plus à l'aise, vous semblez n'être pas encore tout à fait remise. Il est vrai que si pittoresque soit notre paysage, il ne doit pas faire bon y revenir après avoir passé si longtemps loin du ciel et de la terre...

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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Jeu 8 Aoû 2013 - 0:58


Si l'occasion s'y prêtait, si sa mauvaise humeur ne perdurait pas sans s'estomper comme n'importe quel autre sentiment de passage, sans doute aurait-elle rit face aux propos tenus par le Juge. Il était difficile de fournir une explication plus ridicule que celle qu'il vient de lui offrir avec un sérieux absolument effarant. Soit ce Juge est un imbécile, ce qui parait peu probable, non seulement par son rang mais aussi, et surtout en l'occurrence, à cause de l'opaque sentiment qui l'entoure, soit il se moque d'elle. Dans un sens comme dans l'autre sa réponse est pour le moins mal choisie.

Une chose semble cependant certaine, c'est que cette créature des ténèbres en sait bien plus long que ce qu'elle veut bien dévoiler. Ce qui étonne la divinité c'est la raison qui l'empêche de répondre clairement à sa question. Il est évident, lorsqu'il a pris la parole dès les premiers instants, qu'il était surpris de la voir incarnée. Tout comme il parait évident désormais qu'il y a quelque chose qu'il ne veut pas lui dire.
Perséphone reconnait que c'est plutôt finement joué de sa part. Car désormais elle se trouve confrontée à un choix. Soit elle lui répond sèchement en lui demandant s'il oserait, pas le plus grand des hasards, la prendre pour la dernière des imbéciles. Soit elle rentre dans son jeu. Dans un cas comme dans l'autre elle n'est pas plus avancée sur les raisons qui l'auraient faite déclarer qu'elle renonçait à se réincarner.

Alors qu'elle se tourne vers celui qui se pare d'un mystère volontaire tout autant qu'involontaire, et que la douleur fulmine une fois encore au creux de ses tempes, le Juge esquisse la même réaction que celle qu'eut Kazuki il y a de cela de nombreuses heures à une exception près.
Kazuki s'était approché d'elle vivement mais sans faire le moindre geste ayant pour but final de la toucher, ce qui n'est pas le cas de ce Juge. Fait d'autant plus étrange qu'Alessio fait un réel geste en sa direction mais qu'il le stoppe avant qu'il ne parvienne à son but.

Les prunelles d'ébène dévient de la main tendue vers les prunelles à la couleur si particulière du Griffon. Elle le dévisage assez intensément alors qu'au fur et à mesure que la douleur disparait, les traits de celui qui lui fait face lui sont de plus en plus familiers.
Il ne répond pas à une question à laquelle il semble pourtant avoir la réponse. Il se précipite vers elle mais se fige à quelques centimètres. Un très léger tremblement secoue sa main tendue l'espace d'une brève seconde, une faiblesse qui a peu être un rapport avec le nom qu'elle vient de prononcer.
Il s'est passé quelque chose entre eux, cela devient une accablante évidence. Tout le problème reste de savoir quoi au juste.

La tirade qui prend des allures de voix douce au timbre presque lancinant provoque un effroi qui remonte de la base de ses reins jusqu'à sa nuque sans qu'elle ne parvienne à l'endiguer. Un terrible pressentiment enserre sa poitrine aussi soudainement que ses étranges maux de tête apparaissent depuis quelques jours. Un poids pèse sur sa poitrine tandis que sa main percute sèchement celle d'Alessio en la repoussant. Et comme pour appuyer ce geste d'une signification supplémentaire, elle recule d'un pas pour remettre une distance convenable entre eux.

Je vais parfaitement bien, inutile de t’inquiéter.


Le ton se veut dissuasif mais ses paroles sonnent parfaitement creuses. Prononcées d'une voix presque fébrile, la déesse semble éprouver toutes les peines du monde à contrôler ce coeur qui s'emballe sans raison apparente, entraînant par la même occasion une respiration légèrement saccadée.

Levant les yeux vers les hauteurs qui surplombent l'endroit où ils se trouvent à l'instant, la déesse plisse les yeux à la recherche de quelque chose ou de quelqu'un semble-t-il. Mais pourtant il n'y a rien... elle était certaine qu'en levant les yeux elle allait apercevoir l'une des créatures appelées Shadow, que son époux affectionne. Mais non... rien.
Fronçant légèrement les sourcils, ces évènements intrusifs et sans aucune justification commençant sérieusement à lui taper sur le système, la divinité repose ses prunelles de jais sur le Juge du Griffon en ouvrant légèrement les lèvres comme si elle s'apprêtait à dire quelque chose. Mais c'était sans compter une nouvelle incursion violente qui pénètre son esprit en un choc qui lui fait faire un nouveau pas de recul.

Ce serait dommageable que notre cher monarque ait vent de cette... Liaison.



C'est... C'est impossible...


Elle en est désormais certaine. Deux voix bien différentes s'immiscent sans pudeur au sein de son âme. La première n'est autre que la sienne. La seconde est celle d'Alessio. Le doute... n'est plus permis désormais.
Annihilant brusquement la distance qui les sépare, la main de Perséphone s'élève dans les airs en saisissant le costume sombre qui pare le corps de son juge, juste au niveau de son cou. L'attirant vers elle d'une poigne relativement étonnante venant d'un gabarit comme le sien, pour peu que l'on oublie son ascendance divine, si tant est que cela soit possible, Perséphone semble avoir un instant d'hésitation.
En réalité ça n'est pas vraiment de l'hésitation, mais un pressentiment, cette sempiternelle sensation de déjà vu, déjà fait, déjà ressenti au contact du Griffon.
Mais finalement il semble que la colère éprouvée par les derniers fragments de souvenirs qui viennent encombrer ce puzzle déjà assez complexe, l'emporte sur tout le reste.

Tu vas t'expliquer et tout de suite !


Ces mots... non ces mots ne peuvent pas la concerner... c'est parfaitement impossible. Elle aime Hadès plus que n'importe qui en ce monde et plus fort que n'importe qui d'autre depuis la naissance de la fille de Déméter. Jamais amour n'aura été plus puissant, plus sombre, plus tenace dans aucun couple divin depuis que le monde est monde. Il est parfaitement absurde, insensé, ridicule d'oser imaginer qu'elle ait pu avoir quelle que liaison sérieuse que cela soit avec un autre que le sombre monarque. Etre infidèle oui, c'est même un jeu ancestral entre eux et cela se finit généralement mal pour l'amant ou la maîtresse. Mais éprouver ne serait-ce qu'un soubresaut de sentiments pour un autre... c'est inconcevable !

Un éclair opaque aveugle momentanément la déesse dont les doigts s'ouvrent subitement en relâchant le pan de tissu fermement tenu jusqu'à lors. Une scène se dévoile sous ses yeux. Comme lors du procès divin de son frère Arès, le Mont Fuji, cette imposante montagne ancestrale, se dessine sous ses prunelles d'ébène. Mais contrairement à l'Olympe cette vision est bien plus limpide que la précédente.
A sa grande stupéfaction, sa mère Déméter est également présente.

Tu es la seule qui puisse m'aider et dont je sois assurée de la plus totale discrétion.


La scène qui se déroule sous ses yeux ne dure pas plus d'une fraction de secondes, mais en ce court laps de temps, les paupières de la divine s'écarquillent comme si elle était en proie à une vision d'apocalypse que les enfers n'auraient ni commanditée, ni souhaitée.

Tu dois faire disparaitre de mon esprit une personne en particulier.


La vision s'estompe tel un mauvais rêve et pourtant... si cela c'en était tenu à un simple rêve, les choses seraient bien plus faciles aujourd'hui.
Faisant volte face, Perséphone tourne les talons en s'éloignant de quelques pas. Ses prunelles d'ébène semblent plonger au plus profond du Lac de sang qui s'étale presque à perte de vue. Elle ne peut croire une chose pareille... quelque chose ne tourne pas rond... comment, comment aurait-elle pu commettre une telle folie ! A-t-elle réellement demandé à sa mère de faire disparaitre Alessio de son esprit...? Mais dans quel but ?
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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Ven 9 Aoû 2013 - 3:11

La tension n'allait pas en s'améliorant. Pour une raison qui lui échappait, celle-ci était déjà en vigueur avant même son arrivée. Elle n'avait cependant fait que s'accroître depuis qu'il avait posé le pied à ses côtés et il avait la forte impression que ce n'était pas près de s'arranger. S'il n'était pas en mesure de dire s'il y était pour quelque chose à l'origine, du moins sa présence n'était-elle pas faite pour l'arranger. Quant à en connaître les raisons, le meilleur moyen de le savoir était encore sans doute de la laisser atteindre le point de rupture pour s'en assurer. Car sans qu'il ait eu à faire quoi que ce soit pour cela, le malaise qui semblait accabler Perséphone n'avait fait que s'amplifier à tel point que son cosmos lui-même s'en trouvait bouleversé. Était-ce vraiment elle ? Il avait rapidement écarté la thèse de l'imposture, trop habitué à jouer avec la souffrance que pour savoir qu'elle n'était pas feinte. Il n'était néanmoins pas à exclure qu'il soit question d'une quelconque forme de possession ou de manipulation cosmique – même si dans ce second cas, il serait frustré de ne l'avoir pas aussitôt détecté alors qu'il était le mieux placé pour ce faire.

Mais peu à peu les pièces du puzzle prenaient place, s'assemblaient sur la vaste scène qui leur était réservée pour reconstituer cette fresque vieille de quelques années. Il se souvenait des derniers mots qu'ils avaient échangé, des derniers moments qu'ils avaient partagé. Elle pas, de toute évidence, ou alors le simulait-elle avec une maestria si notable que même lui en serait bluffé. Toute déesse qu'elle soit, il ne pensait pas qu'elle en soit capable, et s'il gardait d'elle le souvenir d'une personne partageant son goût pour les mystères, ce n'aurait pu être au point de monter cette comédie de toute pièce. Même si d'un autre côté, l'image qu'il se faisait d'elle était en grande partie biaisée par celle de Belhys avec qui elle ne faisait qu'un lorsqu'ils s'étaient aimés. Cette coexistence passée était d'ailleurs la raison par laquelle tout cela avait commencé. Le prétexte qui avait fait que tout puisse arriver.

Oh, c'aurait sans doute été le cas à un moment ou à un autre, même sans ça, mais c'était indubitablement cela et cela seul qui avait précipité les choses. Qui les avait mis dans de sales draps, comme lui vint la tournure qui avait été la sienne déjà à l'époque. Avoir à s'en rappeler lui fit réprimer un sourire en coin teinté d'ironie. S'il avait pensé jadis que ce serait elle qui en souffrirait alors que tout le désignait comme la cible idéale si Hadès venait à l'apprendre n'était pas sans le déconcerter, et il ne manquait pas de se demander par quel biais elle avait pu en arriver à se mettre dans cet état. Mais quel que soit le sens donné à ses réflexions, il peinait à retracer le chemin parcouru qu'il imaginait pour elle. Car rien ne pouvait lui assurer qu'elle ne se soit réincarnée que très récemment, ses lectures lui ayant déjà appris que certaines divinités étaient parfois retrouvées à l'autre bout du monde après avoir réintégré leurs corps.

Soit parce que le nouveau se montrait quelque peu récalcitrant, soit parce qu'elles n'avaient pas encore tout à fait les idées claires ou voulaient simplement voir du pays. Oui, son sommeil n'avait peut-être été que de courte durée, plus encore qu'elle ne l'aurait imaginé – et plus qu'il ne s'en doutait à l'instant même. Dès lors, il y aurait toutes les raisons de se méfier, et pourquoi pas d'y voir une accusation pour s'être approché d'Angèle de trop près – ou de qui que ce soit d'autre. Les conquêtes n'avaient pas manqué, même s'il n'avait guère eu de temps à y consacrer ces dernières années. Il ne l'aurait pas crue jalouse, mais ce n'était pas pour autant que cela le surprendrait. Auquel cas il aurait toutes les raisons de s'attendre à quelques représailles dont il se souviendrait. Mais l'idée lui vint que si c'était le cas, ce serait sans doute déjà fait plutôt que de faire durer le plaisir – plaisir qu'elle ne semblait pas prendre par ailleurs car elle-même exhalant la douleur.

Or, il doutait fort que la seule perspective qu'il ait pu la « tromper » suffise à la mettre dans cet état. Puis après tout, d'eux deux, ce n'était pas lui qui avait commis l'adultère, à ce qu'il sache. Même si, toute réflexion faite, il ne serait pas contre le fait de la voir réclamer une exclusivité. Cela aurait au moins le mérite de lui signifier qu'il lui avait manqué – d'une certaine manière. Ce qu'elle ne semblait pas prête à avouer, l'obligeant à refiler le cours de cette fameuse soirée. Aujourd'hui encore, il ne savait pas exactement ce qui s'était passé ce jour-là tant la situation de Belhys était alors confuse. S'il avait tout d'abord cru à la simple solution qu'elle avait souhaité en venir à de telles extrémités pour se « venger » de Perséphone qui peu à peu dévorait son intégrité, le degré de fusion était déjà tel qu'il lui était difficile de concevoir qu'elle ait pu parvenir à ses fins sans que la divinité au fond de son âme n'y consente elle-même, ne fut-ce qu'à moitié. Pourquoi ? C'est là qu'était la clé.

Vous aurais-je déplu ? Si tel est le cas, je vous prie de m'excuser. dit-il le plus poliment du monde, affectant de se masser la main.

La brutalité avec laquelle elle l'avait repoussé était plus qu'il n'en faut pour lui signifier qu'elle n'avait aucune envie de le toucher. Ou plutôt qu'il la touche, comme si le simple fait d'entrer en contact avec elle allait faire pleuvoir sur eux une catastrophe si désastreuse qu'elle peinerait à l'imaginer. Bien qu'elle s'efforce de garder autant que faire se peut sa dignité, force lui était de constater que sa fébrilité allait croissante depuis qu'il s'en était rapproché. C'était donc bien lui la cause de sa perte de repères, il n'était plus permis d'en douter. Il aurait pu s'en formaliser, mais n'en fit rien, préférant se demander à quel point elle avait pu oublier. Il était décevant de penser que cet événement exceptionnel n'était pas mieux ancré dans sa mémoire, mais il se doutait bien que les dieux n'étaient pas maîtres de ce qui leur revenait en premier. À moins... À moins qu'elle n'ait choisi d'oublier ?

Malgré les connaissances qu'il avait pu rassembler à ce sujet, il ignorait si les déités avaient une quelconque emprise sur ce qu'ils pouvaient choisir de « garder » de leur vie passée. Cela lui semblait improbable, mais au fond, qui sait ? Mais en ce cas, il serait étonnant que le travail ait si mal été fait qu'il lui ait fallu si peu de temps que pour tenter de raviver sa mémoire oubliée. Mais tandis qu'il s'interrogeait à ce sujet, il sentit une poigne d'acier se refermer sur son col pour l'arracher à sa rêverie. Mais bien que d'une force étonnante pour une femme, la sienne l'était plus encore pour son gabarit et il lui en donna un avant-goût en emprisonnant au creux de ses doigts son poignet. Mais à la différence de toute la brusquerie avec laquelle elle l'avait saisi, sa propre prise tenait plus d'une douce caresse, en souvenir de ce qu'ils avaient vécu même si la conscience de la belle hurlait « jamais ».

Vous expliquer quoi ? demanda-t-il alors d'une voix qui, bien que désormais faussement perplexe, paraissait tout à coup plus mielleuse que jamais. Vous devriez cesser de me brutaliser. Vous pourriez le regretter. Oh, n'allez surtout pas croire que je me permets de vous menacer ; c'est juste que plutôt que d'abîmer mon corps, vous pourriez en avoir d'autres utilités. Je suis à votre service, et vos désirs sont des ordres, l'auriez-vous déjà oublié ?

Cette même voix avec laquelle il lui avait murmuré de tendres paroles à l'oreille au creux des draps, entre deux non-dits, deux vérités inavouées. Tout n'avait été que jeu, que cachotteries et mensonges, mais c'était là leur domaine à tous les deux. Un lieu dont elle était partie en claquant la porte au moment de quitter le dernier corps à l'avoir hébergée. Mais n'était-il pas temps de l'y ramener, en la tenant par la main s'il le fallait ? Ses prunelles ambrées trouvèrent leur place dans les siennes, plus perçantes que jamais dans la pénombre qui depuis toujours et à jamais régnerait en ces lieux. Ce n'était certes pas leur couleur d'origine, mais ce n'en était pas moins la dernière qu'elle leur ait connu. Celle qu'elle avait longuement scruté elle-même lors des nombreux regards échangés avant qu'ils ne puissent plus reculer. Que le mal soit fait. Sa prise se raffermit légèrement sans devenir douloureuse pour autant et il se rapprocha d'elle tel une ombre dès qu'elle eut daigné le lâcher. Les lèvres près de son oreille, un souffle lui échappa, si doucereux que l'on eut presque cru pour son auditrice l'écho de son passé plus que le timbre du Juge.

Tu ne peux jamais oublier. Ici est ta réalité.

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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Ven 9 Aoû 2013 - 11:34


A quoi rime tout ceci. Vers quelle destination ce chemin obscur peut-il bien la mener. Quelle folie a-t-elle commise ou quelle folie tente-t-il d'insinuer dans son esprit peu à peu. Qui est ce Juge. Que veut-il. Pourquoi. Quel est son but. Sous ses apparences de fausse amabilité, se cache un être aux desseins qu'elle n'arrive pas vraiment à discerner. Il semble en savoir si long... alors qu'il persévère à se draper dans cette assurance dont la douceur ne révèlera ses lames acérées que lorsqu'elles seront profondément ancrées dans sa poitrine. Alessio est le roi de cet échiquier infernal. A moins qu'il n'en soit le fou...

Elle hésite à le renvoyer d'où il vient, à éradiquer de son esprit cet être perturbant. Tout en lui hurle le souvenir enfouit. Une impression profondément enfermée en son coeur qui s'éveille peu à peu. Plus cela se produit et plus les Ténèbres redoutent l'issue de cet entretien. Plus elle appréhende sourdement de voir révélés les éléments qui font si cruellement défaut à sa mémoire.
A son contact tout semble se précipiter. Chaque mot, chaque regard, chaque faux semblant... fait naître en elle une nouvelle part de souvenir. Sans cesse... sans un moment de répit, chaque émergence de ce trouble passé lui apparait comme plus destructeur que le précédent. Le soleil se lève peu à peu, et avec lui les doutes qu'elle aimerait tant voir subsister... s'effacent.

Il ne l'écoute pas, il n'en fait qu'à sa tête. Il a sans doute compris. Oui... cette intelligence affutée qui lui fait face ne peut qu'avoir déjà frôlé de l'index le problème qui la tourmente. Il sait que quelque chose ne tourne pas rond. Il possède un avantage de poids car sa mémoire, à lui, n'a pas été entachée de zones d'ombre. Alessio sait là où elle ne sait plus. Il ressent naturellement là où elle tente vainement de comprendre. Il possède bien plus qu'une longueur d'avance. Cette situation... doit cesser.

Sa main se referme sur son poignet alors qu'elle reste hésitante, ayant suspendu son geste comme si le temps l'avait soudainement arrêté sans prendre la peine de lui demander son accord.
Les prunelles de jais de la fille de Zeus effleurent du regard les doigts longilignes qui se pressent sur sa peau. Ses mots sonnent comme une sourde menace, quoi qu'il en dise. Pense-t-il réellement que le simple timbre de voix qu'il choisit d'employer ne se suffit déjà pas à lui même...

Ce contact fait naître en elle de nouvelles turbulences. Comme elle le redoute, chaque mot savamment choisi, chaque frôlement de peau, éclairent un peu plus sa route parsemée d'embûches. Mais la question est... a-t-elle vraiment envie de savoir.

Le regard sombre de la déesse semble perdu dans les yeux d'ambre qui lui font face. Pourtant... à bien l'observer, ses prunelles divines vont bien au-delà du corps qu'elles contemplent.
Un portail de pierre couvert de runes très anciennes... de runes qu'elle peut aisément déchiffrer car elles ne sont que le fruit de sa propre oeuvre. Enlaçant tendrement le portique usé par le temps, des ronces au coeur desquelles sont confortablement installées quelques fleurs aussi noires que le tréfonds des enfers. Pourquoi cet endroit choisit-il de lui apparaître maintenant... Pourquoi le portique utilisé par son sombre époux pour l'amener pour la première fois en ces lieux... se manifeste-t-il de la sorte.

Les prunelles d'ébène sortent de leur sombre léthargie dans un battement de cils tandis qu'elles se reposent naturellement sur la main qui enserre son poignet.

Le plus pertinent serait sûrement de me faire oublier,
même si on ne peut pas dire que je sois très doué pour cela.
À moins de m'exiler loin des Enfers jusqu'à nouvel ordre...


Oublier....
A ces mots le coeur de Perséphone se serre dans sa poitrine et c'est d'un mouvement presque sec qu'elle redresse le visage. Elle toise Alessio d'un regard assez indéfinissable, comme si elle cherchait quelque chose. Et pourtant non... il n'a rien dit de plus. Aucun mot ne vient de franchir la barrière de ses lèvres légèrement souriantes. Ces paroles... sont encore une branche de plus venant étoffer cet arbre dénudé qu'est sa mémoire.
Alors pourquoi... Pourquoi appréhende-t-elle à ce point de les entendre à nouveau. Pourquoi.

Il est préférable pour toi que je fasse fit des mots que tu viens de prononcer.


Tout en disant ces mots, Perséphone fait volte face en libérant son poignet de la douce étreinte qui le retient. Quelques pas les séparent désormais. Elle croise les bras sur sa poitrine en fermant les paupières quelques instants. Ses mâchoires se crispent presque imperceptiblement alors que le cheminement de ses pensées est encore bien trop opaque pour qu'elle ne puisse réellement comprendre toute la portée ce qu'il se passe en ce moment.
Quelque chose les unit. Quelque chose... qu'elle redoute d'imaginer, d'envisager puissant. Une puissance terrible qui sommeille en son sein mais qui est sur le point de se réveiller.


Rouvrant brusquement les paupières, cette voix qui susurre fourbement à son oreille la percute avec autant de violence que les mots qu'elle lui adresse sont lourds de sens.
A son contact des mots sans véritable lien les unissant déferlent dans sa mémoire. Perséphone ne bouge pas, n'esquisse pas le moindre mouvement pour rétablir la distance qu'elle vient à peine d'instaurer à nouveau. Fixant le lac de sang d'un regard parfaitement éteint, la divinité des morts ne semble plus rien voir de ce qui l'entoure. Ça n'est qu'au bout de longues minutes que ses prunelles retrouvent le noir de jais qui les caractérisent, le fin voile d'opacité qui les recouvrait jusqu'à lors s'amenuisant jusqu'à disparaitre.

Si tu étais encore un être que l'on pouvait qualifier d'humain, je te dirais probablement que tu fumes beaucoup trop.


Ces mots tombent sans crier gare, sans qu'aucune raison ne viennent les justifier de prime abord. Sans se retourner, sans esquisser l'ombre d'une objection quant à la proximité qui les unit, la déesse laisse son regard de jais filer le long de la surface sanguine tandis que sa voix morne mais pourtant d'une extrême douceur, s'élève dans ce lieux vidé de toute présence en dehors de la leur.

J'aime les fleurs. Je les ai toujours aimées. Quoi de plus normal pour la fille du printemps... Et pourtant, la fleur que je préfère n'existe pas en ce monde.
La vermine te fait horreur. Tu n'apprécies que peu les autres, les êtres qui pourraient éveiller un quelconque intérêt en toi sont aussi disparates que les fleurs qui arrivent à naître dans cet endroit. Tu aimes chasser mais uniquement si cela peut t'apporter la jouissance qui te manque tant. Tu es fier de tes talents et tu n'hésites jamais à en faire la démonstration. Il est rare désormais que quiconque trouve grâce à tes yeux, mais il existe quelques élus.


Sans le percevoir nettement, la dernière phrase prononcée par la déesse n'est autre que les propres mots que lui adressa Alessio il y a de cela plus de dix années. Ces mots, tout ce qu'elle dit, elle en a la profonde conviction, tout cela est la réalité. Elle connait par coeur la leçon qu'elle est en train de réciter. Et pourtant... pourtant...
Perséphone se tourne vers le Griffon, délaissant l'étendue sanguinolente pour replonger ses prunelles noires dans celles de celui qui lui fait de nouveau face. Son regard semble avoir changé. Elle a retrouvé un peu de la douceur qui lui faisait cruellement défaut jusqu'à lors et dont elle aime pourtant tant se parer.

Veux-tu connaître la conclusion de cette récitation Alessio...


Sans même attendre une réponse, car ses mots n'en appellent finalement pas, Perséphone toise le juge d'un regard pénétrant quelques brèves secondes pour finalement le laisser de nouveau se perdre sur la surface rougie de sang frais.

C'est que je n'ai pas le moindre souvenir de tout ce que je suis pourtant certaine de connaître par coeur.
N'est-ce pas ironique...
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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Sam 10 Aoû 2013 - 3:04

Alessio ne l'aidait pas à y voir plus clair et il en avait conscience. Mais c'était aussi à charge de revanche. Car pour chaque pas en avant qu'il faisait dans l'éclaircissement de son état, elle lui en faisait faire deux en arrière la seconde d'après. Il lui fallait être très précautionneux à la fois dans ses gestes et dans ses propos s'il ne voulait pas susciter de réaction qu'ils regretteraient l'un et l'autre. Elle était extrêmement instable et chaque pichenette mentale qu'il lui donnait ne résolvait en rien ce problème et ne faisait au contraire que l'aggraver. Mais c'était là qu'était la panacée, il en était désormais persuadé. Soigner le mal par le mal n'avait jamais eu autant de sens que désormais. Elle n'apprécierait pas, c'était certain, mais le Juge voyait difficilement de quelle manière il lui aurait été possible de démêler cette situation sans recourir à des moyens à la mesure des dégâts engendrés.

Car il y en avait, c'était indéniable : sa mémoire souffrait de lésions que même ses habiles manipulation de l'esprit ne pouvaient soigner – même s'il était vrai qu'être plus habitué à détruire qu'à reconstruire ne devait pas aider. Et parlant d'aider, le devait-il vraiment ? Il n'était pas sûr, au fond, que ce soit une si bonne idée. Au fond, la Reine des Enfers n'était « qu'une partie » de celle avec qui il avait eu une relation intime cette nuit-là et maintenant qu'elle avait recouvré son individualité, il n'était pas impossible qu'il s'en morde les doigts si elle devait s'en rappeler. Peut-être même était-ce pour cela qu'elle avait préféré se débarrasser de cet épisode gênant en l'enfouissant dans les profondeurs de sa mémoire avant d'y apposer un verrou qu'il avait bien du mal à briser. Cette sécurité n'était peut-être pas faite pour être violée sans autre forme de procès.

Mais il serait dans ce cas étonnant de penser que bien qu'il soit aussi en tort qu'elle d'une certaine manière, elle n'ait pas cherché à lui causer le moindre tort. Après tout, il était un témoin et même plus que cela de cet événement qu'il lui  aurait fallu taire à jamais, et par conséquent le mieux placé pour raviver des souvenirs qu'elle avait tout fait pour laisser de côté. Ce n'était pas ce qu'il y avait de plus judicieux si elle avait souhaité effacer cela de sa mémoire, de sa vie, de son parcours à tout jamais. Qui plus est, et comme il le pensait, il doutait fort que cela aurait été possible si la Dame Noire avait lutté de toutes ses forces pour empêcher Belhys de commettre l'irréparable. Ainsi, n'avait-elle été que « spectatrice » de sa propre implication tout en sachant que cela lui causerait du tort, ou bien avait-elle même été volontaire pour s'adonner à ce péché ?

Difficile de penser qu'elle n'y avait pas pris un certain plaisir alors qu'elle partageait ce corps et les sensations qu'il avait éprouvé. Était-elle donc à ce point honteuse d'avoir tant apprécié qu'elle avait souhaité se dispenser de le remémorer ? Mais en ce cas, il subsistait encore une fois la question du fait qu'il n'en ait jamais eu vent au cours du processus alors qu'il aurait forcément dû passer par lui. Quoi qu'il ait pu se produire, cela lui était arrivé dans le plus grand secret, si bien qu'il lui était impossible de savoir où chercher faute d'indice qui pourrait l'y mener. La seule chose qui lui restait, c'était elle. Elle qui était à présent plus désemparée que jamais et ne savait si elle devait le repousser de toutes ses forces ou l'attirer vers elle afin de retrouver ce réconfort tant espéré. Elle finit par choisir de s'en séparer. Mais pour combien de temps, avant que la tendance ne finisse à nouveau par s'inverser ?

Je ne vois pas de quoi vous parlez. répondit-il d'un ton neutre.

Ce n'était en tout cas pas l'oeuvre d'Hadès, car s'il avait à y voir, elle s'en serait nettement moins bien tirée, qu'elle soit sa femme n'y changeant rien – sans parler de son propre cas. Et le fait de n'avoir pas ressenti la présence du roi des ténèbres depuis sa disparition il y a de cela bien des années ne faisait que corroborer cette hypothèse. Mais alors, comment et pourquoi ? Il avait beau retourner la question dans tous les sens, il ne trouvait pas – l'état de fatigue avancé qu'il s'efforçait de dissimuler n'aidant pas. Si son corps avait en apparence parfaitement récupéré de ses blessures, il n'en accusait pas moins le coup après le choc des titans qui l'avait opposé à Orion. Et il ne tenait pas à ce qu'elle le sache, par ailleurs ; cela ne la regardait en rien, et si cela devait susciter chez elle une réaction inopinée par inquiétude, il ne pourrait s'empêcher d'en ressentir une pointe d'agacement.

C'était à la seule force de son intelligence qu'il devait percer ce secret, aucune autre manière d'y arriver ne serait tolérée. Et tant pis s'il devait s'y consacrer corps et âme, car il était bien trop impliqué que pour se dire qu'il pouvait y renoncer. Ne pas savoir par quel biais elle se souviendrait ni même quel impact cela pourrait avoir était beaucoup trop dangereux. Aussi valait-il mieux que ce potentiel retour à la normale s'opère quand il se trouvait à ses côtés pour pouvoir le canaliser – même si certes cela pouvait être tout aussi dangereux. Mais vivre dangereusement ne l'avait jamais dérangé, et encore moins dans l'immortalité. Néanmoins, il la laisse prendre ses distances, cogiter. Sa présence seule suffit à faire remonter des souvenirs cachés, il n'a qu'à rester près d'elle pour que le charme continue d'opérer. Pour autant, il n'en finit plus de réfléchir de son côté, d'en soupeser tous les aspects tout en n'en finissant plus de la dévisager – tant pour tenter de trouver des réponses dans sa physionomie que pour se faire à l'idée, n'y étant encore guère habitué.

Car c'était la première fois qu'il la voyait sous cette forme, après tout. Il n'aurait su dire si elle était plus belle ou moins belle que lorsqu'il l'avait connue – ou ce qui s'en approchait – car c'était entièrement différent. C'était une beauté d'un autre genre. Une beauté que les mortels n'auraient pu concevoir car elle n'était pas de leur monde et qu'ils n'étaient pas supposés la voir un jour avant que leur monde ait touché à leur fin. C'était une véritable oeuvre d'art, et il doutait que ce soit la seule dans ce cas. Cela devait faire partie des privilèges réservés à ceux qui comptaient parmi les élus pour devenir chevalier. Mais il doutait que quiconque au sein du panthéon olympien resplendisse d'une telle beauté ténébreuse. En ce sens, c'était peut-être pour cela qu'elle était tombée sous son charme.

Car même s'il était aussi corrompu que l'on pouvait l'être et qu'il avait perdu foi en l'humanité, Alessio appréciait les belles choses mieux que quiconque car considérant qu'elles étaient bien trop rare en cette vie – ou non-vie – ou toute chose perd de sa brillance, contaminé par la décadence de l'humanité. Ainsi était-il le mieux placé pour lui dire qu'elle était belle en toute sincérité là où sa magnificence n'aurait été que commune pour un dieu, trop habitué à la côtoyer à chaque instant et ce depuis la nuit des temps. Pouvoir encore avoir ce genre d'avis sur la question – comme il s'en rendit compte au même moment – suffit à le convaincre que ce n'était pas pour lui du temps perdu de vouloir lui rappeler ce qu'être ensemble leur avait permis de créer. Que si elle avait souhaité oublier, il ne voulait nullement l'y autoriser. Et si égoïste que ce soit, c'était aussi pour cela qu'il devait le lui rappeler.

Quel que soit le prix à payer.

Ces pensées lui ayant mis les nerfs à fleur de peau, il manqua de tressaillir quand elle reprit la parole pour lui faire part d'informations qui, selon toute vraisemblance, venaient à l'instant de lui revenir à l'esprit. Ses yeux s'écarquillèrent mais il resta interdit. Perséphone elle-même ne semblait pas savoir d'où elle tirait de tels renseignements, prouvant à eux seuls qu'elle connaissait le Juge bien plus intimement, bien plus en détails qu'elle ne le devrait. Et là était la faille dans laquelle il lui fallait s'engouffrer pour la ramener non pas à la raison, mais à la vérité qu'elle avait choisi d'oublier. S'il n'avait pas été fermement convaincu que celui-ci ne battait plus depuis une éternité, il aurait pu sentir son coeur manquer un battement – mais celui-ci n'échapperait pas à son interlocutrice, il pouvait y compter. Car il lui appartenait, du moins pouvait-on le penser.

Je suis las de croire en l'humanité. Plutôt que de croire que l'espoir puisse un jour renaître, j'ai préféré voir la terre comme mon coffre à jouets. Mais rares sont ceux à attirer mon oeil aiguisé car peu font d'assez jolis pantins pour pendre au bout de mes fils. Pourtant, ce sont les tiens qui sur moi se sont refermés jadis, des liens que rien ne pourra trancher et que tu pourras voir sans l'ombre d'un doute si tu cessais de garder les yeux fermés. Je ne chasse ni ne détruis pour prouver quoi que ce soit, uniquement pour me divertir. Pour me rappeler que je suis libre de faire tout ce que je veux. Preuve en est que c'était moi la proie, ce jour-là. Cela ne m'a pas empêché de le savourer plus qu'aucun autre ne saurait le mériter.

Avant qu'elle n'ait pu saisir ce qu'il se passait, Alessio ne se tenait plus devant elle mais dans son dos. Et sans lui laisser le temps de protester, ceignit sa taille d'un bras tandis que sur eux se refermaient ses vastes ailes de jais revêtues pour l'occasion. Seules elles dépassaient de son dos, dont l'une peinait encore à tenir en un seul morceau, n'étant réparée qu'en partie et manquant de matière à rassembler. Ce n'était certes pas aussi prestigieux qu'avait pu l'être la dimension de Belhys à l'époque, mais ce cocon qu'il venait de leur tisser – sans l'usage de ses fils, pour une fois – n'avait pas non plus la même utilité. Saisissant son poignet de sa main libre, la maintenant fermement plaquée contre lui, le Griffon glissa ses doigts entre les siens comme s'il se proposait de lui tenir la main. Cela ne devait toutefois pas durer, comme s'il se l'interdisait lui-même, se ravisait au dernier moment... Pour laisser au creux de sa paume la copie conforme de cette fleur de pavot qu'il lui avait cédée des années auparavant. Elle aurait bien sûr pu se soustraire à sa poigne de fer, à plus forte raison qu'il s'échinait à ne pas lui faire de mal, mais cela aurait demandé de faire appel à ses pouvoirs.

Et s'il doutait fort qu'elle soit en état de le faire sans le regretter, il y avait d'autant moins de chance qu'elle le fasse si c'était pour les retourner contre lui – ou en tout cas pas sans le regretter par après. Mais ce n'était pas tout. La paume qui venait de frôler la sienne repassa par-dessus les pétales bleus, ce qui les déroba à son regard l'espace d'un instant pour mieux dévoiler un rouge vif du plus bel effet quand il se décida à lui révéler. Si le pavot bleu avait pour signification « oublie », ce qui lui avait semble-t-il porté malheur en régissant son destin d'une manière ou d'une autre, le rouge voulait quant à lui dire « console-toi » - ce qui paraissait bien plus adapté en ce moment et qui de surcroît tenait peut-être lui aussi, il l'espérait, d'une influence sur ce qui l'attendait. Toutes ses belles paroles ne pourraient lui être bénéfiques sans d'abord lui causer un mal intense – un mal qu'elle ne semblait pas prête à supporter, encore trop fragilisée par son récent retour à la vie, à ce qu'il semblerait. Mais qu'en serait-il de ceci ?

Tu m'as manqué. lui souffla-t-il, sans se soucier de ce que cela pourrait déclencher.

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Marionnettes et fils malsains... Il n'y a aucun avenir au creux de ma main.

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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Sam 10 Aoû 2013 - 20:50


Les relations entre les êtres dotés de conscience, qu'ils soient ou non vivants important peu, revêtissent parfois de bien étranges aspects. On pourrait croire qu'au fil des siècles qui passent, les dieux seraient capables de faire preuve de plus de discernement, de d'avantage de patience. Un concept qui ne doit valoir que pour Athéna en fin de compte. Elle est sans doute l'une des rares divinités à gagner en sagesse et en compréhension de l'autre au fil du temps. Ses attributs et la voie qu'elle a choisi depuis fort longtemps, n'y sont sans doute pas étrangers.

Perséphone n'a pas le sentiment que sa perception d'autrui se renforce avec le temps qui passe. Pour quelle raison ? Simplement parce que lorsqu'elle était encore pleinement celle que les humains aiment à nommer Coré, son coeur et son esprit étaient ouverts. Dès lors qu'elle mit ses pas dans ceux de l'empereur des ténèbres, tout a changé. Il est le seul à avoir de l'intérêt. Le seul digne qu'elle lui consacre ce qu'elle refuse à d'autres. L'unique objet de son amour, le parfait réceptacle de sa confiance. Hadès.

Il ne faut donc pas attendre d'elle qu'elle comprenne ce que le Griffon a en tête quand il la dévisage aussi soigneusement. Il enfile les mots comme il tisserait une toile opaque autour de l'entité. Elle a beau observer chacun de ses fils, elle ne peux que le trouver plus incompréhensible que le précédent. Ces flashs incessants, ces mots qui percutent son esprit, ces sensations aussi insupportables que parfaitement familières. Cela n'aura-t-il donc jamais de fin ? Combien de temps ce petit jeu va-t-il encore durer... jusqu'à ce que sa patience n'arrive au bout de ses limites...? Sans doute ne vaudrait-il mieux pas en arriver à ce dangereux extrême.

Ses prunelles d'ébène se plantent profondément dans les yeux qui lui font face avant qu'Alessio ne se volatilise. Elle va parler, ses lèvres s'entrouvrent légèrement tandis que ses sourcils se froncent. Que vient-il de dire... Sous entendre qu'un lien si puissant les unirait qu'il ne pourrait se briser... Mais elle n'a pas le temps de laisser le moindre mot s'extirper de sa gorge qu'une main poignante enserre sa taille. La stupéfaction affichée sur les traits diaphanes expriment clairement ce qu'elle peut ressentir à cet instant, alors que les épaisses ailes de métal sombre se referment sur cet improbable couple. Ne prenant même pas la peine de constater que l'une d'entre elles est en mauvais état, Perséphone tourne légèrement la tête vers le Juge qui se plaque contre elle et la maintient avec fermeté, mais surtout douceur. C'est bien ce dernier point qui lui pose un problème de poids, sans compter cette main glissée sur sa taille qui lui provoque presque des sueurs froides.

Es-tu devenu fou Alessio ?!


Qu'est-ce qui lui prend tout à coup. A-t-il perdu la raison ? Comment ose-t-il se montrer aussi cavalier avec sa Reine, sans parler de son statut d'épouse du Sombre Monarque. Ses ailes qui les recouvrent n'ont d'autre but que de les cacher aux yeux des curieux, pour peu que ces pauvres imbéciles osent traîner par ici. Un geste lourd de sens dont elle redoute de déduire les raisons.
Elle peut se défaire de cette étreinte si elle le veut vraiment. Mais cela ne pourra se faire sans déployer une grande quantité de pouvoir qui attirerait bien trop l'attention. En faisant cela, ne sachant pas ce qu'Hadès prévoit de faire depuis qu'il lui a demandé de libérer son âme et sachant à quel point le divin est maître de tout en ce bas monde, elle risque bien plus à se délivrer qu'à subir l'étreinte du Juge.

A peine a-t-elle achevé cette pensée que ses paupières s'écarquillent. Comment... comment peut-elle penser une telle chose. Cela a toujours été le jeu malsain auquel ils s'adonnent depuis que le monde est monde. Elle s'octroie quelques plaisirs avec un être souvent minutieusement choisi et elle laisse quelques étroites pistes à son époux pour qu'il le retrouve et puisse alors s'amuser à son tour. Cela... s'est toujours déroulé ainsi... Et aujourd'hui la voilà entrain de redouter qu'il apprenne ce qui se passe au Lac de sang. La voilà qui se retient d'agir pour préserver qui ? Pour les préserver de quoi ?
Pour quelle raison craint-elle qu'Hadès n'ait vent de ce qu'il se produit en ces lieux et comment peut-elle inconsciemment chercher un moyen pour qu'il ne sache rien.
Tout cela est d'une parfaite incohérence.

Perséphone baisse les yeux vers la main qui vient de la frôler, non sans que son corps n'ait exprimé toute son indignation par un léger mais pour le moins bien réel tressaillement.
Une fleur de pavot... une fleur de pavot bleue qui la ramène à ce qu'elle vient à peine de dire. "Ma fleur préférée, n'existe pas en ce monde". Et quand ses prunelles de jais effleurent les pétales, elle sait qu'il s'agit bien de cette fleur là. Des pétales qui prennent une profonde couleur rouge presque vif lorsque la paume du Juge les recouvre un bref instant.
La mâchoire de la divinité se crispe. Bien sûr, cela aussi il le sait. On n'apprend pas la signification que revêtissent certaines plantes de ce monde à la celle qui leur a fait voir le jour.

Comme paralysée par ce "cadeau", le regard de Perséphone dévisage les pétales carmins avec une telle intensité que l'on pourrait s'imaginer que Coré attend de cette fleur qu'elle lui enseigne la profonde vérité qui se cache dans ses profondeurs. Lorsque la voix d'Alessio murmure à ses oreilles, elle se rend compte dans la seconde, sans même vraiment réaliser pourquoi, qu'elle redoutait tant d'entendre ces mots.

Ses doigts fins relâchent lentement l'emprise qu'ils exercent sur la fleur qui chute doucement sur le sol.
Le regard vide, leurs lèvres rosées légèrement entrouvertes, les bras ballants, les Ténèbres reposent longuement contre le torse masculin sans prononcer le moindre mot. A bien y faire attention, il pourrait même lui sembler que ce corps reposant contre le sien devient légèrement plus lourd, comme si la divinité des hommes se retrouvait aux prises d'un étrange malaise.
Le temps qui s'écoule alors semble long... très long... si long que les âmes tourmentées du lac, ne ressentant plus la déesse parmi elles, se remettent à hurler de douleur et à crier leur malheur.

Mais au bout de quelques minutes, la main de Perséphone s'élève vers le ciel rougeoyant avant de se poser avec douceur sur l'avant bras qui scinde encore sa taille.
La brune tourne légèrement le visage vers le Griffon. Le regard et le sourire qui ornent alors ses traits sont terrifiants. La lueur qui irradie de ses prunelles sombres brille de méchanceté.

Tu veux sans doute dire... qu' "elle" te manque... Alessio


A ces mots la divinité détourne les yeux. Entres les plumes cassées de l'aile du Griffon se distingue le lac de sang dont le centre abrite soudainement un puits de lumière d'un profond violet aux reflets d'argent, couleur du cosmos de Perséphone pour qui sait le reconnaître. Une main s'extirpe de l'eau rougie par le sang. Elle tremble, elle se tord de douleur alors que peu à peu un buste s'extirpe des profondeurs du lac, happé par la volonté de Perséphone. Bientôt le corps tout entier flotte au-dessus de cette étendue d'hémoglobine. Agité de spasmes violents, le corps féminin présente de profondes blessures dont la plus écœurante se trouve être une plaie béante dont suinte un liquide noirâtre et visqueux au niveau du coeur, qui a semble-t-il été arraché. Bien qu'il soit encore reconnaissable pour celui qui l'a si souvent contemplé, le visage de Belhys est défiguré comme s'il avait été brûlé avec une minutie qui relèverait presque d'une attention toute focalisée.

Alors... mon cher Alessio... heureux de revoir ton tendre amour ?
Oh mais je t'en prie... ne te fais donc pas prier... vas la rejoindre.
Tu sais que tu peux tout confier à ta reine...


Comme pour appuyer les paroles de la divinité des ombres, la main tordue de la veuve noire tente désespérément d'échapper à l'emprise de Perséphone et se décolle petit à petit de son flanc pour se tendre maladroitement vers le Juge. Implore-t-elle qu'elle l'achève ou espère-t-elle qu'il pourra la sauver ? Allez savoir... toujours est-il que malheureusement pour elle, peut être malheureusement pour lui également, Perséphone a tout pouvoir en ces lieux. Un Juge, aussi puissant soit-il, n'a pas les pouvoirs nécessaires pour aller contre la volonté de la Reine des âmes.

Esquissant un sourire dont le choeur sonne pourtant faux, pour peu que l'on y prête vraiment attention, Perséphone referme sa main sur celle du Juge. Elle ne s'y attarde que peu, comme si la foudre venait de tonner à ses oreilles pour lui rappeler quel est son rôle et auprès de qui est sa place.
Le repoussant avec une douceur étonnante, elle ne bouge cependant pas plus, ne brisant à aucun moment le contact de son dos reposant contre la poitrine d'Alessio. Attend-elle qu'il écarte les ailes du Griffon de lui même ou profite-t-elle simplement des derniers instants de proximité ? Cela reste difficile à définir.

Jouer n'est pas jouer si l'on ne se brûle pas un peu les ailes. Ses mots, ses gestes, son attention, viennent de briser le dernier verrou qui retenait sa mémoire prisonnière. Désormais... il va devoir en subir les conséquences.
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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Sam 10 Aoû 2013 - 22:45


Until the Day I Die...

Quelque chose n'allait pas.

Il ne fallait pas être bien savant pour s'en rendre compte. Et ce n'était pas comme s'il ne s'en était pas douté. C'était le risque à courir en lui rendant la mémoire qu'elle avait volontairement égarée. Mais c'était le choix qu'il avait fait et il ne reviendrait pas dessus. Car elle méritait de savoir. Car ilS ne voulait pas lui permettre de faire l'impasse sur ce qui s'était passé. Car elle en était coupable au même titre que la Spectre de la Veuve Noire. Car elle l'avait vécu autant qu'elle, à travers elle. Car c'était aussi son corps, et que le plaisir partagé avait aussi été le sien. Non, le Juge du Griffon ne savait pas quel avait été son degré d'implication, mais cela ne l'empêchait pas d'être sûr et certain qu'elle avait quelque chose à y voir.

À ce titre, elle n'avait tout simplement pas le droit d'y tourner le dos. Il ne le lui accorderait pas. Et ce même s'il devait être damné pour cela. Une fois de plus ou une fois de moins... La souffrance physique comme morale était quelque chose qui le connaissait mieux que bien. Pour autant, son intention à lui n'était aucunement de la torturer en lui remettant en mémoire ce pan de son existence. C'était simplement qu'il ne saurait tolérer que l'on balaie aussi simplement l'empreinte qu'il avait pu laisser dans la vie de quelqu'un. Dans la sienne encore moins. Car s'il pouvait bien admettre que certains auraient préféré ne jamais l'avoir rencontré, il refusait en bloc que ce soit le cas de la Dame Noire. Un attachement sentimental ? En quelque sorte. Mais à quel point, ça...

Vous sembliez sur le point de tomber. Je n'ai fait que vous rattraper.

Son geste était osé mais il le savait. Il pourrait mourir mille fois pour cela. Qu'importe. Le jeu en valait la chandelle, et quelles que soient les souffrances endurées, il n'en aurait aucun regret. Oui, il le sentait, ce qu'il venait de faire serait l'élément déclencheur, le véritable point d'ancrage de leur nouveau départ. Pour le meilleur comme pour le pire, ne dit-on pas ? Et s'ils n'étaient pas mariés, le lien impur qui les unissait était presque aussi fort, si ce n'est plus. Car « jusqu'à ce que la mort les sépare » n'était ici pas une formule à employer : si la vérité devaient se savoir, ils périraient de concerts. Encore que cela ait un terme moins définitif dans son cas de par son essence divine, mais il doutait fort que le Sombre Monarque laisse passer l'affront sans qu'elle en soit châtiée elle aussi.

Alessio retint son souffle quand il sentit son corps s'alourdir contre le sien. C'était le signal qu'il attendait. Le pire était encore à venir. Il s'y était préparé et l'affronterait avec tous les moyens qui étaient les siens. Il ne doutait pas que ceux que la Reine des Enfers avait à sa portée les excédait très largement, mais ce n'avait jamais été par le pouvoir qu'il avait triomphé. La ruse et le savoir étaient ses armes les plus affûtées, et il savait s'en servir mieux que quiconque en ces lieux, mieux encore que les dieux. Peut-être parce que contrairement à eux qui devaient tout envisager sur le très long terme, il pouvait tout risquer sans avoir à en craindre les retombées. Oui, peut-être était-ce parce qu'il n'avait rien à perdre. Parce qu'il avait déjà tout perdu. De lui seul dépendrait qu'il y ait encore quelque chose à sauver.

Lorsqu'elle se retourne vers lui, parée d'un rictus inquiétant, il ne trouve rien de mieux à faire que de lui rendre son sourire. « Bon retour parmi nous », se retient-il de lui dire, conscient qu'elle est désormais pleinement réveillée et qu'il va en faire les frais. Mais si pas un mot ne quitte la barrière de ses lèvres, son regard rieur a pour lui cette politesse à son égard. Il ne sait rien de ce qui l'attend mais est fin prêt à le découvrir et ce même si cela doit vouloir dire connaître un sort encore pire que la mort. Il avait eu tout le temps du trajet pour se faire à l'idée qu'il était peut-être déjà trop tard et ce depuis qu'elle était revenue à la vie. Ce bref échange avait suffi à lui prouver que « tout » n'était pas encore terminé. À lui de jouer ses atouts avec soin s'il ne voulait pas voir tout ce qu'il lui restait voler en éclats.

Son sourire s'efface et ses ailes se volatilise dès lors que le pouvoir de la déesse prend forme pour lui révéler ce qu'elle avait en tête. Mais Alessio ne cilla pas, spectateur silencieux de ce spectacle sinistre qu'elle met au point exprès pour lui. Muré dans le silence, ne révélant rien des multiples pensées qui déferlent à la vitesse de l'éclair dans son esprit vicié, il observe d'un oeil scrutateur le cours de ces habiles manipulations pour finalement en voir surgir le macabre résultat. En dépit de l'appel de Perséphone, il n'esquisse cependant pas un geste dans sa direction et se contente de la regarder, avec certes un soupçon de nostalgie au fond de l'oeil, mais rien de plus. Puisse-t-elle ne pas en être déçue : le meilleur ne saurait tarder. Toujours aussi serein, le marionnettiste la libère de son étreinte et se déplace à pas lents pour lui faire face.

Aimer ? Ne sois pas ridicule.

Sa voix avait claqué comme un coup de fouet. Venimeuse et acerbe, sa voix était si cinglante que l'on se serait presque attendu à l'entendre siffler tel le reptile à sang froid qu'il pouvait sembler être parfois. Alessio n'était pas en colère, non, ou du moins pas pour les « bonnes raisons », si tant est qu'il y en ait. S'il y avait bien une lueur d'animosité au fond de son regard, elle n'était pas tournée vers Perséphone. Elle semblait voir à travers elle, comme s'il fixait les doutes qui avaient pu emplir son âme et la rancune qu'elle semblait nourrir à son égard. Pour une fois, il ne cachait rien de ses émotions, et s'il n'en trahissait aucune autre, celle-ci était suffisamment distincte que pour qu'il soit impossible de s'y tromper : Alessio était vexé. Si son expression ne changeait en rien de celle qu'il arborait d'ordinaire, neutre et indéchiffrable, la manière dont il la regardait était on ne peut plus éloquente.

Tu me manques. Elle me manque. C'est un tout. C'est un rien. Ça n'a aucun sens, sauf peut-être celui qu'on veut bien y donner. Mais je ne suis plus capable d'aimer. J'ai perdu toute trace de mon humanité. Cela fait longtemps que mon coeur fait semblant de battre mais que l'envie n'y est plus. Telle est la destinée des monstres.

Tout à ces paroles, il porta les mains à son col et entreprit avec une minutie exemplaire de défaire la cravate qu'il portait autour du cou. Ceci étant fait, il la jeta à ses pieds sans plus de fioritures et reporta alors son regard sur Perséphone, la considérant longuement, froidement. Il paraissait ne même plus remarquer le spectre sanglant qu'elle avait érigé à leurs côtés et demeurait d'un calme qui, ironiquement, sonnait bien plus olympien que le sien. Une forme de détermination s'alluma dans ses pupilles ambrées à mesure qu'il continuait de la fixer, tandis qu'il entreprenait cette fois de se dévêtir de sa veste. Ce fut bientôt au tour de celle-ci d'échouer aux pieds de celle qui était en train de lui faire face, comme une offrande silencieuse. Mais loin de lui cette idée. Il ne voyait pas quel sens il aurait pu y donner. Non, sa seule volonté était de ne pas la tacher.

Si j'ai pu aimer cette nuit-là, c'est parce que je me suis laissé séduire par une créature qui n'aurait pas du exister. Plus tout à fait humaine, pas encore élevée au rang de divinité. Un être double qui a su me charmer, une chimère qui s'est éteinte si vite que j'aurais pu croire l'avoir rêvée. Au même titre qu'elle, tu es une partie de ce pourquoi je me suis damné. Laisse-moi donc te le prouver.

Et sans crier gare, sa main s'élève, forte de la vitesse de la lumière que lui confère son statut de Juge des Enfers. Sans aucun signe avant-coureur, elle transperce le tissu puis la peau et s'enfonce dans sa chair qui n'attend pas plus longtemps pour dégorger du sang à grosses goulées. Le bruit des os ne met pas longtemps à se faire entendre après que ses doigts se soient frayés un passage au milieu des muscles et il passe à travers sa cage thoracique sans l'ombre d'une hésitation, ses yeux ne reflétant pas un seul instant l'affolement qu'aurait dû susciter un geste de ce genre. Non, tout au plus semble-t-il fiévreux – ce qui est bien normal au vu des flots écarlates qui se déversent de sa blessure grande ouverte.

Pensez-vous que ce soit une coïncidence si j'ai décidé d'avoir employé recours au langage des fleurs ce jour-là ? Comment aurais-je pu savoir qu'elle en saisirait le sens ? Mais je savais que vous, vous comprendriez ce que cela voulait dire aussi vite que vous avez compris à l'instant. Ce n'est pas à elle que cette fleur était destinée. Pas plus que celle-ci qui lui fait écho. Mais si vous ne me croyez pas, peut-être croirez-vous le dernier battement d'un coeur mort depuis longtemps.

Doté d'une force bien au-delà de ce que son apparence pouvait laisser présumer, il ne lui faut pas longtemps pour effleurer l'organe de vie qui palpite faussement dans sa poitrine, simple accessoire. Un mince filet vermeil s'écoule au coin de ses lèvres sans qu'il ne paraisse sans inquiéter, venant alimenter le miroir vermillon qui s'étend à ses pieds et dans lequel flotte désormais la fleur que la Sombre Reine avait laissée tomber. Y errant comme elle se serait mue au milieu de l'eau, celle-ci paraissait presque en être à l'origine tant sa couleur était semblable en tout point à celle qui se déversait de son corps mutilé. Pas une seule fois il ne vacilla, pas une seule fois il ne la quitta du regard. Qu'elle soit convaincue du contraire ou non, elle ne serait pas indifférente à sa souffrance, mais il s'en moquait : ce n'était pas le but recherché. Parce qu'il voulait qu'elle voie, qu'elle entende le message que son corps saurait transmettre dans son dernier souffle de vie.

Avec une lenteur lancinante, sa main finit par s'extraire du torse qu'elle avait perforé sans l'ombre d'un regret, extrayant la source de cette vie factice par la même occasion. Ses doigts gantés ruisselaient d'écarlate alors qu'il brandissait son palpitant sur le point de s'éteindre tandis que se rompaient une à une les dernières connexion le rattachant encore à cette enveloppe contrefaite. L'étincelle de la vie fadit dans son regard à mesure qu'il écartait sa main de son buste et achevait d'en séparer son noyau vital sans que cela ne paraisse le déranger. Morbide présent que celui-ci, mais il n'en voyait aucun autre pour étayer la véracité de ses dires. Aucun qui soit plus parlant que ce que les humains appelaient « coeur » en lui donnant un sens bien plus vaste qu'ils ne le devraient. Le flux pourpre s'écoula de sa bouche en abondance alors que ses dernières forces l'abandonnaient. Il esquissa un sourire...

Son regard se voila et il sombra dans l'inconscience.


...I'll Spill My Heart for You.

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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Dim 11 Aoû 2013 - 2:33


La mauvaise foi dont il se pare lui tirerait presque un sourire. En d'autres temps, en d'autres circonstances, en d'autres lieux... sans doute. Mais pas aujourd'hui, pas maintenant.
Les pensées se bousculent, les mots s'entrechoquent, et avec eux ses souvenirs refont surface comme une marée nauséabonde. Son pouvoir de destruction lui semble ô combien trop dangereux à l'instant même où déferlent en elle des années de souvenirs enfouis, de sentiments refoulés, de colère profondément ancrée dans son âme.

Les ténébreuses ailes qui ornent son dos se dressent quelques secondes vers le ciel avant de se volatiliser, se pliant à la volonté de celui qui est leur propriétaire depuis près de deux millénaires. Elle ne lui adresse pas l'ombre d'un regard alors qu'il la dépasse pour se placer face à elle en la dévisageant d'un regard bien différent des précédents. Les prunelles ombrageuses de la divine ne se détachent pas du corps torturé de celle qui fut jadis l'une de ses plus proches servantes.

Le timbre claquant de cette voix qui se met soudainement à la tutoyer avec familiarité en dit long sur la façon dont il la considère à cet instant. Le regard sombre de Perséphone consent à délaisser son réjouissant spectacle pour se poser avec une froideur aussi sèche que les prunelles d'ambre qui la toisent.
Aurait-elle perdu un respect qu'il ne lui a de toutes façons jamais accordé ? Quelle ironie. Elle qui pensait qu'il serait au moins légèrement atteint par l'affligeant spectacle de cette ancienne amante se débattant pour sauver le peu d'âme qu'il lui reste, se retrouve face à un animal vexé. Une vexation qui ne semble trouver son origine que dans un seul principe, le sous entendu le narguant sur la possibilité qu'il puisse enfin aimer quelqu'un. Uniquement et seulement cela...

Je t'ai vexé... tu m'en vois absolument navrée.
Mais rassures-toi, à aucun moment je n'ai vraiment pensé que tu étais capable de te soucier de quelqu'un d'autre que de toi même. Et encore... le doute est permis sur ce point comme sur bien d'autres.


Deux âmes blessées comme le sont les leurs... ne peuvent qu'engendrer un interminable brasier de mensonges, de cruauté, de sarcasmes tous plus puissants les uns que les autres. Chaque mot prononcé n'a qu'une seule raison d'être, atteindre son objectif. Et à cet instant, l'objectif c'est la dignité dans laquelle il s'obstine à se draper.
A observer ses yeux qui le dévisagent. A saisir au vol ce sourire doux qu'elle lui adresse quant ses mots ne sont que pure verve, il est envisageable de se demander si elle tente encore de voir si plus rien ne peut définitivement plus l'atteindre, ou si tout cela n'est que pure méchanceté désintéressée.

Ses mâchoires se serrent presque imperceptiblement, seule infime trace de la contrariété que lui provoquent ses paroles. Le regard de braise qu'elle lui lance semble tout aussi éloquent que celui dont il la toise avec insistance. Oui... il semble que la reine des enfers soit aussi vexée que le fier Griffon ne l'est.
Elle ne daigne même pas répondre à ces mots. La réalité est qu'elle se retient de justesse de lui cracher en pleine figure que si elle lui manque il n'y a rien de plus facile que de les unir dans une éternité de souffrances que même sa cruauté ne saurait estimer à sa juste valeur. Ces mots restent coincés dans sa gorge pour son plus grand soulagement. Lui dire une telle chose aurait été une marque de faiblesse. Or... il est impensable de réitérer les mêmes erreurs encore et encore.

Faisant volte face, la divinité lui tourne le dos en croisant les bras sur sa poitrine. Cela en dira peut être un peu trop long sur son état d'esprit et surtout sur la manière dont elle perçoit les paroles du juge, mais à cette seconde cela est un faible prix à payer pour ne pas dévoiler tout ce qui doit rester enfoui.
Ses lèvres rosées se pincent l'espace d'un instant trop court. Comme elle aimerait se laisser aller à la colère qui enserre sa poitrine. Comme il lui semble si essentiel de pulvériser la moindre parcelle de ce lac maudit en cet instant. Mais elle ne peut pas. Elle ne doit pas. Pas tant qu'il est encore présent.

Le son distinct du tissu qui se froisse l'interpelle et c'est dans un mouvement presque aérien qu'elle se retourne au moment où la veste sombre atterrit à ses pieds.
Baissant les yeux sur le vêtement froissé qui baigne dans le sang dont le bas de sa robe diaphane est encore imbibée, ce sont des prunelles teintées d'étonnement qu'elle repose sur Alessio. A quoi joue-t-il encore... Mais le connaissant bien, maintenant que plus une parcelle d'ombre n'encombre sa mémoire, elle doute qu'il ne fasse ça pour rien. Ce principe rend d'autant plus étrange son attitude.

As-tu déjà oublié Alessio... Tu ne sais pas aimer.
La seule chose que tu as faite cette nuit là, c'est de goûter à un fruit défendu qui a excité tes sens, rien de plus. Ce que tu as désiré c'est l'appât du danger. Ni elle, ni moi.


La déesse ne sourcille pas lorsque sa main pénètre profondément dans sa poitrine dans un acte parfaitement incompréhensible. La seule manifestation de la stupéfaction qu'entraîne ce geste, car elle ne comprend vraiment pas où il veut en venir en faisant quelque chose d'aussi stupide, est la vibration qui semble animer ses pupilles.

Elle écoute ses mots sans le quitter des yeux un seul instant. Pas une seconde n'est dédiée au flux de sang qui inonde peu à peu le sol, tout comme pas un regard n'est adressé à cette main plongée dans sa poitrine. La seule chose qu'elle contemple en cet instant de pure folie, ce sont les deux prunelles d'ambre qui soutiennent son regard. Pas un mot ne s'extirpe de ses lèvres malgré le beau discours qu'il lui tient. Elle le dévisage d'un regard particulièrement ambigüe. Il est difficile de dire si elle s'apprête à lui asséner une gifle magistrale ou si elle va se précipiter pour replacer ce coeur là où doit être sa place. Et pourtant, malgré les sentiments qui pulsent dans ses veines aussi violemment que si l'on arrachait son coeur à elle, et non le sien, Perséphone ne bouge pas. Elle le contemple dans cette déchéance qu'il s'impose à lui même, ce jusqu'à la fin.

La dernière veine qui le retient encore très fébrilement à la conscience se rompt, emportant avec elle la stabilité vacillante du Juge. Ses paupières se ferment doucement alors que son corps refuse de supporter ce poids une seconde de plus. Lentement, dans un silence de plomb, comme si le Lac de sang retenait son souffle face à ce spectacle parfaitement improbable d'un juge qui s'arrache le coeur de lui même, Alessio chute vers celle qui lui fait face, son coeur encore vibrant de chaleur serré entre ses doigts.
Un dernier sourire illumine brièvement son visage alors qu'il atteint Perséphone. Ce sourire... est le premier qu'elle lui a vu depuis bien longtemps. Il est étrange, recelant à lui seul plus de mystères que les pyramides d'Egypte dont les humains ont toujours vainement tenté de percer les secrets.
Les paupières d'albâtre s'écarquillent sous la stupeur alors que le corps du Juge percute le sien dans un bruit mat. Perséphone passe ses bras autour des épaules d'Alessio, serrant contre elle ce corps encore tiède.

Tu n'es qu'un imbécile...


Ces mots à peine soufflés s'en extirpent dans un soupire. Repoussant cette dérangeante étreinte, le corps sans vie s'élève dans les airs pour finalement être reposé sur le sol avec douceur, sans violence ni réelle froideur. Le dépassant de quelques pas après que ses prunelles aient effleuré le trou béant qui orne désormais sa poitrine, Perséphone lève sa paume ouverte en direction de Belhys qui trône toujours en souveraine des suppliciés au centre du lac.
Les yeux de la créature se révulsent quand elle comprend que le courroux de la divinité est une fois encore braqué sur elle... tout comme il y a dix ans. Elle qui fut autrefois une si belle jeune femme, si noire, si violente, si cruelle... se retrouve à subir les affres du destin. Un destin... son destin, qui n'est qu'un jouet entre les mains de Perséphone.
Au moins l'acte inconsidéré de son Juge lui permet-il de relâcher un peu toute la sourde colère qu'elle était doucement mais trop sûrement en train d'emmagasiner. A la regarder, à décrypter les traits de son visage, la lueur de ses yeux, il semble qu'elle ait dépassé depuis longtemps le stade de la simple colère.

Puisse le jour où je t'ai choisie être maudit entre tous.
Tu erreras pour l'éternité dans la douleur et la violence.
Ton âme ne trouvera jamais le repos et à jamais tu seras tourmentée toi et ce maudit enfant que tu as fait naître dans le corps que j'avais choisi.


Oui... cet enfant... son enfant... leur enfant à tous les deux ? A tous les trois ? Quelle importance... Sa rancune est bien trop vive, bien trop violente. C'est un besoin féroce que de détruire tout ce qu'elle a pu être, tout ce qu'elle a pu engendrer, tout ce qu'elle représente. Comme il y a dix ans... tout comme ce fameux jour où elle choisit de ne plus jamais revenir en terre des mortels, car c'était effectivement ses propres mots, comme le lui avait rappelé Alessio de son timbre à l'insolente ironie.
Depuis dix années ce foetus hurle sa détresse aux côtés de celle qui fut son réceptacle de chaire originelle. Pourquoi n'a-t-elle pas extirpé cet enfant des limbes de terreur dans lesquelles elle l'a emprisonné en même temps que Belhys... Cela n'aurait-il pas sonné le glas d'une douce vengeance ? Non sans doute pas et c'est bien parce qu'elle était persuadée de la parfaite insensibilité de son ancien amant sur ce point, qu'elle préféra ne pas lui dévoiler. Perdre du temps n'a rien d'intéressant ou d'enviable. Cet enfant tout autant que Belhys devaient mourir. Mais cela... n'était pas encore suffisant.

La sentence sans appel s'abat sur la veuve noire qui hurle de rage et de douleur.
A-t-elle de la peine, si ce n'est de condamner cette créature qui n'évoque que rage et violence en elle, de faire subir une telle injustice à son propre enfant ? En définitive elle n'a jamais pris le temps de se poser la question et n'en a surtout jamais eu l'occasion. Car dans les faits... lorsqu'elle choisit de délaisser ce monde et de plonger dans l'éternité du sommeil dominé par le dieu jumeaux, elle avait déjà conscience de cette intrusion au sein même de ses entrailles. C'était l'une des raisons qui l'avaient poussée à prendre une telle décision. Belhys... cette petite sotte si sûre d'elle, s'était faite manipuler du début jusqu'à la fin. Non seulement elle n'avait jamais dominé le jeu comme elle tentait de s'en persuader elle même, mais en plus elle avait opéré à un si mauvais moment et dans de si cruelles conditions, Hadès étant absent depuis bien longtemps alors, que Perséphone s'était laissée contaminer par ce qui n'aurait jamais du être autre chose qu'un jeu, aussi malsain soit-il.

Car il s'agit de bien comprendre que Perséphone n'est pas aussi résistante aux émotions que l'on pourrait le croire. Certes elle vit dans les profondeurs des ténèbres aux côtés d'Hadès depuis fort longtemps. Mais ténèbres, elle ne l'est pas à l'origine. Elle est une enfant de la vie qui a pour nom Zeus et Déméter. Deux divinités qui vibrent d'émoi, de sentiments et son affiliation à la nature ne fait que renforcer ce terrain où chaque émotion peut s'épanouir ou l'envahir, selon les circonstances.
Bien sûr son coeur s'est fortement endurci depuis les millénaires qui l'unissent à son époux. Mais sa nature véritable ne peut réellement changer. Elle la modèle, lui donne l'apparence qu'elle souhaite, mais au fond d'elle même... qu'en est-il vraiment. Et surtout... qui pourrait bien le savoir en dehors d'elle et d'elle seule.

Cet amour naissant dans le coeur de la divinité devenait parfaitement insupportable. Il n'y a de place que pour un seul être en ce monde, Hadès. Elle refusait qu'un incongru, aussi intéressant et intriguant soit-il, ne prenne ne serait-ce qu'une infime place dans son esprit. Alessio prenait déjà bien trop de place et cela la mettait dans une rage folle. La découverte de cet enfant fut la goutte de cristal qui se brise à même la pierre, entraînant avec lui le fracas de l'existence de Belhys que Perséphone avait pris un soin tout particulier à transformer en enfer, au sens propre comme au figuré.
Après cet épisode, la déesse s'était plongée dans un profond sommeil, espérant que les siècles écoulés feraient disparaitre ce lancinant mal aise. Et pourtant... rien n'y fit. Car lorsqu'elle s'éveilla, si ses premières pensées s'envolèrent avec passion vers son époux, elles dérivèrent malheureusement bien vite vers Alessio. Ce triste et affligeant constat la mena alors dans les bras de sa mère Déméter, seule entité en ce monde capable de l'aider à surmonter cette angoisse sans en répandre la nouvelle aux quatre vents.

Faisant volte face en tournant le dos à Belhys et à l'enfant qui replongent déjà dans les affres d'une souffrance sans fin, Perséphone s'agenouille près du corps du Juge qu'elle dévisage lentement. Repoussant une boucle sombre qui s'est échouée sur l'une des paupières closes de ce corps sans vie, un pâle sourire s'affiche sur les lèvres de la divinité.

A quoi pensais-tu donc en commettant un acte aussi stupide.
Je te connais bien... tu devrais pourtant t'en souvenir. Tu ne me feras pas avaler tes belles paroles. Je ne suis pas une humaine que tu peux manipuler tout ton soûl afin de combler ton ennui.
Il me serait si facile de te laisser là où tu es...


Oui, cela serait si simple... Peut être lui offre-t-il une solution à cette épineuse situation sur un plateau d'argent, qui sait... bien qu'elle en doute à cet instant. Sur son front, les marques si particulières qu'il aime à cacher sous un chapeau sombre. Perséphone effleure la peau fine de la pulpe des doigts.
Oui... il serait si facile de ne pas permettre qu'il ressuscite. Car il y a bien longtemps que l'Empereur des Ténèbres a partagé ce pouvoir avec son épouse. Pouvoir qu'elle n'a d'ailleurs jamais hésité à utiliser jusqu'à il y a peu de temps, lors de son inspection des enfers.
Un Juge est cependant plus compliqué. Il s'agit tout de même de l'un des guerriers parmi les plus forts que compte ce royaume. Empêcher le retour de l'âme de l'un des trois juges est possible mais compliqué. Elle ne pourrait jamais la faire disparaitre complètement, contrairement à certaines autres. Seul Hadès a le pouvoir de détruire définitivement un Juges des enfers, qu'il soit le Griffon, la Wyvern ou le Garuda. Bien que dans le cas de Kazuki le problème était encore différent... mais cela n'est pas la question pour l'heure.

Saisissant le coeur froid qu'enserrent encore les doigts fins du juge, la déesse le pose sur sa poitrine. L'aura à la couleur si particulière qui caractérise sa puissance émane tout autour d'elle. Et dire qu'elle ne voulait pas attirer l'attention... Il aura décidément tout fait pour la contrarier aujourd'hui.
S'insinuant petit à petit dans le corps d'Alessio, le coeur reprend doucement sa place spontanément, obéissant à l'implacable volonté de sa commanditaire. Lorsque la vie palpite de nouveau dans les veines d'Alessio, Perséphone le toise d'un regard redevenu plat alors qu'un sourire se voulant cynique étire ses lèvres pâles.

Je savais que tu prenais beaucoup de plaisir à admirer la souffrance, mais j'ignorais que tu poussais le vice à ce point.
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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Mer 14 Aoû 2013 - 2:07

Le sang s'écoulait entre ses doigts, répandant ses fines gouttes sur le sol tel une pluie pourpre. Ses éclats imbibaient contre son gré la fleur qui flottait paisiblement sur sa surface vermeille, tâchant ses pétales d'un rouge égal au sien en une harmonie des plus funestes. Le blanc immaculé de son gant s'était lentement teint de cette même rougeur macabre alors que le quittaient les dernières palpitations de la vie. La lueur dans son regard s'était éteinte, plongeant son âme dans un abîme aussi sombre que la mort. Bientôt tout mouvement cessé et il ne resta plus du prestigieux Juge du Griffon que ce corps à l'abandon, que ce mannequin de chair inerte maculé des conséquences de sa propre folie. Car folie que ceci, et il ne le savait que trop bien, mais ce geste était nécessaire. Et alors que son âme goûtait à ce moment d'errance, il eut l'impression de n'avoir pas entièrement réussi à se détacher de son enveloppe, comme retenu par une chaîne invisible.

Étrange sensation que celle d'être spectateur de sa propre mort, mais ce n'était qu'une expérience singulière de plus à son compteur. De ce qu'il se passa ensuite il ne sut rien, mais cela ne l'empêcha pas d'en ressentir les effets par-delà la mort, au-delà de l'âme. C'était très différent de la précédente – et seule – fois où il avait perdu la vie et avait dû suivre le même cheminement que tout mortel arrivé aux Enfers après avoir été trop confiant à croiser le fer. Comme s'il ne s'était pas tout à fait éteint mais tout en l'étant bien davantage que ce n'était le cas cette autre fois. Prisonnier de ce rêve, de cette geôle de l'imaginaire, il eut l'illusion d'une caresse sur son front, et diverses perceptions dépourvues de sens effleurèrent son essence même mise à nu le temps de revenir parmi les siens. Comme s'il était en proie à la plus longue et profonde nuit de sommeil de toute son existence et alternait sans cesse entre songe et cauchemar.

Si son esprit avait encore été muni de son carcan de chair, il aurait été question d'un repos agité, à n'en point douter. Même alors que le lien était rompu et que plus rien ne le raccordait à cette réalité, à ce monde physique auquel il s'était volontairement arraché, la chaleur au creux de sa main continuait de le lanciner alors même qu'il n'avait momentanément plus de doigts à refermer sur quoi que ce soit. Douleur fantôme, pourrait-on dire, ou peu s'en faut. Terme inapproprié cependant car il n'était ici nullement question d'un ressenti déplaisant, bien au contraire : au même titre que la faille béante dans son torse, cela lui faisait au contraire le plus grand bien. Un bien fou, au sens propre du terme, car cela lui procurait un tel soulagement qu'il aurait cru pouvoir en perdre la raison. Plus que ce n'était déjà fait, si c'était encore possible.

Comme s'il n'avait vécu tout ce temps qu'au sein d'une gangue de glace qui peinait à se fissurer et qu'il se souvenait pour la première fois de ce que cela faisait de sentir sur sa peau la caresse du soleil – à ceci près que celle-ci provenait de l'intérieur, sans qu'il ne s'en explique les raisons. Ce bien-être contre-nature ne devait pas être, et pourtant. Mais ce n'était qu'une anomalie de plus dans le parcours d'un homme qui n'avait connu que cela et ne pouvait qu'en engendrer à longueur de temps, aussi, était-ce vraiment si surprenant ? Ainsi, cette voix qui lui transperçait l'âme ressemblait à un cri de bonheur permanent.  Peu à peu, ce qu'il lui restait de conscience se sépara de cette réalité pour mieux s'en éloigner, de ce monde gelé qu'il aurait voulu noyer dans les flammes de la rédemption pour le purifier. De ce qu'il avait vraiment vécu et des scénarios qui hantaient les vastes plaines torturées de son imaginaire, tout se mélangea pour ne plus laisser que des sons et des images s'entrechoquant en un récital discordant. Telle était son ordalie. Tel était le hurlement de son âme pervertie.

Des connexions se liaient et se déliaient avant qu'il n'ait eu le temps de leur trouver le sens, le réel et l'idéal se percutant à pleine vitesse dans les méandres de cette étincelle de vie en suspens qu'il était devenu, attendant de trouver un endroit ou revenir, le point d'ancrage qui lui faisait défaut à cet instant. Les visions qu'il gardait de cette nuit bénie – ou maudite selon les versions – furent peu à peu déformées par l'image qu'il se faisait de Perséphone telle qu'il l'avait vue il y a à peine un instant. C'était comme si sa logique elle-même était en train de se disloquer et de se recomposer un nombre infini de fois à toute vitesse, que la nature même qui était la sienne n'avait de cesse de se briser en mille éclats et de se reconstituer jusqu'à en revenir au résultat initial pour lui rendre sa place parmi les hommes et les dieux, dans cet étroit espace qui sépare l'humain du divin. Celui des chevaliers.

Une pulsation, une main sur son coeur.
Une voix retentit dans l'esprit de la Reine Noire.

Ce n'est que la deuxième fois que je meurs en tant que Spectre. Tu devrais t'estimer heureuse, c'est un honneur que je te fais. »

Ses lèvres n'avaient pas bougé.

Son corps s'ébranla et se tendit brusquement. Comme si son être tout entier vibrait au rythme de son coeur à mesure que celui-ci le reprenait et s'efforçait de se stabiliser sans éclater. Le paysage de cette aventure onirique fut broyé par la douleur monumentale qui le transperça de part en part comme un million d'aiguilles alors que son teint s'efforçait de restaurer les couleurs de la vie. Il se tordit douloureusement en tous sens alors que son poitrail se soulevait en cadence, bien plus vite qu'il ne l'aurait dû, le temps que ses fonctions vitales reviennent à la normale. Ses lèvres qui au début ne s'ouvraient que sur un cri muet finirent par exprimer un rugissement de douleur intense mais un soupçon de lucidité bien vite retrouvé l'exhorta à garder le silence et à serrer les dents au point de faire couler de sa mâchoire un nouveau filet de sang, issu cette fois de ses gencives mises à mal.

Si passer la frontière entre la vie et la mort à la fréquence à laquelle les Spectres le faisaient n'était déjà pas de tout repos – encore qu'il doutât que chacun d'eux en pâtisse autant que lui, en partie à cause de l'habitude – il était en plus automatiquement aux prises avec l'âme du Juge qui, à l'origine de cette résurgence, tentait irrémédiablement de prendre le dessus. Mais une fois encore, il parvint à la refouler, non sans que cela dilapide les maigres forces qu'il avait réussi à retrouver, forçant son corps à retomber lourdement dans la poussière, hors d'haleine, une fois que cette séance de torture eut touché à sa fin. Il était de retour, oui, mais...  Pas un mot ne franchit ses lèvres alors que de longues secondes s'étaient déjà écoulées. Il respirait à nouveau, c'était une certitude, et parvenait même à régulariser un souffle qui en avait grand besoin. Les tissus de sa peau avaient fini de se refermer et ne laissait plus rien paraître de sa plaie sanglante, si ce n'est le tissu lacéré de sa chemise qui, de blanche à l'origine, était devenue vermeille dans sa majorité.

Pourtant, quelque chose n'allait pas. Alors que son cosmos aurait normalement dû battre au rythme de son organe de vie, s'animer des palpitations de la vie, il n'en était rien. Comme si celui-ci était muselé, calfeutré dans un coin de son être et refusait d'en sortir malgré toutes les supplications. Et bien qu'il montre des signes de vie, il n'y avait aucune trace qu'il sache qu'il était en vie : il avait tout l'air de ne pas vouloir se réveiller. Aurait-elle échoué ? Que nenni, puisque dans un frémissement, ses paupières si lourdes finirent par se lever sur un regard embrumé. De celui-ci n'émanait aucune émotion. Ce n'était pas comme d'habitude, où le mystère s'y trouvait concentré plus que partout ailleurs sur cette Terre : il n'en restait rien, sinon le néant et le vide. Rien de ce qu'il était et de ce qu'il avait été. Ses yeux s'arrimèrent à la seule silhouette à proximité, mais ne parurent pas être sensible à son identité. Aucune variation n'aurait pu y être détectée.

Ses pupilles ambrées la scrutèrent sans la reconnaître.

Qui êtes-vous ?

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Perséphone
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Mer 14 Aoû 2013 - 3:56


Durant quelques minutes, Perséphone toise ce corps froid et sans vie qui étale sans pudeur cette poitrine dénuée de coeur sous ses yeux. A bien le regarder, cette posture pourtant si invraisemblable le rendrait presque plus humain que lorsque ses lèvres se meuvent ou son regard d'ambre la transperce de toute sa sombre perversité. Car pervers il l'est. A ses yeux peu sont les âmes capables de le distancer sur ce point.  
Et pourtant... même en n'écartant pas ce concept de son esprit, la déesse peine à comprendre la signification d'un geste aussi parfaitement absurde. Il ne peut penser qu'elle l'abordera comme un présent sincère. Cela est à écarter d'un revers de main sans le moindre regret et cette idée saugrenue ne lui est même pas venue à l'esprit.

Ses pensées se succèdent les unes après les autres en une mélopée qui semble ne trouver aucune conclusion. Aurait-il fait cela dans le but de la provoquer ? Après tout, ne vient-elle pas d'exhiber, il y a de cela peu de temps, le corps torturé de son amante alors que ce même trou béant ornait justement sa poitrine ? Cette idée lui parait peu probable. Quelle en serait la signification ? Il est difficile de croire que le Griffon puisse ainsi souffrir, parce qu'il a souffert et la douleur devait être inimaginable cela est certain, simplement pour partager le sort de Belhys, ou bien peut être lui prouver que lui aussi peut endurer ce courroux sans même qu'elle ne l'ait sciemment provoqué ? Là encore l'une comme l'autre de ces pensées lui semblent parfaitement surréalistes...
Que le coeur d'Alessio, ou du moins ce que les humains nomment "coeur" dès lors qu'il s'agit d'aimer, puisse encore vibrer pour quoi que ce soit ou qui que cela fut, lui parait impossible. Alors souffrir de la sorte dans le simple but de partager le tourment de la veuve noire est ridicule.

Tout à sa réflexion et peu de temps avant qu'elle ne décide enfin de le ressusciter afin de faire peut être la lumière sur cet étrange comportement masochiste, car nous parlons ici d'Alessio avec lequel rien ne peut jamais être simple, une étrange sensation s'empare des sens de la déesse.
Troublée, la main légèrement tremblante alors qu'elle s'apprête à effleurer le front du Griffon, une voix s'immisce dans ses pensées. Sa voix.
Les paupières de la déesse se froissent imperceptiblement. Comment peut-il... un bref doute envahit son esprit alors qu'elle baisse les yeux vers le corps sans vie. Non... il est bel et bien dans une profonde inconscience. Comment est-il possible qu'il lui parle de la sorte ? Surtout pour la railler d'une réflexion qui ne la touche nullement qui plus est. A moins qu'il n'ait toujours pas compris que Perséphone n'a pas la moindre once de confiance à son égard... ce qui serait pour le moins étonnant, mais sait-on jamais.

C'est la première fois qu'un mort qui n'a pas été jugé, qui donc ne se trouve pas en enfers à subir les épreuves que ce royaume impose à tous ceux qui meurent, s'adresse à elle de la sorte.
Surprise, les doigts fins finissent tout de même par effleurer la fine peau de son front avant que la déesse ne choisisse de le faire revenir à ses côtés.
Auprès d'elle ? Non, certes non. Les choses doivent impérativement changées et ce jour va sonner le glas de la destruction de cette liaison qui n'aurait jamais du exister. Ses sentiments doivent cesser, même si elle ne sait que trop bien maintenant que cela ne sera ni sans heurts ni sans douleurs.

Sa mâchoire se crispe tandis qu'un borboris étouffé ne laisse rien échapper d'autre qu'un filet de sang dégoulinant le long de son menton. Perséphone ne retient pas le sourire las qui se dessine sur ses lèvres. Même dans la mort, même alors que son corps endure la souffrance de la résurrection, Alessio ne peut s'empêcher de laisser parler sa fierté. Montrer qu'il souffre ? Pensez-vous. Cela lui est impossible, tout comme espérer qu'il n'esquisse qu'une brève émotion véritable, saisissante de réalisme, sincère, est parfaitement absurde et hors de propos. Les apparences sont une tromperie permanente chez lui.  

Et pourtant... le doute s'est insinué brièvement en elle à deux reprises, ce dans les quelques minutes qui viennent de s'écouler. Le regard de braise qu'il lui lança suivi de l'énigmatique sourire qu'il laissa brièvement s'afficher sur ses lèvres lorsqu'il sombra dans l'inconscience. Il faut tout de même lui accorder cela. Car à ces deux instants, oui, la reine des enfers a douté. Mais le doute... quelle que soit la direction vers laquelle il s'envole, est une faiblesse dont le luxe ne lui est pas permis. Si elle commence à imaginer que le Juge peut faire preuve ne serait-ce que d'une infime part de sincérité, alors les évènements se compliqueront d'autant plus. Il est parfaitement hors de question qu'elle laisse cette dangereuse porte aussi largement ouverte.

Sa respiration se calme. Peu à peu il retrouve la vie telle qu'il la connaissait avant son acte inconsidéré, ses paupières s'ouvrant à nouveau avec une certaine difficulté. La déesse qui était agenouillée à ses côtés jusqu'à cet instant, soulève doucement les pans de sa longue robe diaphane en se relevant.
Sur le moment elle ne réagit pas face à l'absence totale de son cosmos. Cela arrive parfois... quand la mort est particulièrement violente ou psychiquement éprouvante, comme c'est le cas d'un être s'arrachant volontairement son propre coeur, il peut arriver que l'aura mette quelques secondes de plus à fusionner de nouveau avec l'âme de son propriétaire. Le regard plat se pose sur les Ténèbres qui l'observent de leur hauteur. Ses premiers mots la percutent comme si un ouragan venait de se lever au sein même du lac de sang. Incrédule dans un premier temps, la déesse le toise avec froideur.

Ton humour est particulièrement déplacé.
Mais je suppose qu'en plus d'en avoir conscience, tu le fais exprès.


Le timbre de sa voix est acerbe, ses prunelles sombres dévisageant le Juge avec dédain. Mais alors qu'elle esquisse un mouvement pour semble-t-il faire volte face dans le sens opposé, la déesse fige son élan abruptement. Elle repose les yeux sur lui en une expression pour le moins indéchiffrable. Impossible... se dit elle alors qu'elle s'agenouille de nouveau auprès de l'être chéri bien malgré elle.
Plaquant sa main sur son front sans plus d'ambages, la déesse ferme brièvement les yeux alors que son cosmos irradie doucement autour de son corps. Sondant l'esprit qui semble ne vraiment pas la reconnaître alors qu'il vient fraîchement de réintégrer son corps, la déesse fronce les sourcils.
Étrange que tout ceci... l'âme est bien là et il ne fait aucun doute que c'est bien celle d'Alessio. Pourtant... elle ne semble animée par... par rien. L'enveloppe charnelle est la même, l'âme est la même, mais l'esprit lui apparait comme parfaitement vidé de sa substance.

C'est donc à cela que tu pensais...
C'est le point culminant où tu désirais arriver...


Ces mots sont à peine murmurés alors qu'elle se relève, brisant le contact de sa paume sur le front du Juge. Il est possible que cette mort violente ait annihilée tout ce qu'il était. Juge du Griffon il le serait encore, mais Alessio se serait noyé dans ses propres limbes. Quelle ironie... lui qui n'a pour seul objectif que de tout contrôler, ses possibles sentiments, ses mots, ses plus petites expressions, se retrouve comme une coquille vide à laquelle il va falloir tout réapprendre.
A moins que cela ne soit ponctuel... et dans ce cas, elle doit partir sur le champs. Car à son contact, peut être se produira-t-il la même chose que lorsque Déméter avait emprisonné ses souvenirs. Elle n'a pourtant aucune certitude sur ce point comme sur tant d'autres, à croire que le destin se joue perpétuellement d'elle dès qu'il s'agit de cet impudent Griffon.
Mais s'il y a une chance... si une infime chance subsiste sur le fait que moins il la verra et moins ses souvenirs réapparaîtront, alors elle doit la saisir.

Sans réellement en avoir conscience, la déesse tente l'ultime acte qui pourra peut être le protéger. Car si pour l'heure elle n'a pas encore pleinement réalisé tout ce que cela allait impliquer dans sa relation avec Hadès, car trop accaparée par le flot des années de souvenirs qui avait émergé sans crier gare, il est certain que le courroux du sombre monarque s'abattra sans vergogne et avec une violence que personne ne peut imaginer. Si Alessio a oublié... elle fera en sorte qu'il soit préservé, même si cela est une mission qu'elle ne pourra peut être jamais mener à bien.

Elle le fixe quelques secondes de plus. Son regard est presque aussi vide que celui du Juge, au détail près que la raison est diamétralement opposée à la sienne.
Sa voix s'élève dans un souffle, alors que son corps tremble légèrement. Comme elle s'y attendait, comme cela était funestement prévu, son âme autant que son corps rechignent de concert à assister au spectacle qu'elle s'apprête à leur offrir.

Je suppose que c'est mieux ainsi.
Adieu, Alessio.


Ce nom... est à cet instant prononcé pour la dernière fois de son existence, aussi longue puisse-t-elle être encore. Faisant volte face sans lui adresser un regard ou un seul mot de plus, la divinité s'éloigne peu à peu du Juge qui repose encore mollement sur le sol. Ses poings se crispent alors que ses pas l'éloignent inexorablement de lui.
Cela devait arriver. Avant de s'endormir profondément, alors qu'elle maudissait Belhys et leur enfant de tous les maux que ce monde puisse compter, quant elle s'éveilla après de longues années d'un sommeil profond, jusqu'à il y a quelques secondes, quand le Griffon osait extraire son coeur de sa poitrine, elle le savait. Tout cela devait cesser et cesse en cette heure.
Jamais plus elle ne le reverra. Jamais.
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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Mer 14 Aoû 2013 - 9:29

Alessio scrutait les environs avec une curiosité non-feinte, comme s'il était étranger à l'endroit tant qu'à son occupante. Comme s'il n'en savait rien, n'en avait jamais rien su. Comme s'il ne restait de lui qu'une coquille vide. Le ton de sa voix une seconde auparavant était si tranquille qu'on aurait été fort en peine d'y attribuer une quelconque émotion en dépit de l'air perdu qu'il affichait désormais. Son regard s'arrêtait sur chaque élément du décor, chaque aspérité pour le scruter avec minutie et s'imprégner de cette atmosphère qui à présent ne lui semblait plus tant familière. Pas plus que ne paraissait l'être la femme qui lui tenait compagnie au coeur de cet endroit lugubre où il donnait l'impression de n'avoir jamais mis les pieds. Son corps avait beau s'être redressé, cela ne changeait rien à cet apparent égarement. S'il n'avait plus desserré les lèvres depuis qu'il avait posé cette question aux effets dévastateurs, c'était à première vue car il n'en ressentait pas le besoin. Comme s'il cherchait à appréhender son environnement, à faire en sorte de retrouver des repères dans un endroit qui ne ressemblerait à rien de ce qu'il avait pu connaître.

Comme si toute sa carrière en tant que Juge avait été effacée comme on éponge une ardoise pour la priver de son contenu. Comme si son esprit n'était guère plus qu'une page blanche, vierge de tout ce qui l'avait noircie au point d'en oublier sa couleur d'origine. Comme si tout ce qu'il était, tout ce qu'il avait été n'avait plus d'importance. Voire même n'avait jamais eu lieu. Jamais existé. Difficile de dire ce que cachait cette âme tourmentée qui à présent avait l'air plus légère qu'elle ne l'avait jamais été. Quel était le véritable contenu de cet esprit malade, à cet instant où l'on aurait pu se convaincre que tout ce qui le définissait s'était évaporé ? Décidé à s'accoutumer à cette ambiance, si néfaste soit-elle, il tournait la tête en tous sens afin de se faire une raison, non sans que son expression varie légèrement par moments, n'affichant que très vaguement le moindre ressenti. De curiosité et de crainte, il n'y avait pas la moindre trace et ce pour ne lui laisser qu'une neutralité à toute épreuve. Un mur insurmontable d'indifférence que nul n'aurait pu éventrer, fut-ce pierre par pierre.

Régulièrement, son regard revenait se poser sur la jeune femme qui se tenait auprès de lui, et il faisait alors mine de pousser sa concentration à son paroxysme en un silence gêné. Mais à le voir toujours aussi désemparé, à priori, rien ne lui revenait. L'intense réflexion marquait alors ses traits un bref instant sans qu'il n'en résulte autre chose qu'un froncement de sourcils faible mais bien présent ou un pincement de lèvres. Nul doute que ce n'était pas le genre de choses qu'il était possible de contrefaire... Ne pas savoir qui elle était en vérité avait l'air de le mettre dans l'embarras, comme s'il ne savait pas comment s'adresser à elle. Ignorer son prénom était une chose, mais sa condition encore plus. Était-elle sa soeur ? Son amie ? Son amante ? Telle était la question qui devait se poser dans son esprit à chaque fois qu'il retentait sa chance sans plus de succès que la fois précédente – du moins, à l'en voir si obstiné.

Si d'emblée, il donnait l'impression de s'inquiéter pour lui-même en raison de l'état de sa tenue et surtout de tout le sang encore tiède qui l'empoissait, il s'était bien vite tranquillisé après s'être rapidement inspecté pour ne trouver aucune blessure sur lui. Mais bien que ce soit lui qui soit couvert d'écarlate, la mine de la demoiselle lorsqu'il l'avait interrogée avait laissé à penser qu'elle était infiniment plus blessée qu'il ne l'avait été. Oh, pas de la même manière, assurément... Lorsqu'elle prit un ton accusateur pour le désigner comme coupable de cette situation, il affecta un rien de stupeur, mais revint sans délai à son expression désabusée. À croire qu'il n'y avait plus une chose en ce monde qui puisse l'affecter plus de quelques secondes. Toujours était-il que cette démarche ne suscita de sa part aucune réaction, bien que l'on puisse penser qu'il avait compris que c'était à lui qu'elle venait de s'adresser. Oui, qu'avait-il perdu, au juste ? Pour peu qu'il ait vraiment perdu quelque chose, nul n'aurait pu le savoir, pas même lui.

Je vous demande pardon ?

Il n'avait pas d'autre réponse à lui offrir. Si troublé que le Juge puisse être, qu'il doive être, peu importe, la politesse demeurait de mise. Toujours cette même diction parfaite, toujours ce ton amène quoi qu'il puisse cacher. Ses intonations n'avaient pas changé, tout au plus pouvaient-elles sembler un peu fades du fait de son flegme évident. Mais il était facile de deviner que son but n'était pas de la froisser et qu'il ne demandait qu'à la voir expliciter des propos qui, à ses yeux, devaient paraître bien nébuleux. Luxe qu'elle ne put lui offrir, trop occupée à suivre le cours de ses propres pensées pour prêter attention à celui qui n'était, dorénavant, guère plus que l'ombre d'un serpent. Sa santé paraissait en tout cas s'être parfaitement rétablie, et s'il y avait la moindre séquelle de sa mort violente hormis ce désagrément fâcheux, il n'en montrait pas une once de déplaisir. Sa blessure avait parfaitement cicatrisé, si bien que l'on eut été fort en peine de localiser son emplacement s'il n'avait été choisi aussi soigneusement. Sa lucidité paraissait entière elles aussi, exception faites de ses pans manquants, comme autant de pages arrachés au livre de son passé.

Un livre endommagé et bon à jeter, si telle était bien sa seule et unique inexorable destinée. Son teint avait recouvré son hale délicat, celui qui lui avait tant plu à l'heure de leurs ébats, et son souffle sa régularité avec laquelle elle avait pu l'entendre à son oreille il y a si longtemps déjà. Le même, et si différent à la fois. Rien n'avait changé, mais rien n'était plus pareil. Telle était la seule façon de se le représenter. Son regard s'égara sur la ligne d'horizon au moment où elle manifesté son désir de prendre congé. Lorsqu'elle avait fait voeu de l'examiner, il s'était laissé faire sans sourciller et sans dire un mot. Mais alors que son  visage n'avait absolument pas cillé, ainsi qu'elle avait pu s'en assurer, une toute autre image s'y était superposée dans l'esprit de Perséphone sans qu'il ne soit possible de s'y tromper : elle l'avait vu sourire de bien des manières, tel qu'elle l'avait vu, énigmatique, encore une seconde auparavant, ou ce sourire sournois qu'elle lui connaissait tant. Mais rien de tout cela n'était la réalité. Aurait-elle rêvé ? Et au moment de se retirer, une voix parut résonner à travers elle, comme l'écho du temps passé.

Oh non, ce n'est pas encore terminé.

C'est au moment où elle avait prétendu quitter la scène que le cosmos d'Alessio s'était fait entendre. D'abord discret et silencieux, il avait peu à peu gagné en intensité et n'avait depuis cessé d'enfler jusqu'à atteindre ce qui devait être son envergure maximale, ou pas loin. Mais le problème était que ces volutes d'aura n'émanaient pas de celui qui se trouvait dans son dos, non, mais bien d'elle et d'elle seule. C'était à travers sons cosmos que celui du Griffon était en train de s'éveiller, comme s'étirant de tout son saoul après une agréable sieste qui n'aurait que trop duré. L'individu qui se tenait derrière lui semblait étranger au phénomène, la seule chose qu'il avait fait au même moment ayant été de sortir de craquer une allumette pour mettre feu à la cigarette qu'il venait de sortir du paquet. Au moment où il la porta à ses lèvres, il n'y avait rien qui puisse laisser à penser qu'il soit le moins du monde concerné. Il ne s'était à vrai dire même pas rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond. Mais c'est l'aiguille du temps qui se mit à tourner.

Dans l'esprit de la Reine Noire, l'image d'Alessio tel qu'elle l'avait perçue un instant plus tôt articula une phrase inaudible. Et ensuite, ce fut le trou noir. Le monde de la mémoire lui ouvrait ses portes, et elle n'avait d'autre choix que d'accepter ce voyage qu'elle n'oublierait pas de sitôt. Une chute sans fin dans les méandres d'un passé tortueux, d'une vie telle que l'on n'en souhaiterait à aucun être humain. D'un parcours si abject que le légionnaire lui-même n'avait pu que l'oublier pour ne pas en être hanté pour le restant de ses jours, mais pas sans que cela l'ait avant changé au point de faire de lui ce qu'il était désormais – du moins avant l'accident. Oui, elle était perdue corps et bien, immergée directement dans un océan de noirceur – une mer d'idées noires. Une vie défilait devant ses yeux, et ce n'était pas la sienne, bien qu'elle la voie à travers ses yeux. Tout ce qu'il avait souhaité oublier se trouvait devant elle sans qu'elle ne puisse s'en détourner.

Comment était-ce arrivé ? Elle était certes en droit de se le demander, mais ce n'était pas pour autant que quelqu'un lui répondrait – et certainement pas cet écoulement de souffrances si incessant que l'on aurait cru une pluie de larmes noires. Est-ce que cela avait une bien grande importance, maintenant qu'elle y avait été entraînée ? Et à travers elle déferlait sans retenue le flux tempétueux des émotions qui avaient été les siennes face à ce drame qui avait changé un humain en monstre. Face à cette horreur que l'on nomme « la vie » et qui n'avait pour lui été qu'une succession de calamités. Ainsi, elle comprendrait. Du moins pouvait-on l'espérer. Était-ce calculé, ou n'était-ce qu'un hasard si elle avait été ainsi empoisonnée ? Impossible pour elle de le savoir, et cela resta un mystère même quand ce lugubre spectacle prit fin, brutalement suspendu dans l'instant où commençait son supplice au coeur même de cette sixième prison. De la suite, elle n'aurait rien.

Ça ne fait que commencer.

Quelques images fugaces furent cependant elles aussi de la partie, se mélangeant au flot de ce qu'elle avait enduré – des souvenirs de Belhys, si intimes soient-ils, auxquels son image se superposait, se confondant si étroitement que c'en devenait dérangeant, avérant par la même occasion ses dires précédents. Vérité ou mensonge, à elle d'en juger. Durant tout le temps qu'avait duré cette séance au coeur même de l'intimité de cet homme qu'elle avait aimé bien malgré elle, elle n'avait plus eu qu'une perception distante de la réalité. De ce qui avait pu lui arriver, elle ignorait tout, mais par chance elle avait un noir ange  gardien pour veiller sur elle. Un prince pas si charmant qui se fit, semble-t-il, une joie de la ramener à la réalité en lui extorquant un baiser. Et bien que leurs lèvres s'écartèrent sans tarder, le mal était fait. Voilà qui ne serait sans doute pas sans lui rappeler quelques souvenirs qui ne seraient pas cette fois usurpés. De ce qu'elle avait pu voir, il n'avait aucune idée, mais avait en tout cas et selon toute vraisemblance récupéré sa gloire passée.

Un éclat étrange habitait son regard et s'il ne souriait pas de quelque façon que ce soit il apparaissait indiscutable à présent qu'il était redevenu celui qui l'avait attirée au point d'en oublier toute notion de bon sens, ce si dangereux aimant. Sa main s'écarta de sa joue où elle s'était déposée en une caresse plus tendre qu'elle n'aurait jamais pu l'espérer de sa part après avoir vu ce qu'elle venait de voir. L'autre relâcha quand à elle la cigarette qu'il avait allumé « à l'instant », en vérité quelques minutes auparavant. Lui seul savait combien de temps elle était restée immobile, mais c'était la seule manière dont il s'était permis de la toucher : sans qu'elle ne sache pourquoi, elle était convaincue que tout autre contact, tant qu'il était avec lui, l'aurait tout aussi bien ramenée. Malgré toutes les nuances qu'on pouvait lui trouver, égales à ce qu'il avait « toujours » été pour lui qui avait choisi d'oublier les erreurs de son humanité, son regard ne comportait aucune once de malice, aucun subterfuge. C'était avec le plus grand sérieux, presque solennel qu'il était venu jusqu'à elle pour la tirer de ce sommeil artificiel.

T'es-tu réveillée de ton rêve ? demanda-t-il d'une voix douce, comme apaisé.

Pourtant, une larme coulait le long de sa joue gauche sans vouloir s'arrêter.

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Marionnettes et fils malsains... Il n'y a aucun avenir au creux de ma main.

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Perséphone
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Mer 14 Aoû 2013 - 17:29


Le regard morne, l'âme glacée par ses propres sentiments, une volonté s'éteignant peu à peu malgré de tumultueux efforts, Perséphone fait pourtant tout ce qu'elle peut pour refouler ce poids qui pèse si lourdement sur son coeur. Ses pensées tentent de quitter les lieux, de fuir aussi loin que possible de cet endroit maudit entre tous, de cet être dont la simple vue devient au delà d'une sombre pénibilité.
Hadès. Cette entité aimée depuis tant de millénaires qu'elle en ressentirait presque le vertige. Elle ne peut penser qu'à lui, elle ne doit se tourner que vers lui et vers lui seul.

Pourtant c'est bien une affligeante peine qui s'empare de sa poitrine lorsqu'il la dévisage sans comprendre qui elle est. Il ne sait plus, car perdu il l'est et peut être est-ce irrémédiable.
Les prunelles d'ambre balayent la plaine ensanglantée tandis qu'il cherche dans le tréfonds de sa mémoire sans le moindre succès apparent. Alors qu'elle sonde son âme, cherchant l'infime recoin où son esprit semble s'être reclus, sans arriver à l'effleurer, les paupières de la déesse s'écarquillent de stupeur.
Il a souri... elle serait prête à le jurer à cet instant. Un sourire non. Car c'est bien plusieurs expressions différentes qu'elle perçoit. Cynique... énigmatique... narquois... elle a même l'impression que l'un d'entre eux semble empli de sentiments qu'elle ne lui connait pas. Et pourtant... cette sensation s'efface comme un songe qui n'aurait en définitive jamais existé.
Elle le fixe de longues secondes sans vraiment comprendre ce qu'il vient encore une fois de se produire. A-t-elle rêvé ? En serait-elle vraiment arrivée au stade où son âme hurlerait tant à l'idée qu'il ait pu l'oublier, comme elle même l'avait égaré de sa mémoire fut un temps...? Cet affligeant constat pourrait-il provoquer cette hallucination, preuve tangible de ce qu'elle aurait aimé voir s'afficher sur son visage quand rien d'autre qu'une profonde incompréhension ne semble l'animer ?...

A cette pensée Perséphone ne peut que se confronter à la triste réalité qui est la sienne.
Si son esprit en arrive à de telles extrémités, malgré tous les maux dont elle tente bien infructueusement de se séparer, c'est que le point de non retour est proche. Trop proche. Si proche qu'un désagréable frisson d'effroi parcourt sa colonne vertébrale. Elle ne doit pas franchir cette ligne, à aucun moment. Trop de mal a déjà été fait et elle ne peut encore envisager pleinement toutes les conséquences que ses actes feront s'abattre sur elle, mais aussi sur lui.
Le choix est donc fait et c'est sans réelle envie qu'elle s'éloigne de celui qui cherche encore une raison à son existence d'un oeil hagard.

Les choses ne pouvaient pas se passer ainsi. Ne l'avait-elle que trop mal perçu à cet instant comme à tant d'autres... Il ne permettrait pas ça. Il ne le permettra pas. Pourquoi ? Il est le seul à le savoir vraiment. Elle ne peut qu'entrapercevoir ce qu'il veut bien qu'elle frôle du regard, rien de plus. Et ce qu'il consent à lui dévoiler n'est qu'une trop fine goutte d'eau dans l'océan turbulent dans lequel il l'entraîne toujours plus avant.
Sa voix s'immisce dans les limbes de son esprit d'un ton dissuasif. A-t-elle pensé que cette résurrection particulièrement incongrue allait enfin la libérer ? Oui. Ce fut une erreur de plus.

Alessio... tu...


Elle n'a qu'à peine le temps de prononcer ce nom lourd de sens qu'une véritable marée d'ondes cosmiques la percute de plein fouet. Sous l'effet de cette puissance qui n'est pourtant pas la sienne, la longue chevelure d'ébène s'élève en un tourbillon de mauvais augure, fouettant le corps de la divinité comme si Perséphone se retrouvait subitement aux prises avec un ouragan d'une force inimaginable.
La légère odeur de souffre dégagée par la fine allumette la ramène à des temps très anciens. Très anciens pour lui, nettement moins pour elle cependant. Une foule de souvenirs qui ne sont pas les siens la submerge comme une vague contre laquelle elle ne peut qu'être l'affligeante spectatrice.
L'espace semble suspendu aux visions qui se succèdent sans lui laisser le moindre répit. Témoin de scènes d'une vie qui n'est pas la sienne, elle y assiste pourtant en actrice accomplie. Ça n'est plus l'existence d'Alessio qui s'étale ainsi sous ses yeux sans le moindre secret, non c'est la sienne.
A chaque instant elle arrive pourtant à percevoir que le déroulement de cette vie malmenée par le destin est celle du Juge. Il est là où qu'elle aille et quoi qu'elle fasse, entende, voit. Sa présence l'enveloppe avec autant de douceur que de perversion.
Et pourtant... comme l'impression de vivre, de ressentir, de constater les affligeants maux qui n'ont eu de cesse de parsemer sa vie humaine... Comme tout ceci lui semble être sa propre existence à cet instant.
Elle souffre à travers lui, elle entend par ses oreilles, voit par ses yeux. Tout cela, est parfaitement intolérable.

Les yeux de la déesse sont révulsés, au comble de ce qui ressemble fortement à une puissante horreur. Rome, le terrain de batailles acharnées, le tendre visage aimant d'une relation incestueuse, le dernier regard d'un père baignant dans le sang que son propre enfant s'enhardit de verser, la mort douloureuse, l'âme irrémédiablement perdue au coeur de cet enfer qu'est la vie.
Perséphone chute lourdement sur le sol. Son corps ne la porte plus. Ses genoux percutent la terre humide dans un bruit mat, alors que ses paumes la retiennent encore de sombrer dans l'inconscience, seul vestige d'une stabilité inébranlable qui n'est plus. Sa longue chevelure se répand sur le sol alors que ses traits se figent devant l'accablante vérité qu'il a choisie sciemment ou non ne lui révéler.

Comme sonnant le glas d'une page funeste se tournant simplement pour que le pire ne survienne encore, la voix d'Alessio la nargue de son timbre doucereux une fois de plus. La menace s'abat comme un couperet trancherait, non pas nettement sa nuque, mais avec une perversion commune à chaque bourreau au coeur assez sombre pour ne pas permettre que le plus petit scrupule n'arrête leur geste inconsidéré.

Non content de lui imposer son existence telle qu'elle fut il y a de cela près de deux millénaires, la voilà désormais aux prises avec tout ce qui l'avait conduite dans les bras de sa mère. Chaque parcelle de cette nuit est reconstruite avec grand soin. Chaque geste, chaque élan ressemblant presque à s'y méprendre à de la tendresse, est minutieusement ressenti une fois encore. La chaleur de ses bras enserrant sa taille, la légèreté d'un baiser faussement volé, l'odeur de sa cigarette, la douceur d'une étreinte volée à un autre. A toutes ces évocations, face à tant de sensations qui palpitent dans ses veines comme si elles tentaient de la contaminer d'un perfide poison, Perséphone se sent défaillir, ses joues s'empourprant comme si elle était en proie à une puissante fièvre.

Les visions se brisent en un instant alors que les sensations qu'elle ressentait jusqu'à lors volent en éclat sous l'impulsion d'un geste une fois encore inconsidéré. Elle ne ressent ce baiser que lorsque ses lèvres s'écartent d'elle. Pourtant elle ne semble pas comprendre, elle ne parait pas réaliser pleinement ce qu'il vient de faire. Savant paradoxe que de ressentir quelque chose de parfaitement évident, sans justement en comprendre ni l'ampleur, ni le sens.
Sa main délaisse doucement la joue brûlante sur laquelle elle est posée. Le contact se brise à son initiative, mais elle le retient dans un geste parfaitement involontaire. La douceur de cette caresse, la tendresse de cette paume frôlant son visage, son âme, son coeur, jusqu'à son corps, cela bien avant sa raison, se refusent à le briser. Agenouillée à même le sol, sa main s'élève dans les airs en ramenant la main du Juge là où elle s'était posée. Le regard dont elle le recouvre est étrange tant il contient de nombreuses significations qui semblent se succéder les unes après les autres. L'amour, la haine, la tendresse, l'envie, le mépris... s'enchaînent comme les notes d'une sombre mélopée.

Pourtant elle parait parfaitement amorphe. La seule chose permettant de la considérer comme présente, c'est l'action de cette main se pressant contre la sienne et le regard dont elle l'affuble. Le reste est aussi morne que l'était le Juge à son réveil. Lèvres légèrement entrouvertes, bras ballant, elle entend ses mots sans qu'ils ne semblent pourtant atteindre une quelconque destination en son âme.
Ses prunelles sombres dévient vers l'unique larme dévalant sa joue et qui ne semble vouloir se tarir. Il se passe de longues secondes sans qu'elle ne repose les yeux sur lui. Du moins pas vraiment... car dans les faits si c'est effectivement Alessio qui trône en roi sous ses iris d'ombre, c'est cette larme qu'elle fixe sans pouvoir s'en détacher, comme si elle ne pouvait croire ce qu'elle a pourtant sous les yeux.

Rêve...


Ce simple mot s'extirpe de sa poitrine dans un murmure, bien après qu'il l'eut prononcé.
Lancinante, éteinte, la voix de la déesse ressemble à un pâle souffle de vent, discret, presque invisible aux sens des mortels qui peuplent ce monde.
Quelques secondes s'écoulent encore sans qu'elle n'esquisse le moindre mouvement. Puis soudainement ses doigts se referment sur la main qu'elle tient toujours étroitement lovée contre sa joue et la repousse avec une violence qui est tout sauf feinte.

Qu'est-ce que tu as fait...


L'expression qui orne le visage de la reine noire contraste parfaitement avec le sérieux dont sont teintées les prunelles d'ambre qui lui font face. A cet instant il est aussi calme qu'elle semble prête à craquer. Son visage se baisse légèrement alors que quelques mèches d'ébène se mettent en devoir d'occulter une partie de son visage avec pudeur.

Pourquoi...
Qu'est-ce que tu veux Alessio... Où veux-tu en venir ?!
POURQUOI FAIS-TU TOUT CELA !!!!
QU'EST CE QUE TU CHERCHES A LA FIN ?!!!


Sans crier gare, alors que son regard sombre s'embue de larmes qu'elle aurait préféré taire à sa vue, elle l'apostrophe avec une colère qui en est presque au stade de la crise de nerf. Alors qu'ils sont nez à nez, une gifle claque sèchement sur la joue du Griffon comme pour conclure ses mots. Froide comme les glaces éternelles d'Asgard et aussi brûlante qu'une brasier incontrôlable en même temps, elle n'a pourtant pas le but de faire mal. Non... ce défouloir éphémère ne la déchargera pas du trop plein qu'elle accumule doucement mais sûrement depuis ces dernières années.
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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Sam 17 Aoû 2013 - 7:44

Je suis la voix dans ta tête et je te contrôle. Je suis l'amoureux dans ton lit et je te contrôle. Je suis la haine que tu essayes de cacher et je te contrôle. Je t'emmène où tu veux aller, je te révèle tout ce que tu as besoin de savoir. Je t'entraîne, je te consomme, mademoiselle auto-destruction. Je suis culpabilité, jalousie et crainte et je te contrôle. Je suis le mensonge que tu crois et je te contrôle. Je suis l'aiguille dans ta veine et je te contrôle. Je suis les médicaments que tu ingères et je te contrôle.
(...)
Parler de cruauté aurait été chose aisée. Pour sa part, Alessio préférait voir cela comme une forme d'honnêteté. En voyant par ses yeux, en vivant ce qu'elle avait vécu, peut-être pourrait-elle se faire une idée de ce qui avait fait de lui ce qu'il était. Comment d'humain il était devenu un monstre que rien n'arrête. Au moment où elle s'était introduite dans son esprit pour vérifier ce qu'il en était, il en avait profité pour briser le sceau imposé à sa mémoire le jour où il avait revêtu le Surplis du Griffon pour la première fois il y a des années de cela. Mais plutôt que de se remémorer lui-même ce qu'il avait vécu, n'y tenant absolument pas, il lui avait aussitôt transféré le contenu de son passé et de la mémoire qui y était liée pour qu'elle s'en fasse sa propre idée. Cette vérité dérangeante lui appartenait désormais. S'il lui avait offert son coeur au sens premier du terme, voilà qu'à présent il lui offrait son esprit – du moins en partie.

Car il s'était bel et bien mutilé mentalement pour faire à la Reine des Enfers ce présent éloquent. Jamais plus il ne pourrait se rappeler en quoi consistait son humanité, qui n'avait ironiquement qu'été une longue et douloureuse descente aux enfers au cours de ses dernières années. Au moins avait-il fini par y arriver. Ce n'étaient pas des images faciles à voir, mais pour avoir mené une vie à côté de laquelle la sienne était insignifiante alors qu'il existait depuis près de deux millénaires, elle devrait pouvoir s'en remettre sans trop de difficultés. À moins que le fait de savoir que ce soit lui et lui seul qui avait enduré ce supplice ne l'affecte davantage que leur principe même ? Cela, il ne tarderait pas à le savoir. À peine avait-elle été précipitée tête la première dans ce conte néfaste qu'Alessio avait recouvré son état normal.

Ainsi s'était-il approché d'elle pour être témoin de ses réactions sitôt qu'elle en aurait terminé avec cette vision d'horreur dans laquelle il n'avait guère eu d'autre choix que de l'enfermer. Elle l'accusait de ne pouvoir aimer, mais peut-être qu'elle aurait enfin la chance de savoir pourquoi après avoir vu par elle-même de quelle manière tout ce qu'il possédait lui avait filé entre les doigts. Comment cette sombre démence avait lentement pris possession de lui jusqu'à ce qu'il n'en reste que l'agent du chaos qu'il prétendait être aujourd'hui. Lui-même n'aurait su dire ce qu'elle pourrait tirer de cette expérience dérangeante et contre-nature pour ne même plus savoir ce que contenait ce pan occulté de sa mémoire, mais il en jugerait à l'aune de sa première réaction une fois qu'elle serait sortie de là – si tant est qu'elle y parvienne sans que cela n'engendre chez elle quelques dégâts.

C'était un pari risqué et il le savait. Non seulement il s'était joué d'elle en lui tendant un piège aux effets pour le moins imprévisibles et désagréables, mais en plus il ignorait totalement ce qu'il était en train de lui faire voir et ne le saurait certainement plus jamais. En outre, il lui avait pour cela fallu se servir de ses pouvoirs sur elle – fut-ce de manière détournée – et même si c'était elle qui avait grâce aux siens déclenché ce perfide procédé il n'en était pas moins coupable d'avoir posé les bases de cette immersion dans son intimité. Même s'il ne lui avait fait aucun mal à proprement parler, il était fort probable que la souffrance psychique qu'elle en retirerait ne soit pas pour la charmer. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était attendre et voir comment elle se conduirait après avoir été un fantôme dans ce monde intérieur dépassé, témoin silencieux de toutes ces atrocités. Et alors que sa cigarette achevait de se consumer, ses paupières frémirent, lui faisant savoir que le corps qu'elle avait laissé à ses bons soins le temps de ce passage en revue était à nouveau habité.

Voilà où ils en étaient. Comme à son habitude, Alessio avait opté pour une approche équivoque de sorte à minimiser les risques qu'elle puisse reporter sur lui le besoin qu'elle devait sans doute avoir de se défouler. Quel que soit le fond de sa pensée, il était certain que pour avoir eu un aperçu de ce qu'il avait lui-même ressenti tout au long de cette vie de souffrance et de servitude, elle tombait sous le coup d'un trop-plein émotionnel qu'il allait lui falloir évacuer. Si ses propres sentiments n'étaient déjà pas clairs, ce n'était pas en y rajoutant les émotions fortes que le Griffon avait connu dans ses derniers instants qui allaient l'aider à mettre de l'ordre dans ses idées. Par chance, il était là pour l'assister... À condition bien sûr qu'elle ne soit pas soudain animée d'une envie folle de le faire disparaître. Sait-on jamais.

Ses pupilles sondent les siennes sans y trouver les réponses tant espérées. Lui qui espérait se faire une idée des pensées qui pouvaient lui traverser l'esprit en cet instant délicat, c'était raté. La brume des souvenirs obscurcissait son regard d'un voile diaphane, et le rideau peinait encore à se déchirer. Elle était bel et bien revenue à ses côtés, mais avait encore un pied dans le rêve, le cauchemar éveillé qu'elle venait de traverser contre son gré. Pour autant, en était-elle dérangée ? Encore un point qu'il lui faudrait élucider. Alessio préféra toutefois penser que si cela avait du la convaincre de se retourner contre lui, ce serait déjà fait. Toujours était-il qu'il n'avait pour sa part aucune raison de ne pas lui faire bon accueil, heureux de la retrouver un rien plus docile que quelques instants auparavant.

Le temps de la colère était passé et viendrait à présent celui de la tristesse si longtemps refoulée. Du chagrin qu'elle avait pu ressentir à être ainsi désemparée. Elle était une divinité et existait depuis le matin du monde, comment aurait-elle jamais pu penser qu'un simple mortel ébranlerait un jour à ce point les frêles certitudes qu'elle avait assemblées pierre par pierre tout au long de ces milliers d'années ? Sa confiance en elle et en sa nature profonde n'était au final qu'un colosse aux pieds d'argiles dont Alessio avait pris un malin plaisir à détruire les fondations, qu'il le veuille ou non. Aussi était-il tout naturel qu'il lui propose son aide pour se reconstruire, et ce même si elle ne pouvait qu'être défiante à l'idée de ce qu'elle était en train de devenir...

Ce qu'elle pensait être son devoir, son quotidien, tout ce qu'il y avait de stable dans sa vie depuis Toujours avec un grand T était en train de changer. Elle le voyait à travers le prisme du doute, celui que le Juge avait injecté en elle lorsqu'elle avait eu le malheur de se mêler de ce qui ne le regardait pas et de le voir sous un jour que nul ne lui connaissait, de le discerner nimbé d'une tout autre aura. Elle s'était laissée séduire et avait croqué à pleines dents le fruit défendu, mais avait longtemps refusé d'en assumer les conséquences. Et par ses actes, le Spectre se faisait un devoir de lui rappeler qu'une fois pris dans la toile, il n'est guère aisé d'en réchapper. Car cela fait partie de ce sur quoi tous sont logés à la même enseigne, humains comme divinités : le fait de ne pouvoir se mentir à soi-même indéfiniment et d'être esclave de ses sentiments. Son coeur et ses zones d'ombre seraient sa prison, et seul l'aveu pouvait en être la clé. Mais l'admettre serait apprendre les règles d'un jeu auquel elle ne pouvait jouer. D'autant qu'à avoir Alessio pour adversaire, nul doute que la victoire lui reviendrait à grands renforts de dés truqués.

C'est fini, maintenant. déclara-t-il d'une voix douce.

Il craignit un instant de l'avoir brisée, mais elle était trop forte pour cela. Elle n'avait pas vécu tout ce temps pour être au final aussi fragile que du verre, même entre des mains aussi expertes que les siennes. Ce fut une heureuse surprise de la sentir le retenir, rechercher désespérément ce contact qu'elle s'était pourtant évertuée à fuir. Son état ne permettait pas de s'y tromper : c'était là quelque chose dont elle avait besoin, et le simple fait de le savoir était la plus belle récompense qu'Alessio puisse souhaiter pour lui avoir cédé une part de lui-même. Faute de pouvoir l'autoriser à garder son coeur en sa possession, au moins emporterait-elle une partie de lui où qu'elle aille désormais. Ces souvenirs étaient siens. Jamais il ne les récupérerait.

C'était très bien ainsi, et ce qu'il avait lui-même choisi de renier ne saurait lui manquer. Alors s'il pouvait du même coup s'en alléger et lui fournir des preuves de sa sincérité, pourquoi s'en priver ? Profitant de ce qu'elle réclamait tant sa chaleur que sa présence, il s'adonna à de lentes caresses, regrettant quelque peu au passage le port de ses gants alors qu'il avait pour la première fois l'occasion de toucher autant qu'il pourrait bien le vouloir cette peau parfaite. Même si l'on pouvait y voir la marque de fabrique des dieux, elle ne l'aurait pas été autant à ses yeux si ce n'était point d'elle dont il avait été question. Ce moment de proximité avait un prix et il n'avait pas été simple à payer, mais maintenant que c'était fait il serait idiot de ne pas en profiter.

Qui sait quand ils auraient à nouveau droit à ce bonheur volé... Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et il était hélas déjà temps pour celles-ci de se terminer. La gifle claqua sèchement sur sa joue, la vacuité de l'endroit réverbérant et amplifiant l'écho de la chair contre la chair jusqu'à épuisement. Alessio l'encaissa sans broncher. Il s'y était attendu, et ce n'était après tout qu'un maigre tribut. Partagée comme elle l'était entre l'amour et la haine, elle pouvait lui causer autant de plaisir que de douleur et il n'était que trop prévisible qu'ayant eu droit à l'un, l'autre le suive de près. Toutefois, le Juge se garda bien d'afficher la moindre satisfaction en constatant qu'il avait là aussi eu raison.

Sa mine demeura d'une neutralité à toute épreuve alors qu'elle lui jetait au visage tout ce qui lui pesait sur un coeur dont la contenance était excédée depuis trop longtemps. Le vase était plein et débordait à présent. La Dame Noire se contentait d'en faire de même. La réponse qu'il avait à lui offrir, la seule réponse valable à son sens, était pourtant déconcertante de simplicité et ne manquerait pas d'effriter le peu de convictions sur lesquelles elle pouvait encore se reposer. Son monde tel qu'elle le connaissait était en train de s'effondrer, et il ne fallait pas compter sur l'Étoile Céleste de la Valeur pour l'en préserver si c'était dans ses bras qu'elle menaçait de tomber une fois qu'il se serait brisé. La seule chose qu'il ait à lui dire à ce sujet était on ne peut plus spontanée.

Mais... Toi, voyons.

Réponse à toutes ses questions à la fois. Lorsqu'elle lui avait posé cette question, il n'avait qu'un seul désir en tête, qu'elle ne soit qu'à lui. Même s'il ne pourrait longtemps se contenter de n'être qu'un exutoire, qu'une pièce de rechange là où il était convaincu qu'elle ne faisait que se voiler la face. Sans s'offusquer une seule seconde de cet accès de violence ni même s'inquiéter de sa joue rougie par une frappe qui contenait tout ce qu'elle avait refoulé toutes ces années, Alessio se rapprocha d'elle une fois de plus. Sans chercher à lui nuire une seule seconde, il soutint son regard afin de lui montrer qu'il n'y brillait aucune rancoeur et qu'il n'avait, contrairement à elle, aucune colère qu'il souhaite déverser. Quant à ses gestes, tout ce qu'ils exprimaient était une profonde tendresse, une volonté de ne pas la blesser. Était-ce de s'arracher une partie de lui qui l'avait changé à ce point ou n'était-ce qu'un aperçu de plus de ce qu'il avait toujours caché, de ce que nul ne connaissait de lui sinon elle à présent ?

Ce qu'elle avait pu entrapercevoir entre les pans de son âme déchirée ce jour où les choses avaient commencé à changer, celui qu'elle devait haïr autant qu'aimer pour lui avoir montré qu'il n'y avait pas qu'un seul homme qu'elle puisse désirer. Avec une lenteur infinie mais pourtant nuancée pour ne pas lui laisser le temps de s'y soustraire, quand bien même son état de choc devait y aider, il effleura sa paupière du bout des lèvres pour cueillir les larmes dont ses cils s'étaient imprégnés. Dans le même temps, sa main fraichement libérée de son gant trouva le chemin du creux de ses reins, non sans que son cosmos encore à fleur de peau ne lui ait assuré que nul ne pouvait voir ce qui se tramait en ces lieux. Et quand bien même, dans l'instant, il eut lui-même l'intime conviction qu'il n'en aurait eu que faire. Lui faire comprendre qu'elle avait bien plus d'intérêt à s'accepter telle qu'elle était devenue sans s'en apercevoir qu'à continuer à essayer de le fuir sans jamais pouvoir y arriver, voilà ce qui le motivait.

Repose-toi, maintenant. Tu caches tes faiblesses, mais au fond de tes yeux, je te vois trembler de peur. Pourquoi t'accroches-tu à la douleur ? Laisse-moi la partager avec toi.

Un geste minutieux déposa son autre main sur sa nuque de sorte à la mener dans sa direction, à lui faire poser la tête contre son torse, à l'endroit même où s'était remis à battre le coeur qu'elle avait remis en place un moment auparavant. Il se pouvait qu'elle n'ait d'autre hâte que de se délivrer de cette étreinte forcée, mais Alessio en doutait sincèrement. Ne l'avait-elle pas elle-même réclamée ? Elle avait beau se persuader que c'était une erreur, peut-être le véritable échec était-il de ne pas avoir envisagé plus tôt la possibilité que c'était Hadès la distraction et que c'était dans les bras d'un autre homme qu'elle devrait désormais trouver le repos. L'Histoire lui dictait peut-être d'être une épouse aimante, mais n'était-il pas temps d'oublier ces livres poussiéreux pour vivre la vie qu'elle désirait, qu'elle n'avait osé vouloir avant aujourd'hui ? Cela faisait plus de temps qu'elle n'en saurait compter elle-même qu'elle n'avait fait que vivre dans une boucle perpétuelle, une éternelle répétition.

Mais si grandiose que soit cette pièce, vient un moment où l'on finit par s'en lasser et où même les acteurs les plus fidèles ressentent le besoin de quitter la scène pour partir à la conquête de nouveaux horizons. Avant qu'elle s'aperçoive que cette joie était feinte et que ce qu'elle croyait être son bonheur ne prenne dans sa bouche le goût des cendres. Avant qu'elle n'ait plus que dégoût pour tout ce qui l'avait aidée à se construire telle qu'elle était, à ce qu'elle avait cru qui durerait toujours. Car qu'elle le veuille ou non, elle avait elle-même fait le premier pas sur le chemin qui la mènerait vers de nouveaux lendemains ou plus rien ne serait comme avant. Ce qu'ils contiendraient ne dépendrait que d'elle. Oui, peut-être était-il tout simplement temps de briser la chaîne de l'implacable destinée et de croquer ensemble le fruit du destin.

(...)
Je suis la transe que tu ne peux supporter et je te contrôle. Je suis ton besoin de plus, ta dépendance et je te contrôle. Je suis la balle dans le pistolet et je te contrôle. Je suis la vérité que tu fuis et je te contrôle. Je suis la machine silencieuse et je te contrôle. Je suis l'aboutissement de tous tes rêves et je te contrôle. Je t'emmène où tu veux aller, je te révèle tout ce que tu as besoin de savoir. Je t'entraîne, je te consomme, tu es une auto-destruction.

Et c'est moi qui suis à l'origine de tout cela.

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Marionnettes et fils malsains... Il n'y a aucun avenir au creux de ma main.

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Perséphone
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Sam 17 Aoû 2013 - 15:47


C'est fini maintenant...
Aux prises avec le magma de souvenirs qui déferle encore dans son esprit, ses mots lui parviennent vidés de leur sens. Vidés... ou arborant au contraire plusieurs significations. Quel point final peut réellement être apposé, tel un sceau indestructible, en cette heure... Les tourments de l'existence humaine qu'il lui a imposés ? Certainement pas, car si le temps fera son oeuvre, atténuant sans doute leur impact au fil des siècles qui ne manqueront pas de s'écouler, ils resteront profondément ancrés dans sa mémoire.
Alors serait-ce peut être les mots, les actes échangés lors de cette nuit ? Certainement pas non plus, car elle devra en subir les conséquences auprès de son époux et cette morsure laissera de profondes traces dans son épiderme divin.
C'est fini dit-il ? Non... certainement pas. Tout ne fait que commencer en fin de compte.

Sa réponse s'abat comme un nouveau couperet cinglant son âme tandis qu'elle le dévisage d'un regard incrédule.

Pourquoi... Pour toi.
Qu'est-ce que tu veux... Toi.
Pourquoi fais-tu tout cela... Pour toi.
Qu'est-ce que tu cherches à la fin... Toi.

Comment... comment peut-il la déstabiliser ainsi en usant simplement de trois pauvres mots. Elle le toise dans une parfaitement incompréhension, comme si elle réfutait la signification que ces trois mots pourraient réellement revêtir. Comme s'il lui était impossible de croire en ses mots, de croire que la lueur qui anime ses prunelles d'ambre à cet instant puisse être réelle et non issue de sa propre imagination.
Aurait-il fomenté un sombre plan afin de l'utiliser comme l'objet qui déstabiliserait le monarque des enfers ? Car nul n'est censé ignorer qu'Hadès irait jusqu'à provoquer une Guerre Sainte pour les yeux pétillants d'amour de son éternelle épouse.
Finalement elle ne sait pas que ce pan de son esprit s'est déchiré en un sinistre cadeau. Elle ignore que cette existence passée ne réintégrera jamais plus l'esprit du Juge. A vrai dire... elle est pour l'heure certaine qu'il a fait tout cela intentionnellement et qu'il sait parfaitement la hauteur du trouble qu'il vient de lui infliger. Comment... comment peut-il être aussi cruel.
L'étoile Céleste de la Valeur n'aurait pu trouver plus indigne porteur à cet instant.

Interdite, alors que cette gifle lourde de sens, si ce n'est de douleur, vient de s'abattre sur la joue du Griffon, Perséphone entend une nouvelle fois ce qu'elle aurait préféré ignorer.
Tremble-t-elle réellement de peur ? Evidemment. La crainte de s'être vraiment éprise d'un autre que le sombre monarque. La terreur de devoir lui avouer qu'il n'est plus le seul et unique à ses yeux. La crainte d'assister à son courroux s'abattant sur Alessio. Car finalement... redoute-t-elle quoi que ce soit pour sa propre sécurité ? Pas vraiment. Elle n'y a pas encore songé. Car on ne peut détruire un dieu, même si les souffrances que pourraient lui infliger Hadès ne sauraient être sous estimées.
En assemblant toutes les pièces de ce puzzle décousu, comment pourrait-elle ne pas avoir peur... Et à cet instant, elle se maudit de redouter que le destin ne le fauche lui, plutôt qu'elle, quant elle devrait s'en moquer.

Lorsque sa main dévêtue de son gant glisse le long de son dos, une autre se posant délicatement sur sa nuque pour l'attirer vers lui, elle aurait sans doute tout donné pour lui administrer une nouvelle gifle. Mais son âme s'y refuse pourtant. C'est dans un élan presque figé que son corps s'échoue mollement contre le sien, comme si la splendide coquille dont lui avaient fait cadeau les dieux n'était plus qu'un gouffre vide et sans fin. Son corps frémit un bref instant, comme un silencieux préambule au triste spectacle qui ne manque pas de lui succéder.
Perséphone... pleure. Pleure amèrement. Les larmes envahissent les prunelles d'ébène sans qu'elle ne fasse plus rien pour les contrôler, sans qu'elle ne tente le plus petit acte désespéré pour que son visage ne se teinte pas de la couleur blafarde de la peine qui fulmine dans son coeur. Le peut-elle seulement.
Elle ne répond pas à cette étreinte, ses bras restants enfouis entre elle et le Juge. Mais il est certain qu'elle s'y abandonne pourtant corps et âme.

Cela est impossible... il se trompe... Hadès a toujours été le seul et unique a baigner son âme de lumière. Elle ne peut accepter que cette faiblesse perdure, comme elle est déjà bien trop coupable de l'avoir laissée arriver à un stade aussi meurtrier.

Le temps ne semble plus s'écouler qu'au ralenti. A moins qu'il ne défile trop vite pour qu'elle ne le perçoive vraiment. Ses larmes ne semblent pouvoir se tarir. Sa peine ne semble plus pouvoir trouver d'issue favorable à cette sinistre histoire. Et elle repense, elle revoit, elle ressent de nouveau tout ce qu'il vient de lui faire vivre à son corps défendant. Un afflux de sentiments et de souvenirs sans doute provoqués par la proximité qu'il a lui même instauré sous la forme d'une étreinte qui la ramène bien loin en arrière, alors qu'elle semble pourtant sonner différemment. Cette nuit... qui sonna alors le glas d'un bouleversement dont elle n'aurait jamais pu saisir l'ampleur.

Sans l’imaginer, le Juge lui a offert bien plus que le sombre présent de son existence d’être humain. En lui ouvrant ainsi les portes de sa mémoire jusqu’à lors scellées, il lui a également permis de revivre la fameuse nuit qui avait provoqué tant de chamboulements au sein de leurs existences à tous les trois.
Alors qu’elle ne l’avait vécue que partiellement à travers Belhys, n’ayant fait qu’une très rapide prise de contrôle dont elle ne savait si le Griffon l’avait vraiment perçue ou non, il venait de lui offrir de la revivre complètement. Comme si les deux esprits n’avaient fait qu’un, comme si Belhys et Perséphone avaient traversé cette nuit sur un même pied d’égalité, ce qui n’avait pourtant pas été le cas.

Enfouis au plus profond du cœur de son hôte, la déesse n’avait pas pris garde à certains sentiments, certaines pensées que nourrissait pourtant la Veuve Noire en secret. Il lui aurait été difficile de le faire tant que la prise de contrôle n’était pas totale et absolue. Mais alors qu’elle venait de revivre instants par instants tout le déroulement de cette fatidique journée, quelques mots et actes engendrés par son réceptacle lui paraissent bien nébuleux.
Belhys avait parfaitement joué ce coup là, il lui faut le reconnaître. Car si Alessio ne venait pas de commettre l’erreur qui allait clairement faire évoluer cette désagréable situation, cela n’aurait jamais pu se produire autrement et elle n’en aurait sans doute jamais rien su.

Le regard quelque peu voilé par toutes ces pensées, les Ténèbres effleurent l’épicentre du Lac de sang qui a englouti de nouveau Belhys il y a quelques minutes, alors que la folle chute de ses larmes semble enfin s'apaiser.
Depuis le départ, comme elle ne s’est pas privée de lui en faire part à haute et intelligible voix d’ailleurs, la Reine Sombre nourrit une profonde perplexité envers son Juge. Elle ne crut en aucune de ses belles paroles, même s’il convient malheureusement de reconnaître que le trouble n’en était cependant pas moins présent dans son cœur. Le doute s’est insinué depuis longtemps, mais vient désormais s’y ajouter une once de méfiance qu’elle sait venir de son ancien hôte sans pour autant en comprendre la réelle signification. Elle… doit savoir.

Ses paumes se posent sur le torse masculin. Le contact n'est pas sec même si finalement elle le repousse une fois encore. Légèrement chancelante dans un premier temps, alors que son corps tremblant se relève pour retrouver un tant soit peu de stabilité, Perséphone reste interdite quelques instants. Ses prunelles reflètent une bien étrange atmosphère alors qu'elle ne délaisse pas le Lac de Sang du regard à un quelconque moment.
Puis d’un pas léger, presque aérien, comme si Perséphone redevenait Coré l’espace d’une brève seconde, la divinité se dirige vers l’étendue sanguinolente qui délimite le territoire des tourmentés. Levant une paume dans sa direction, celle qui fut sa fidèle d’entre les fidèles voit son corps s’extirper une fois de plus de sa prison. Perséphone… ne touche pas au fœtus qui reste profondément enfoui dans les limbes de douleur du lac.
Flottant comme une ombre presque immatérielle, la Veuve Noire toise sa Reine d’un regard presque horrifié. Sans doute craint-elle de subir le courroux de son ange dévastateur une fois encore. Mais ça n’est cependant pas le cas et face aux traits qui se figent, il semble qu’elle l’a réalisé.

Que me caches-tu ma chère enfant…


La voix de la déesse est d’une douceur qu’on ne lui a plus entendue depuis que le Sombre Monarque a décidé de se replonger dans un profond sommeil.  Sa main s’élève dans les airs tandis qu’elle se pose sur la joue brûlante de Belhys. Un sourire difficilement définissable se lit sur les traits de Perséphone alors que ses lèvres se posent en un baiser aussi tendre qu’étonnant, sur celles de son dernier réceptacle de chair.
Les yeux presque révulsés dans un premier temps, les paupières de l’ancienne amante d’Alessio se décontractent petit à petit jusqu’à se fermer complètement en une béatitude qui pourrait sembler hors de propos.

Les choses se déroulent à la vitesse de l’éclair. Les flashs sont percutants, cinglants. Elle l’entend penser, elle perçoit la partie de son esprit que la Veuve Noire avait rendu inaccessible. Elle pénètre profondément dans l’âme qui lui dévoile tout ce qu’elle aurait du savoir depuis longtemps.

Ainsi… Belhys se méfiait-elle du Juge depuis le premier instant où ses yeux s’étaient posés sur lui.
Ainsi… avait-elle passé de très longues années à le haïr, ni plus ni moins.
Ainsi… avait-elle mis en place une surveillance de tous les instants… pour se venger un peu d’Hadès, mais surtout dans un rapport de parfaite dévotion envers sa déesse.
Ainsi… la colère qu’elle avait éprouvée lorsque Perséphone l’avait choisie était si vive, venant s’engluer dans le magma de reproches qu’elle nourrissait déjà à l’encontre du sombre monarque, qu’elle avait tout d’abord considéré le Juge comme l’objet d’une vengeance à la hauteur de sa colère.
Ainsi… s’était-elle malgré tout laissée prendre dans les mailles du filet de ce jeu, dont peut être elle avait sous estimé la puissance. A moins que ce ne soit celle du Juge qu’elle n’eut pas évaluée à sa juste valeur.

Extirpant un soupir alors que la brune sépare ses lèvres de celles contre lesquelles elle était restée blottie, Perséphone dévisage Belhys d’un regard peiné. Pourquoi ses plus proches âmes s'évertuent-elles ainsi à lui causer tant de chagrin. Sans doute aurait-elle préférée nourrir un peu plus la colère qu'elle entretenait contre Belhys. Sans doute aurait-elle choisi de ne pas savoir tout ce qu'elle ne peut à présent ignorer.
Le destin lui démontre une nouvelle fois qu'elle a toujours eu raison. Hadès... est le seul qui soit digne de son amour. Maintenant... reste à savoir si elle est digne du sien. Une dignité qu'elle n'a que trop bafouée ces dernières années.

Ma cruelle petite Belhys…
Pourquoi a-t-il fallu que tu me taises tout cela.
Tu aurais du me faire confiance mon sombre ange.
Cela t’aurait évité bien des souffrances et à moi bien du tracas.


Alors qu’elle prononce ces mots, la paume de la divinité s’auréole d’une lumière d’argent. Le vide est bientôt comblé par un cœur palpitant doucement de vie au creux même de sa main.
Et comme pour conclure le point final de cette sombre histoire, dans un même élan et avec la même minutie que celle employée pour rendre son cœur à Alessio, l’épouse de l’Empereur des Ténèbres replace le cœur de Belhys là où doit être sa place.
Un délicat sourire orne ses traits diaphanes alors que ses doigts fins parcourent la joue de la jeune femme dont le teint reprend une apparence plus humaine, bien qu’effroyablement blafard malgré tout.

Je connais désormais les raisons qui t’ont poussée à t’élever contre sa Majesté et contre moi.
Mais je vais tout de même devoir te punir cruelle enfant… Tu n’aurais jamais du en arriver jusque là. Je ne peux pas tolérer ton affront.
Tu le sais n’est-ce pas…


Le visage de la Veuve Noire reste interdit et pourtant la lueur qui habite soudainement ses yeux est on ne peut plus parlante. Evidemment… Perséphone ne peut pas faire fit de ses actes inconsidérés, surtout qu’elle va devoir en payer les conséquences elle-même auprès d’Hadès.

Je te condamne à souffrir dans cet enfer de sang pour les prochains siècles.


Un éclair d’espoir vibre au fond du regard de l’ancienne servante de Perséphone. Oui… elle l’a bien compris et c’est presque de reconnaissance que ses prunelles brillent à cet instant.
Punie elle l’est. Bien sûr elle souffrira… Bien sûr elle ne pourra trouver le repos de l’âme aussi bien que celui du corps… mais en cette heure, elle a compris. Elle sait que Perséphone vient insidieusement de lever la malédiction dont elle l’avait jusqu’à lors affublée. Son avenir est encore sombre et pour longtemps elle sera plongée dans les affres du Lac de Sang. Seulement… maintenant… elle sait que ce supplice aura une fin et qu’à ce moment elle sera peut être autorisée à reprendre sa place au sein de la hiérarchie infernale… qui sait.

Alors que Belhys replonge une fois encore dans les affres tumultueuses du Lac de Sang, la déesse pivote vers Alessio en le dévisageant dans un sourire parfaitement improbable. Elle semble bien plus apaisée qu’avant. Et pourtant… est-ce de la rage, de la colère, du désir, de la tendresse… qui se lisent dans les prunelles obscures qui le toisent… ? A vrai dire les quatre se cumulent en une mélopée invraisemblable.

Quant à toi…


En une brève fraction de secondes la déesse disparait telle une ombre pour réapparaitre sous le regard du Juge. Sa main droite s’élève vers la joue du Griffon sur laquelle elle se pose. Sa main libre frôle son bras, remontant vers son épaule en une improbable caresse qui semble pourtant tellement amoureuse à cette seconde. Achevant cette symphonie gestuelle en se blottissant tout contre lui, son visage se fraye un passage sous les boucles d’ébène alors que sa voix chuchotante s’élève vers l’oreille dont elle est toute proche, comme si elle lui murmurait un secret. L'étreinte est bien réelle, non feinte, aucune fourberie ni perversité ne la motive. C'est avec une infinie tendresse qu'elle le serre dans ses bras, justement... parce que ce sera la dernière.

Alessio, tu es l’être le plus pervers, le plus manipulateur, le plus abjecte qu’il m’ait été donné de voir depuis fort longtemps. Cet esprit tordu que tu cultives… prendra sans doute mes paroles pour un quelconque compliment, mais cela n’a aucune importance.
Et malgré tout ce que tu m’as fait vivre, tout ce que tu m’as fait voir, je reste intimement persuadée que rien ne peut trouver grâce à tes yeux, rien. Ni moi, ni elle, ni ton sort ou ton âme, pas même ta propre souffrance.
Ton âme est empreinte d’une folie incurable contre laquelle je ne peux aller.
Je t’interdis de reparaître devant mes yeux aussi longtemps que ton esprit malsain errera en ce monde. Débrouilles toi comme tu veux, mais je ne veux plus jamais te voir, c’est un ordre qu’il serait judicieux que tu suives.


Sa voix est douce malgré les mots qui s’extirpent de sa poitrine. Et pourtant… a-t-il conscience que la sentence promulguée est parfaitement dérisoire face à ses actes ? La logique implique qu’elle le châtie, qu’elle lui fasse vivre les pires tourments, qu’elle le jette en pâture à son époux, et bien pire encore… Mais elle ne le peut pas. Car aussi tordu qu’il soit, elle l’aime autant qu’elle le hait de tout son être. Et c’est pour cette unique raison qu’elle tente de le protéger une dernière fois.

Comme pour apposer la conclusion définitive à ses mots, les lèvres pâles de la divinité frôlent la base de sa nuque avant d’effleurer brièvement celles d’Alessio. Un baiser d’adieux ? Sans nul doute.
Le contact se brise en un instant alors que la silhouette divine s’éloigne de lui, sonnant le point final de cette sombre histoire qui jamais n’aurait du voir le jour. Alors que ses pas l'entraînent loin de ce tumulte de sentiments, une unique et dernière larme perle dans ses yeux avant de s'échouer sur le sol avec discrétion.

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Alessio
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MessageSujet: Re: Trop de choses à se dire [PV Alessio]   Lun 19 Aoû 2013 - 9:04

Oui, s'il s'était donné tout ce mal, c'était pour elle. S'il devait n'y avoir qu'une seule chose que la Reine des Enfers doive croire, c'était celle-là. Pour la bonne et simple raison que rien n'était feint. Il lui dévoilait clairement ses intentions et c'était bien pour cela qu'elle ne pouvait qu'en être troublée. Il entendait se l'approprier plus qu'il ne l'avait déjà fait, la garder à ses côtes, ne pas laisser une seule occasion à ce lien étroit de se distendre pour mieux se rompre par après comme elle l'aurait souhaité. Qu'elle le veuille ou non, elle s'était jetée d'elle-même dans ses filets et devait à présent l'accepter au même titre que ses conséquences. Car ce n'était pas là une toile à laquelle elle pourrait se soustraire sans son accord, et inutile de dire qu'il n'était pas près de le lui donner. Il venait à peine de la récupérer telle qu'elle était en vérité, ce serait bien trop cruel de mettre déjà maintenant un terme à ces touchantes retrouvailles... Pas avant qu'il l'ait imprégnée de cette pensée selon laquelle elle lui appartenait, fut-ce uniquement dans une moindre mesure... Pour le moment.

L'on pouvait dire qu'elle s'était mêlée de ce qui ne la regardait pas et qu'elle payait à présent le prix de son indiscrétion. Mais quelles que soient les raisons, le résultat était le même et n'était-ce pas tout ce qui importait au fond ? Plus le temps passait et plus il était limpide qu'elle se mentait à elle-même pour son propre bien mais aussi et surtout pour celui d'Hadès. Car l'admettre voudrait dire accepter que ce soit une réalité, et à ce titre de devoir lui en parler. Ce qui ne voulait pas dire qu'elle le ferait – à vrai dire, plus les minutes filaient et plus il était persuadé du contraire. Mais le simple fait que sa conscience soit là pour lui rappeler que c'était une trahison que rien ne saurait faire pardonner et qu'elle devait se confier la ferait déjà culpabiliser bien assez. Elle ne pourrait faire taire cette voix dans sa tête qui l'incitait à ne rien lui cacher, mais qui lui dirait aussi qu'elle avait tout à perdre et rien à gagner à dire la vérité. Cette même voix qui lui rappelait que ce qu'elle se reprochait tant s'était bien produit et qu'elle ne pourrait s'en libérer, qu'importe combien elle pourrait essayer.

En se jetant dans ses bras, au propre comme au figuré, elle s'était offerte à lui et aucun doute qu'elle s'en souviendrait toute sa vie – ce qui, dans l'éternité, peut représenter une effarante durée. Et si regrettable que ce soit, cela n'allait pas aller en s'améliorant. Car quoi qu'elle fasse il n'y avait aucune issue heureuse à tout cela. Il y aurait forcément quelque chose à sacrifier à un moment donné, et le tribut ne serait pas forcément celui que l'on croit. Du moins le Juge du Griffon allait-il tout faire pour cela. Bien qu'il n'ait aucune envie de lui causer du tort, le Griffon n'aurait aucun scrupule à briser des liens immémoriaux. Puisqu'elle ne pourrait qu'en souffrir, il le ferait à regrets, mais sans remords. Car si elle ne pouvait point se permettre de s'en ouvrir à son époux pour son propre bien, l'affection qu'elle avait pour le marionnettiste et qu'elle ne parvenait finalement plus à voiler était le principal obstacle à ses aveux. Cela, il l'avait compris et ce n'était pas quelque chose qu'il oublierait de sitôt.

Étrange contraste que celui qui les divise autant qu'il les rassemble. Celui d'un Griffon plus que jamais maître de ses émotions et de sa maîtresse dans tous les sens du terme qui ne sait plus ce qu'elle doit croire. Il n'y a rien qu'elle puisse faire pour arranger cette situation. Elle pourrait le faire disparaître d'un simple mot soufflé à l'oreille de son époux, elle en paierait elle aussi le prix mais peut-être était-ce celui de la tranquillité. Mais elle ne s'y résoudrait pas. Jamais. Pas maintenant qu'elle ne pouvait plus nier ce qu'elle ressentait. Même s'il devait par malheur être réduit à néant, il ne s'en irait jamais vraiment. Car il y aurait toujours une partie de lui pour la hanter, pour raviver cette flamme qu'elle aurait préféré oublier. Ce brasier ardent enfoui en elle qu'elle attisait un peu plus à chaque fois qu'elle essayait de l'étouffer. Plus elle se mentirait à elle-même, plus ce qu'elle essayait de cacher, de se cacher, ne pourrait plus l'être. Du moins, pas pour elle. Alessio n'en demandait pas plus... Pour le moment.

Entre ses mains, elle n'était qu'une poupée obscure, qu'un pantin ténébreux. Une beauté fatale prise dans ses filets sans possibilité de s'en dépêtrer ni même la force de lutter. À moins que ce soit parce qu'une partie d'elle, quand bien même elle s'efforcerait de tout son saoul de le réfuter, y était farouchement opposée. Tous ses efforts ne serviraient à rien. Elle n'avait rien à gagner, car contre ses propres incertitudes elle ne pouvait pas l'emporter. Ce n'était pas qu'une petite ombre au tableau, que quelque chose qu'elle pouvait négliger. Qu'elle le veuille ou non, son coeur était déjà divisé. Et possessif comme il l'était, le Juge ne se contenterait pas d'une seule moitié. Elle pleurait contre lui, c'était une évidence, mais il affecta de ne pas s'en rendre compte alors que rien n'aurait pu lui faire l'ignorer. Ce qu'elle venait de traverser n'avait déjà pas été de tout repos. Il lui avait déjà volé son coeur ; il lui laisserait sa dignité. En cet instant, elle était sienne, et personne n'aurait pu la lui enlever. Il s'en contenterait. C'était pourtant déjà bien plus qu'il n'en pouvait espérer, mais ce n'en était pas assez pour qu'il soit satisfait.

Qu'elle le croie ou non n'avait aucune espèce d'importance. Pas en l'état. Cela viendrait avec le temps. Mais elle pouvait se défier de lui autant qu'elle le voudrait, cela ne changerait rien au fait que les sentiments, eux, étaient bel et bien présents. Même s'il lui inspirait d'aussi noires idées que la peur ou la terreur, Perséphone n'en était pas moins profondément, intimement attachée à lui. Et malgré tout ce qu'elle pourrait faire pour se persuader du contraire, elle ne pourrait briser ces chaînes douces et amères à la fois s'il ne faisait rien pour l'y aider. Non, car si cela ne lui était jamais arrivé au cours de son existence immémoriale, c'était parce que nul ne lui avait inspiré d'attrait assez fort que pour que cela devienne une réalité. Cela n'avait pu se produire que parce qu'il sortait du lot. Que parce qu'il était différent. Et tant qu'il resterait ce qu'il était, les choses ne se passeraient pas différemment. Des sentiments qui avaient pu à ce point franchir ses immenses barrières d'assurance construites pendant des milliers et des milliers d'années ne s'évanouirent pas d'un simple claquement de doigts.

Commençant lui-même à cerner quel était son état véritable, l'amant la laissa se détourner de lui sans broncher. Qu'importe combien de fois elle quitterait ses bras et leur étau, car elle y reviendrait bien assez tôt. Le Juge lui-même doit avouer trouver un certain réconfort dans la chaleur qui persiste de longues secondes après qu'elle s'en soit désintéressée pour se focaliser sur Belhys. Cela faisait bien longtemps qu'une étreinte n'avait pas eu tant d'effet sur lui, et ce n'était décidément pas de refus. Les déceptions qu'il avait pu rencontrer ces derniers jours, ces dernières années avaient été balayées et lui rendaient un peu de sa vigueur et de sa volonté. Ce n'était pas forcément une bonne chose quand on savait à quoi il l'emploierait, mais elle n'y pouvait rien : maintenant qu'elle n'était plus captive de sa mémoire, elle était prisonnière dans la paume de sa main. La voyant s'avancer, vacillante, il se serait bien proposé pour la soutenir, mais était curieux de voir ce qu'elle allait accomplir. Il décida de ne pas interférer.

Silencieux, il suivit le moindre de ses gestes avec la plus grande attention, ne demandant pas mieux que de connaître le but de cette intervention. Par sa propre faute, il ne pouvait tout à fait prévoir quel serait son prochain mouvement, ses pensées devant être trop confuses, trop secouées que pour lui laisser droit à un raisonnement ordonné. La Reine Noire parait pourtant savoir parfaitement ce qu'elle fait et cela ne l'intrigue que davantage alors qu'il se fait malgré lui le témoin solennel de cette scène qui ne le sera pas moins. Chacune de ses attitudes et de ses mimiques fut soigneusement mémorisées par Alessio pour y repenser le moment venu et les décortiquer s'il le fallait, mais il n'était pour l'heure qu'un banal observateur. Pas une seule fois il ne tenta de l'empêcher de faire quoi que ce soit, pas même quand elle pénétra l'âme de Belhys, devinant sans mal les grandes lignes de ce qu'elle y était venue chercher. Qu'elle fasse comme bon lui semble, ce n'était pas de cela que son propre sort dépendrait. Et puis, n'avait-elle pas trop de fierté pour ne pas donner la priorité à son propre avis ?

La colère lui était passée et elle traitait maintenant Belhys avec les honneurs qui lui étaient dus. Sans y avoir lui-même assisté, l'Étoile de la Valeur savait qu'elles étaient autrefois unies par un lien particulier. Sans doute cela avait-il d'ailleurs eu un rôle à jouer dans le fait qu'elle l'ait choisie pour l'abriter. Ainsi donc, Perséphone ne l'avait pas oublié. Heureuse nouvelle pour la Veuve Noire, si seulement elle était encore en état de s'en apercevoir. Quiet, le Griffon ne fait qu'apprécier le spectacle. Quand enfin la Reine des Enfers semble avoir atteint son but et qu'elle entreprend de lui rendre son coeur, Alessio, ayant subi un traitement similaire quelques minutes auparavant, ne peut que trouver cela familier. Ainsi, c'était donc cela, l'aspect que cela revêtait ? Bien qu'elle ne puisse le voir en apparence, pas une seule fois son regard ne dériva de l'épouse d'Hadès à celle qui avait été son hôte autrefois. Comme s'il n'y avait qu'elle à ses yeux, littéralement. L'emprise malsaine qu'il sent se dissiper dans l'atmosphère n'est pas sans lui donner une idée de ce qu'il vient de se passer. L'inexpressivité reste cependant sa meilleure alliée.

Une bonne chose de faite, à ce qu'il semblerait. commente-t-il à voix basse.

L'avait-elle entendu ? Cela n'a aucune importance. Une telle irruption dans ce rituel ne pouvait avoir pour but que de rappeler sa présence. S'il se montre grand orateur, le Juge économise sa salive et n'est pas homme à parler quand cela ne présente aucun intérêt. Ses intonations n'ont pas varié d'un iota et il ne montre aucune émotion. Si touchante qu'ait pu être cette scène, il ne semble pas en être affecté. Comme si tout cela ne le concernait pas. Mais la lueur au fond de son regard ne trompe pas : il sait. Seulement, cela n'a pour lui pas grand intérêt. N'avait-il pas laissé entendre il y a tout juste un instant qu'il n'y avait qu'elle à présent ? Elle qui, sans plus attendre, se retourne vers lui et le toise d'un regard indéchiffrable. Et lui qui pensait avoir le monopole de l'énigmatique. Nullement troublé, il semble accueillir son contact avec plaisir, sans tenir compte de ce pourquoi elle avait un instant plus tôt quitté ses bras.

Désormais confiante dans ses gestes, peut-être un peu trop, Perséphone fait mine de se rapprocher de lui en une caresse qui n'est pas sans évoquer les souvenirs qu'il venait de lui faire revisiter – cette partie qu'il avait, en revanche, revécu lui aussi dans le même temps. Était-ce calculé ? Il n'eut pas le temps de se le demander. Avait-elle enfin choisi d'assumer sa passion et de la vivre pleinement ? Il en doutait fortement. C'était trop lui en demander, même si ce n'est que pour un temps. Ce qu'elle cherche à faire, il n'en a pas idée, mais n'esquisse pas l'ombre d'un geste pour l'en empêcher. Alessio ne fait que savourer. Que s'imprégner de ce qui sonne pour lui comme de « vraies » retrouvailles, maintenant que le sceau de l'ignorance et de l'hypocrisie a enfin sauté. Dans l'ombre de son visage incliné, là où elle ne peut le voir, un rictus placé sous le signe de la malice se dessine lentement. Il n'a cependant rien de bien triomphant, car ce n'est pas sa victoire qu'il commémore.

Un message clair comme de l'eau de roche, vraiment... Pour qui sait lire entre les lignes, sans quoi ce qu'il vient d'entendre là ne serait qu'un tissu de mensonges forçant le respect. Espérait-elle vraiment lui faire croire ça, à lui, le maître du demi-mot et des fines allusions ? Personne ne le dupe à ce jeu-là. Personne ne le prend au dépourvu sur son propre terrain. Oh, il ne doutait pas qu'il y avait là-dedans une part de vérité. Qu'elle ne veuille pas le revoir pour le moment est une chose qu'il comprend parfaitement, car il lui faut mettre de l'ordre dans le chaos total qu'il a répandu au fond de sa mémoire et de son inconscient. Tout se bouscule dans sa tête et c'est de sa faute. Il lui faudra sans doute quelques temps pour y remédier, ou au moins s'en accommoder, mais cela finirait par s'arranger.

Non, tout ce qu'elle faisait là, c'était essayer de lui faire comprendre qu'il avait posé le pied en territoire conquis et que c'était non seulement une guerre qu'il ne pouvait pas gagner, mais aussi et surtout qu'elle n'entendait pas le voir mener. Ce qui en découlerait ne leur apporterait rien de bon. Ni à eux, ni à qui que ce soit d'autre. Et les changements que ne manquerait pas d'engendrer cette bataille acharnée seraient irrémédiables, voués à s'inscrire dans l'histoire pour toujours et à jamais. C'est tout le problème quand on s'attaque aux dieux, mais elle n'était pas sans savoir non plus qu'ils ne lui faisaient pas peur. Combien de fois ne s'était-il pas déjà joué d'eux ? Sa main effleure sa joue alors qu'elle serine à son oreille cette belle histoire dont il ne croit pas un mot. La seule chose qu'il entend, ce sont les battements de son coeur, de son corps contre le sien, et ce sont là des messagers qui ne sauraient mentir. Rien n'est aussi vrai que les palpitations de la vie, qu'on la trouve dans une plaie ouverte ou dans un coeur battant.

Entendu. ment-il ouvertement. Je ferai ce que je peux.

Son timbre n'avait pas changé, mais pour qui le connaissait aussi bien que c'était son cas à présent, le sens à lui donner était évident. Le regard qu'il lui lance ne l'est pas moins, mais il y met un terme prématuré pour mieux recevoir ce qui se veut être un baiser d'adieu. L'espace d'un instant, elle a l'illusion d'un sourire sincère, mais tout ce qu'il reste sur son visage quand elle s'écarte de lui n'est que son habituelle mine avenante, vaguement moqueuse sans trop l'être. Un air qui veut tout dire et rien dire. Il la laisse s'éloigner alors qu'elle part sans même se retourner, ne prenant pas la peine de pivoter lui-même pour la voir s'éloigner. Car il n'est déjà plus capable de prononcer le moindre mot et n'en voit pas même l'intérêt. Ce n'est qu'une fois que toute trace d'elle a disparu – sans doute avait-elle quitté les Enfers pour un ailleurs où elle pourrait laisser libre cours à sa colère – qu'il accorde un regard équivoque au Lac de Sang, où il avait été torturé tout ce temps. Pas un mot, pas un bruit. Juste lui et le bruit des vagues vermeilles qui viennent s'échouer à ses pieds.

Une bonne chose de faite, oui. Il n'aurait pas pensé que Perséphone irait jusqu'à la délivrer et en était déjà à se demander comment il aurait pu faire pour neutraliser cette malédiction afin de l'emporter. S'il pouvait agir sur les âmes à son gré, c'était déjà plus compliqué si l'on tenait compte du fait que l'arachnéenne n'était pas morte dès le départ. Sans parler des difficultés à court-circuiter un maléfice de rang divin. Si ingénieux qu'il puisse être, la puissance lui faisait défaut en de pareils cas. Estimant que c'est déjà une bonne chose que cette amélioration de sa condition, que ce qu'il vient de voir lui a apporté les réponses qui lui manquaient encore, il est sur le point de tourner les talons quand une vive secousse ébranle tout son être et manque de le plier en deux. Une vive douleur l'assaille et il ne sait que trop bien à quoi elle correspond. Ce qui ne manque pas de révolter, mais il n'avait pas d'autre choix. Elle ne lui en avait pas laissé d'autre.

Tu as emporté avec toi une petite partie de moi...

Dans sa précipitation, dans son effervescence, la Dame Noire n'a certainement même pas remarqué une infime coupure à la lèvre. Il n'est pas incohérent de penser qu'elle se l'est faite elle-même quand elle était tétanisée par les immondes souvenirs qu'Alessio lui avait infligé. Un trois fois rien que son sang divin aura tôt fait de faire cicatriser. Une blessure si dérisoire n'est pas de celle qu'un Dieu peut arborer au-delà de la seconde écoulée. La tête lui tourne, mais cela finira bien par passer. Se redressant de toute sa hauteur et se recoiffant à la hâte, le Juge prend une longue inspiration et se dirige à pas lents vers sa demeure pour y trouver le repos. Cette entrevue l'a épuisé et il n'est pas sans penser qu'il vaut mieux pour lui retrouver le confort de son palais dans les plus brefs délais. Ses yeux se lèvent l'espace d'un instant vers les cieux pourpres des Enfers qu'il regarde sans voir alors que le visage de Perséphone occupe toutes ses pensées, comme il l'avait juré.

Il aurait été injuste que je n'en fasse pas de même, tu ne crois pas ?
~ Anténora.

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Trop de choses à se dire [PV Alessio]

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