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 Le rêve devenu noblesse [PV Alessio]

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Dante
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MessageSujet: Le rêve devenu noblesse [PV Alessio]   Mer 14 Juin 2017 - 12:20

« Il semble que d'autres personnes font honneur de leur présence au Seigneur Hadès... Uhmuhm. » Se diriger maintenant dans les couloirs du palais serait une perte de temps, c'est ce que pense le Basilic alors qu'il continue d'observer l'horizon. L'efficacité demande parfois de sacrifier de son temps et d'attendre tranquillement... Qui peut discuter librement alors que Hadès doit jouer aux chefs d'orchestres pour décider qui parle et qui doit attendre ? Puis, il peut ainsi profiter des paysages sombres des Enfers, un moyen comme un autre de s'occuper. Ainsi, alors qu'il descend le sentier menant aux tourbes noires du Styx, le Spectre laisse derrière les obscures prisons qu'il a traversé. Rien ne semble changer... Rien ne change dans ces Terres, nées pour apporter peur et châtiment aux âmes vivantes. « Quoique... si... quelque chose change... » S'appuyant sur sa canne, Dante s'arrête ainsi sur un panorama dévoilant les eaux sales, boueuses, du Styx, et ses multiples prisonniers. La chose qui a changé à travers ce monde... ce n'est pas sa forme, son intensité... mais ses habitants. « Setesh, Juge des Enfers... » Posant sa main sur son visage, l'ancien disparu ne peut pas s'empêcher de laisser échappé un nouveau rire. Il n'y avait pas pensé durant son enfermement, mais son absence avait laissé les autres Spectres prendre de l'avance. Voilà qui rend cette non-vie plus attrayante. Un Juge tel que lui... « Par contre, quelle étoile est venue à lui... ? » Penchant la tête sur le côté, le Basilic se souvient de Setesh lorsqu'il portait non pas un surplis de Juge, mais un surplis tout aussi puissant et que son étoile faisait de lui, à une époque, l'un des Spectres les plus dangereux. Aussi puissant qu'un Juge, il avait son indépendance... Anubis, l’Étoile Céleste de la Putréfaction. Mais la question reste... quel surplis porte t-il ? Bien qu'une petite idée commence à venir se greffer à l'esprit de Dante.

« Mais Setesh ne doit pas être le seul à avoir pris de l'avance... » Frappant une fois le sol avec sa canne, le corps d'Ezekiel, toujours caché par les bandes, apparaît face à lui, se posant délicatement sur le sol. « Ton prochain propriétaire est un homme charmant... j'espère que tu sauras lui être utile. » Alessio, le Spectre du Djinn, de l'Étoile Céleste du Rêve. Parfois coéquipiers, souvent interlocuteurs, l'idée de ramener Ezekiel est venue à l'esprit de Dante lorsque cet « Ange du Courage » s'est éteint, laissant ainsi seul son prisonnier dans ce néant. Ainsi, il s'est demandé « que pourrais-je faire avec ça ? » Quelques idées se sont manifestées, mais peu d'intéressantes ou de réalisables le plus rapidement possible. Après tout, il avait suffisamment pris de plaisir en l'humiliant et en le torturant dans cette dimension étrange. Ce qu'il voulait, c'était quelque chose de rapide. « C'est à ce moment là, cher ami, que j'ai pensé à Alessio. Il saura prendre soin de toi... tout comme je l'ai fait. Bien que je pense, peut-être que je me trompe hein, qu'il aurait préféré que tu sois encore doté de ta parole... Voir de ta langue. »

Une petite mésaventure, qui se greffe à cette histoire sans grand intérêt, finalement. Oubliant ainsi pour le moment la présence de son « cher ami », le Basilic observe l'horizon, ou, plutôt, les eaux noires du Styx. Bougeant légèrement sa main, il soulève le corps d'Ezekiel pour avancer avec lui jusqu'au rivage. Quelques âmes se noient, se débattent dans l'eau boueuse et acide, tendant parfois la main dans sa direction. Fléchissant les genoux, il continue d'observer, fixant ces pauvres bougres qui supplient son aide. Posant la main sur son chapeau, il laisse voir un simple sourire, froid, avant de prononcer quelques mots. « Que j'aime ce Spectacle... bien qu'il soit, pourtant, si commun. » Il se redresse doucement, posant les mains sur sa canne, les paupières fermées. « J'aime tant ce spectacle que je l'ai offert à beaucoup de témoins... et pourtant, Dante Alighieri... il n'a jamais su sublimer ce qu'il voyait, à travers mes pensées, mes souvenirs... Oh, bien sûr, sa « Commedia » semblait si prometteuse... et reste agréable à lire. Et pourtant... » Il enfonce alors violemment la pointe de sa canne dans une main qui tente d'attraper le bord, souriant délicatement. « Il n'a jamais su... dévoiler le véritable plaisir de cet endroit. Il a cherché … la bénédiction de son faux dieu. »

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Alessio
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MessageSujet: Re: Le rêve devenu noblesse [PV Alessio]   Jeu 15 Juin 2017 - 15:49

Citation :
Étant donné l'absence prolongée d'Aratos, j'ai eu l'autorisation de Setesh pour poster ailleurs en attendant son retour.

Une fumerolle ténébreuse creva le ciel des Enfers, traversant une à une les Prisons pour se diriger vers les plus lointaines profondeurs. Nul ne fit seulement mine de tenter de l'arrêter : non seulement jouissait-elle d'une trop grande altitude, mais tous, exceptés peut-être les Squelettes les plus récemment entrés dans les ordres, savaient à quoi elle correspondait. Le Juge du Griffon n'avait jamais aimé faire comme tout le monde, privilégiant ce singulier moyen de déplacement au détriment des vastes ailes que comportait son Surplis - bien qu'elles lui servent encore occasionnellement.

Il aurait aussi bien pu apparaître directement en plein coeur des Enfers - mais n'aurait ainsi pas profité d'y voyage ; aussi n'y daignait-il s'y résoudre que quand l'urgence guidait son trajet, ce qui n'arrivait guère souvent. Le cadeau que lui avait fait sans le vouloir le Saint des Gémeaux - qu'il supposait être le dernier en date - était décidément bien pratique. S'il aurait fini par arriver à un résultat similaire, il lui aurait fallu des années d'étude ; or, ce n'était pas parce qu'il avait tout le temps devant lui qu'il devrait cracher sur un léger coup de pouce.
Bien sûr, il l'avait adapté à sa manière, apporté sa touche personnelle - d'aucuns diraient corrompu - mais il faut rendre à César ce qui appartient à César, et qui mieux placé que lui pour le savoir ? Il semblait d'ailleurs y avoir pénurie de paladins plaqués or en ce moment - du moins n'en avait-il plus vu rôder depuis un moment ; il faudrait demander à ses collègues s'ils avaient eu l'occasion d'en voir récemment ; cela expliquerait peut-être pourquoi ils en étaient réduits à frapper sur des Asgardiens et des Titans. Faute de grives...

L'émanation obscure finit par s'écraser au sol quelque part au milieu de la Quatrième Prison. Une quinte de toux se fit entendre alors que les volutes s'en dissipaient, et Alessio en émergea ; il était peut-être habitué à avaler de la fumée - le faisait d'ailleurs à longueur de journée - mais même pour lui, celle de l'Etna était un peu forte. Cela finit néanmoins par lui passer tandis qu'il époussetait d'une main distraite son costume pour en chasser la suie que le volcan y avait déposé. Une vue unique, mais ô combien salissante : voilà bien pourquoi il n'y allait pas souvent. Ça et le manque d'envie de disparaître dans une coulée de lave. Même en sachant qu'il y avait une résurrection à la clé - et encore : c'était loin d'être sûr dans son cas -, il n'était pas convaincu d'un jour tenter l'expérience. En tout cas pas s'il pouvait l'éviter.

Il n'avait pas vraiment prévu de reprendre forme ici, mais tant pis : il n'aurait qu'à finir le chemin à pied. Cela lui permettrait d'apprécier le passage - si du moins il ne l'avait déjà vu des milliers, sinon des millions de fois, sans que rien ne change jamais - hormis leur nombre de pensionnaires. Il se demanda subrepticement si Yade tenait les comptes : il aurait été curieux de savoir combien de personnes exactement chacune d'elles hébergeait en leur sein, d'autant que leur capacité semblait croître selon leurs besoins.

Pour qui savait le manipuler - ce qui n'était pas donné à tous les élus, pourtant rares, qui y avaient accès -, le Livre des Morts devrait pouvoir produire cette donnée : il faudrait qu'il essaie à l'occasion. Retournant son couvre-chef qu'il tenait du bout des doigts, il eut la surprise - et le déplaisir - de voir celui-ci laisser échapper également une belle quantité de matière fuligineuse ; cette saleté se glissait décidément partout. Alors qu'il s'échinait à s'en défaire une bonne fois pour toute, il détecta du mouvement du coin de l’œil - vers lequel il se dirigea sans délai.

Ah ! Voilà une tête que l'on n'avait pas vue depuis longtemps, fit-il tout en remettant son haut-de-forme à sa place. Il faut croire que c'est la période des revenants.

Le Balrog ne venait-il pas lui aussi de revenir après une longue période de repos forcé ? Cela voulait-il dire que le pouvoir d'Hadès s'intensifiait et lui permettait de rappeler des Spectres qui n'avaient jusque là pas réussi à reprendre corps ? Malgré ses nombreux retours, il ne lui semblait pourtant pas que le Sombre Monarque ait bougé de la salle du trône ; s'il n'avait entendu çà et là des retours d'entrevues avec lui, il aurait aussi bien pu croire qu'il était encore en torpeur. Que pouvait-il bien mijoter ? Pourvu qu'il ne les jette pas à nouveau dans une Guerre insensée : le Griffon avait eu son content de violence pour les mois à venir.

Dante n'avait que peu changé, sans que ce soit une surprise : si certains parmi eux essayaient bien d'évoluer - de rester en lien avec leur époque -, ils ne leur fallait généralement que quelques siècles pour se rendre compte de la vanité de la chose. À un âge aussi avancé que le leur, il ne fallait donc plus s'attendre à un changement drastique - sans qu'ils soient pour autant gravés dans le marbre comme pouvaient l'être les divinités.
Aussi ne trouverait-il Alessio guère différent de comme il l'avait laissé, si ce n'est peut-être par un surcroît d'élégance, ses boucles sombres désormais soigneusement plaquées en arrière. S'il préférait autrefois se faire plus discret - quoiqu'ayant déjà fait sienne la coûteuse garde-robe qu'on lui connaissait bien -, il devait désormais se montrer à la hauteur de son rang... Non que leur image parût préoccuper les deux autres Titans Infernaux - milles fois hélas.

Tu n'arrivais plus à trouver le chemin du retour ? poursuivit-il en arrivant finalement à sa hauteur. Ton Surplis doit avoir un meilleur sens de l'orientation que toi : je l'ai vu passer il y a quelques années... Sur le dos de quelqu'un d'autre. Esquissant un sourire, il leva la main pour y faire apparaître une cigarette - et une deuxième, qu'il tendit dans sa direction. Ce n'est qu'alors que ses yeux semblant faits d'or liquide se baissèrent sur la carcasse - dont la présence ne semblait guère l'importuner ; le contraire eut été étonnant, surtout en face d'un véritable charnier. Qui est ton ami ?

Condition bénie que la leur : ils pouvaient ne pas se voir pendant des années selon les aléas de leurs résurrections et reprendre leurs conversations où ils les avaient laissées.

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MessageSujet: Re: Le rêve devenu noblesse [PV Alessio]   Ven 16 Juin 2017 - 9:15

Le Spectre domine l'âme, une image ô combien courante. La pointe enfoncée dans sa main, le prisonnier tente de supplier, de s'éloigner... mais rien n'y fait. Après tout, il se trouve dans un monde qui l'oblige à subir, à pleurer, à souffrir... Las du spectacle, il retire lentement la pointe sombre avant d'ignorer les nouvelles plaintes. Loin dans les profondeurs, Hadès ne semble pas prêt à laisser ses invités sortir de son palais... Il offrait à son serviteur au moins quelque chose : le temps d'assimiler de nouvelles informations. Certes, il ne s'est déroulé, depuis son absence, que cinq années, mais – bien qu'il ne change pas réellement – le monde a une mauvaise habitude d'entrer facilement dans de nouvelles périodes, guerres. Bien entendu, certains conflits, phénomènes passés, ne pouvaient être que résultat de l'intervention directe des Spectres, d'une façon ou d'une autre. Mais encore faut-il – pour en revenir à notre problématique – trouver la personne ou l'âme qui accepte de donner ces informations. Par exemple, ce pauvre bougre à la main percée ne sera pas d'une grande aide... Quoique...

Bientôt, un sifflement vient sortir le Spectre de sa rêverie, un mouvement traversant les cieux sombres. Intrigué, il se met dos à l'eau stagnante pour pouvoir apprécier de ses yeux l'origine de ce sifflement. Une forme obscure – plus proche de la volute que de la silhouette à en juger par sa composition – traverse le ciel avec une importante célérité, s'écrasant ensuite dans les environs de la prison. Toujours sur la berge du Styx, Dante tourne légèrement les yeux vers les rares gardiens. Ils ne semblent pas déranger plus que ça... ce n'est donc pas la première fois qu'ils observent ce phénomène en mouvement. Quelques quintes de toux résonnent, alors que le Basilic repose ses yeux sur l'origine du bruit et lieu d'impact de cet « objet volant non-identifié » - un jour, cette expression aura un impact plus important... lorsque ce sont des humains qui observeront cette forme dans le ciel –. Les deux mains sur sa canne, il observe la silhouette qui se profile à l'horizon, un léger sourire se dessinant peu à peu sur ses lèvres. Et voilà que sa voix résonne... Enfin ! Enfin un ancien !

« Eh bien, loué soit Hadès, tu faisais parti de la liste de personne que je devais retrouver après mon retour. » Sans vouloir manqué de respect à la Prêtresse, le « roi des serpents » préfère rencontrer une vieille connaissance. Surtout lorsque ceci sont des collaborateurs de longue date. Que ce soit le nouveau Juge Setesh, ou le Djinn Alessio, de véritables actes, des missions ou des actions indépendantes peuvent plus ou moins lier ces personnages avec Dante. « Toujours aussi élégant... Mais il y a quelque chose de nouveau, dans ton cosmos, ou alors peut-être mes sens seraient en train de me trahir. » Difficile de juger une évolution lorsque l'aura du Spectre n'est pas parfaitement perceptible. Pourtant, il est certain de ne pas avoir totalement reconnu Alessio lors de son arrivée. Oh, certes, il y a des nuances que personne ne peut supprimer, dans son odeur, dans les vibrations qui pourraient émaner du corps. Et pourtant, d'autres... peuvent se manifester. Serait-ce là la preuve du retard de Dante : Alessio aurait, lui aussi, été promu ?

« Notre dernière rencontre remonte aux derniers jours avant le conflit qui a opposé notre Royaume à celui de Zeus... L'ange que j'ai combattu a eu la bonne idée de m'enfermer avec lui... Oh, merci. » Récupérant ainsi la cigarette proposée, un crépitement se produit à son extrémité, faisant naître les braises et laissant les toxines – si on peut appeler cela du poison pour le corps d'un Basilic – s'insinuer dans les poumons du revenant. « J'imagine que le phénomène de « nouvel hôte pour l'étoile » s'explique par le fait que j'étais séparé de l'Espace et du Temps... Perdu dans le néant, la sortie était parfois difficile à trouver... » Impossible même. Pourtant, cela n'empêche pas Dante d'être maintenant présent. Il avait résisté, cinq ans, au fait d'être séparé de son étoile, des Enfers... Seule sa connaissance du cosmos lui avait permis d'étudier, d'assimiler, le savoir que lui avait laissé son geôlier comme seule occupation. Comprendre comment fonctionne ce mécanisme de « dimensions ». Oh, cela n'avait pas été simple... surtout lorsque son propre corps réclame son étoile... lorsque son esprit se déchire plus qu'il ne le doit. Fort heureusement, la quête du savoir n'était pas sa seule occupation et durant la vie de son geôlier, celui-ci a pu servir d'occupation. Mais qu'importe, l'étoile était maintenant de nouveau présente. « Mais mon surplis n'est pas le seul à faire des choses surprenantes... Je viens de rencontrer la Vouivre et la Prêtresse.... Lenalee et... Elicia... » Une façon comme une autre de demander des informations à un collègue.

« Oh, lui ? » Il pose ses yeux sur ce cher ami, avant de le bousculer légèrement avec sa canne. Faisant tomber un peu de cendre, il continue. « J'espère que tu pourras l'excuser, il n'est plus très causant... » Surtout depuis que sa langue lui a été arraché... oui, la mort n'a rien changé de ce côté là. « Alors laisse moi te le présenter. Cet homme n'est pas qu'un simple être humain. Voici l'un des gardiens de l'Olympe, un « champion » qui m'a fait face. Ezekiel est son nom, Ange du courage est son titre... Et il est... » Retirant son chapeau, il le pose sur son torse avant de montrer le corps avec sa canne. « Le cadeau que je te fais. »  Pourquoi ? Les occupations d'Alessio se sont toujours montrées très spécifiques. Un corps d'un combattant Olympien, d'un être ayant baigné dans un cosmos spécifique, voilà qui pouvait intéressé ce Spectre. Oh, bien entendu, le Rêve pourrait très bien décider de le jeter dans le Styx... Cela ne changera rien à son état. « J'ai déjà extrait ce que je voulais de lui... »

Non, sa langue n'était pas dans les projets du Basilic à la base.

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MessageSujet: Re: Le rêve devenu noblesse [PV Alessio]   Ven 16 Juin 2017 - 13:52

Tu as de la chance, je viens tout juste de rentrer. Mais il pouvait déjà s'en douter à l'avoir vu descendre des cieux de la sorte. Déjà à l'époque, Alessio n'avait pas l'habitude de s'éterniser aux Enfers quand il n'avait rien y à faire. Ne plus appartenir au Monde du Dessus, du moins plus selon les lois naturelles, ne les empêchait pas de l'arpenter par la grâce de Dieu - celui des Enfers, évidemment ; il eut été idiot de s'en priver. Même en ne tenant pas en place, même en ayant passé tout ce temps à en faire la visite, il lui restait encore tant à faire - tant de secrets à percer, tant d'âmes à tourmenter. Face à Dante, il le servait à rien de le cacher : c'était une passion commune.

Hm ? réagit-il tout en finissant de s'assurer de la propreté de son costume - ce n'est pas parce qu'il pouvait en générer de nouveaux à volonté qu'il aimait avoir à le faire s'il pouvait encore les sauver. Ah, ça. Et bien, disons qu'il s'est passé plus en quelques années qu'au cours des siècles qui ont précédé. Effectivement, il n'avait pas encore été élevé au rang de Juge lors de leur dernière rencontre, et ce n'était qu'un changement parmi tant d'autres. Si son passé en tant que Djinn lui avait laissé en souvenir de sympathiques facultés, il n'avait jamais souhaité faire marche arrière : il jouissait à présent d'une bien plus grande liberté. Et comme tu as pu le voir... De ses deux mains, celle restée libre se leva pour produire le même type de brumes ombreuses grâce auxquelles il était arrivé jusqu'ici. ...J'ai appris quelques nouveaux tours.

Bien sûr, le rôle s'accompagnait aussi de quelques contraintes, mais ce n'était rien qu'il ne puisse gérer lorsqu'il rentrait au bercail - et personne n'avait, à sa connaissance, jamais trouvé à s'en plaindre. Peut-être parce que ceux qui auraient pu le faire s'en voyaient rarement laisser le temps. Si un barbare comme Kazuki - il prêtait à Setesh un peu plus de crédit en raison de son âge plus avancé encore que le sien ; peut-être à tort - arrivait à remplir cette fonction sans que l'on se presse au bureau des plaintes, il osait croire en être tout autant capable. Et si sur le plan martial il était bien loin de rivaliser avec ces machines de guerre, il le compensait par d'autres qualités.

Tout ce temps ? s'étonna Alessio, sans plus en dire sur la nature de son évolution - Dante le découvrirait bien assez tôt. Une énigme n'a que peu d'intérêt pour qui en connaît toutes les réponses, même s'il n'aurait pu donner chacune d'elles de toute façon. Cela fait bien cinq ans.

Si la notion du temps lui échappait parfois comme à beaucoup, il pouvait tout de même resituer la plupart des événements marquants. Le jour où l'Olympe avait dû abdiquer face aux légions d'ébène était l'un d'entre eux. Aujourd'hui encore, il peinait à comprendre pourquoi le Roi d'En Bas n'avait pas été au bout des choses, d'autant qu'il ne lui avait pas paru tant éprouvé par la bataille lorsqu'il l'avait rencontré le jour d'après. Le monde en serait bien différent - et peut-être disposerait-il de son nuage personnel en guise de palais. Il fallait croire que malgré tout le vice qu'on lui prêtait, le Seigneur Obscur était encore bien charitable.

J'ai eu à faire au même genre de technique lorsque je me suis confronté au dernier Chevalier des Gémeaux, fit Alessio en allumant son propre bâton de cancer, comme par magie. Il faut croire que j'ai eu plus de chance que toi. Suffisamment pour avoir soutiré au propre comme au figuré les arcanes de cet art à son propriétaire, paix à son âme - enfin, autant qu'on puisse en espérer en croupissant dans l'une des geôles infernales. S'il éprouvait envers lui une pointe de reconnaissance, ce n'était certainement pas assez pour lui épargner ce sort, soyons sérieux. Il exhala un premier nuage du poison qui emplissait ses poumons. Mais je constate que tu as fini par t'en tirer.

Daignerait-il lui expliquer par quel moyen ? Le Griffon ne pouvait que l'espérer. S'il y avait effectivement des similitudes avec la technique du Troisième Gardien du Sanctuaire, ce n'était sans doute pas strictement la même : savoir comment se sortir d'une telle situation pourrait lui être utile à l'avenir, en particulier quand l'on doit prévoir sur le très long terme. Ses recours étaient nombreux - d'autant plus après son passage sur l'Etna - mais tout indice était bon à prendre, surtout si cela pouvait lui éviter de dévoiler toutes les cartes dans son jeu. S'il préférait de très loin rafler la mise sur un coup de bluff sans devoir montrer quoi que ce soit, avoir une main solide au cas où n'était jamais de trop.

Ah. Désolé pour toi. fit-il avec un rire moqueur quand le Basilic lui annonça qui il avait croisé en chemin. Il n'avait pas dû être déçu du voyage. Je suppose que l'on peut dire que nos critères d'admission se sont quelque peu relâchés en ton absence. Enfin, au moins tu n'es pas tombé sur Kyrian.

Il n'arrivait plus à se rappeler si son collègue avait déjà eu la « chance » très relative de croiser le Phénix Noir. Rien n'était moins sûr, celui-ci passant plus de temps à prendre le thé au Sanctuaire ou qui sait quoi d'autre qu'à servir les Enfers, malgré le pacte qu'il semblait avoir conclu avec les autorités locales - il s'était souvent demandé qui avait bien pu accepter son admission.
Alessio lui-même vaquait souvent à ses occupations plutôt que de remplir quelque ennuyeuse mission, mais étant un Juge, il pouvait se le permettre ; on ne pouvait en dire autant d'un porteur d'armure noire, qui ne saurait être beaucoup plus que de la chair à canon. Et puis, lui au moins employait son temps à quelque chose d'un peu plus digne que de conter fleurette à l'ennemi. Car qu'il n'y ait plus eu confrontation depuis longtemps ne changeait rien au fait que c'était là la nature de leur relation avec les Saints d'Athéna.

J'espère néanmoins que cela ne t'aura pas trop donné envie de retourner t'enfermer dans ta dimension. dit-il en éparpillant ses cendres, les regardant voltiger parmi les damnés, toujours sourire aux lèvres. Tu sais comme moi que ce n'est rien qui ne finira par s'arranger avec le temps.

Par ailleurs, s'il n'en laissa rien paraître, Dante lui apprenait la nouvelle de la promotion d'Elicia au poste de prêtresse. Laquelle n'était pas sans le laisser circonspect, surtout après ce que son séjour dans les terres du nord avait pu lui apprendre à son sujet - supposer que la Guerrière Divine de Gamma n'ait pas raconté cela pour semer la zizanie dans leur rang, mais il ne pensait pas qu'elle ait assez de suite dans les idées pour lui avoir menti.
Hadès - ou quelle que soit la divinité qui avait pu l'introniser en tant que telle - n'était sans doute pas au courant ; il pourrait être intéressant de savoir ce qu'il ferait en l'apprenant. Non qu'il ressente une quelconque urgence à aller lui glisser dans l'oreille : l'élection d'un représentant divin - fut-il féminin dans ce cas - le laissait de marbre ; mais il saurait au besoin avoir à portée un moyen de pression. Ce n'est jamais perdu.

Oh, fit-il, les sourcils se levant sous la surprise, quand Dante lui présenta son invité - lequel se trouvait être une denrée rare. Esquissant un très léger mouvement des doigts qui tenaient sa cigarette dans sa direction, il l'obligea à se lever, non pas par ses propres moyens - il n'était pas si cruel - mais à l'aide d'une nuée de filins ; encore que du point de vue de Dante, cela ne ferait sans doute pas grande différence. S'en étonnerait-il pour autant ? C'est un beau cadeau que tu me fais là. Merci d'avoir  pensé à moi.

D'imperceptibles mouvements de la main, il fit lever le bras au macchabée, serrer le poing ; bien que son trépas ne date pas d'hier, il semblait encore bien conservé. Pour le peu qu'il savait d'eux, les Anges n'étaient effectivement pas des humains ordinaires - et peut-être pas humain du tout. Étant donné le sincère mépris de nombre d'Olympiens pour l'humanité - et comment leur en vouloir ? -, il aurait été étonnant qu'ils acceptent d'en intégrer à leur garde commune, même si Zeus avait tapé du pied. Et s'il s'agissait de pures créations, qu'étaient-ils exactement ?

On n'en trouve plus, de nos jours ; j'avais perdu l'espoir de mettre la main sur l'un d'entre eux, expliqua-t-il. Alessio n'avait pas pris part aux hostilités à l'époque, étant occupé ailleurs, et l'Olympe avait dans la bataille perdu tous ses serviteurs. Si celui-ci était tout aussi mort, il restait quelque chose à en tirer - du moins pour qui saurait le lui arracher. Suspendant brièvement l'attention qu'il portait à son nouveau jouet, il tourna sa mine satisfaite vers son généreux donateur : Je tâcherai d'en faire bon usage. Et il va sans dire que je saurai te le revaloir.

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MessageSujet: Re: Le rêve devenu noblesse [PV Alessio]   Mer 21 Juin 2017 - 0:06

Je remercie cette chance. Bien que tu ne me sois pas si désagréable que ça – surtout depuis que tu es mort – je préfère ne pas te garder trop longtemps. Oui, même par pensée, le Spectre a pris l'habitude de parler à son colocataire. Il n'y a pas de véritables raisons à ce phénomène, à part peut-être avoir vécu cinq années, jours et nuits, sans repère temporels permettant de prouver l'un ou l'autre, avec cette même personne... Oui, cela peut rappeler une raison, ou une origine.

Alessio confirme en tout cas que des changements se sont bien déroulés durant les dernières années. Intrigués par ceux-ci, le « Roi Serpent » reste donc assez attentif, suivant des yeux cette brume obscure émise par la main de son collaborateur. « Intéressant... Tu peux donc utiliser cette « brume » pour te déplacer. Mais, te connaissant, tu as dû développer d'autres utilités à cette capacité... » L'originalité du Rêve n'est plus à prouver, en tout cas aux yeux de Dante. C'est l'un des plaisirs d'être déjà mort, d'exister à travers celle-ci : cela permet de rencontrer des âmes avec lesquelles échanger n'est pas seulement une occupation, c'est un moyen de développer, d'agir, d'une certaine façon, sur le monde... Alors que certains revenants, certains esprits, n'apportent rien. À part peut-être quelques moments de flottements étranges, entre le questionnement et l'ennui... ou encore le sentiment de solitude. « Et oui, tout ce temps... Enfin, cela paraît encore plus long lorsque tu ne possède ni éléments pour te situer dans le temps... ou que celui-ci semble même s'écouler différemment. »

Expirant quelques toxines, le Basilic observe à nouveau Alessio. C'est certain, ses capacités se sont développées. Cela reste compliqué de juger un Spectre d'un simple coup d’œil, surtout lorsque celui-ci possède la longévité de Setesh, Alessio, ou même Dante. Le Temps – si celui-ci a encore une quelconque importance – offre une expérience dans la maîtrise de sa propre image. Le Djinn reste peut-être le meilleur dans cet art... Ainsi, même si une information est connue à son sujet, elle n'est que vague, une énigme. Esquissant un sourire, le « Roi » observe en direction des profondeurs des Enfers, reprenant doucement. « Depuis notre mort, nous ignorons les principes tels que le temps... Pourtant, je peux t'assurer que ma libération m'a rappelé sa puissance. Non pas sur mon corps... mais sur mon absence... » Un léger rire traverse les lèvres du Basilic. Faisant tourner sa cigarette entre ses doigts, ses yeux reptiliens profitent à nouveau du spectacle offert par la mare obscure. Par le passé, Dante s'est toujours montré comme un être... patient... Quelque soient les victimes, il apprécie qu'elles se débattent... ou qu'elles se développent. Le meilleur exemple à cette dernière catégorie restant les templiers. Mais, enfermé dans une dimension, seul avec une proie simple n'est en rien plaisant pour lui... Même son goût malsain pour la douleur n'est pas satisfait... car la seule chose qu'il ressent est une frustration grandissante, qui transforme son esprit déjà brisé en cendre. Alessio n'a pas eu, fort heureusement pour lui, à vivre cette expérience.

« Athéna et Zeus, mains dans la mains dans les techniques les plus perverses. » Un nouveau rire traverse ses lèvres, alors qu'il se retourne vers son interlocuteur. « Cela fait quelques temps que je n'ai pas rencontré ce chevalier d'or en particulier – sans compter mon absence – mais la méthode utilisée était différente... Bien que cela pourrait être fait par un protecteur d'Athéna. L'ange s'est agrippé à moi, ayant perdu tout espoir de me vaincre... Le conflit environnant commençait à se calmer, la victoire était à nous... ! Et c'est là qu'il m'a « invité » dans cette dimension, à ses côtés. Nous étions enfermés, ensemble. » Cette perspective laissait imaginer les vices qu'avait pu subir cet ange, mais qu'importe, continuant, le Spectre retire son chapeau, le faisant tourner autour de son index. « J'ai profité de cette solitude pour assimiler la connaissance qu'il « m'offrait », mais il semble y avoir glisser toute sa volonté pour me garder enfermer. J'ai dû patienter pour que la structure cosmique qui me maintenait entre les murs de cette prison perde en puissance... sa mort n'a même pas entraîné un changement, seul le temps y est pour quelque chose... »

Une déception, voilà ce que ressent Dante lorsqu'il repense à ce combat. Oh, Dante ne lui avait pas demandé d'abandonner... juste de combattre comme il devait combattre, non pas en sacrifiant sa vie mais en se perdant dans une furie, celle d'une bataille qui ne se finirait que dans le sang du vaincu ! Une bataille que le Basilic pourrait dominer, tel son totem dominant les serpents. Dès le moment ou le mot honneur a résonné durant ce combat, l'italien avait perdu tout véritable plaisir. C'est ainsi que s'était déroulé ce dernier combat, qui se soldait par son enfermement, avec sa frustration et l'objet de celle-ci... « Quelque chose me surprend... » Outre Lenalee et la Prêtresse, qui seront bientôt mises en avant durant leur discussion. « Pourquoi Hadès est-il toujours aux Enfers ? Ne s'est-il pas installé sur le trône du « Roi des dieux » après sa victoire contre Zeus ? S'il te plaît, ne me dit pas qu'Athéna s'est pointée avec la bouche en cœur pour détruire nos armées. » Après tout, l'Olympe n'est-pas le centre névralgique du pouvoir divin ? Déléguer le gouvernement des Enfers à l'une des déité infernale tandis que le « Zeus Chthonien » dirige depuis le Temple principal de la montagne sacrée, cela serait logique...

Bien que la logique est plutôt difficile à respecter parfois...

Continuant d'associer les toxines de la cigarette à son propre poison, Dante laisse apparaître un sourire contre ses lèvres tandis que le Rêve laisse entendre des excuses concernant ses dernières rencontres. « Kyrian ? Je crois avoir entendu ce nom, deux ou trois fois avant le conflit contre l'Olympe... ma mémoire me joue parfois des tours. Enfin, pas seulement à moi... la jeune Prêtresse s'amuse déjà à considérer le temps comme difficile à définir. Que se passera t-il lorsqu'elle arrivera à la moitié du millénaire ? » Une prêtresse devrait avoir au moins la capacité à se placer dans le temps, c'est ce que demande en partie son rôle : connaître les éléments pour ainsi seconder parfaitement – sur le plan religieux, entendons-nous bien – sa divinité... « La seule nouvelle que j'ai pu avoir... est la promotion de Setesh. Son expérience rendra la domination de sa sphère de pouvoir plus simple... Je plains juste ses collaborateurs et subordonnés les plus proches de lui, je doute qu'il soit simple à suivre... ou à comprendre. D'ailleurs, quelle étoile s'est liée à lui ? » Curiosité, quand tu nous tiens. Par le passé, le Basilic appartenait à l'armée de la Wyvern... il doute que les choses aient changées à ce point.

« Ne t'inquiète pas, je sacrifierais un millier de personnes pour ne pas retourner dans cet endroit. » Ce qui n'est pas un nombre si important que ça. La Peste Noire a fait bien plus de ravages que ça... et il n'y avait pas de survie à la clé pour les artistes qui se sont amusés à mettre en place cette « œuvre ». « Ou peut-être plus s'il le faut. » L'existence d'un être humain est partagée entre une courte période appelée « Vie » et le long fleuve, calme ou tumultueux, appelé « Mort ». Qui pourrait en vouloir à quelqu'un qui ne fait « qu'aider l'être humain » à atteindre ce stade d'existence ?

Ezekiel... Oui, lui aurait été capable d'en vouloir à Dante – parfaite transition, n'est-ce pas ? - mais il ne possède maintenant plus l'esprit pour. Oh, il doit bien être, empli de rage et de frustration, dans sa prison, ou peut-être a t-il accepté son sort ? Qui sait... Son corps se soulève alors peu à peu, semblant obéir à une force invisible. Les mains sur sa canne, le Basilic penche la tête sur le côté. « Télékinésie ? » Lui-même fin connaisseur dans ce domaine, il reste pourtant septique sur cette hypothèse. La manipulation semble bien moins « raide », plus fluide, que celle entraînée par la manipulation psychique. « Je pensais souvent aux Spectres – enfin, il faudrait que je précise : les vrais Spectres – dans ma prison. Mais je n'ai rien pu ramener pour Setesh... Je doute qu'il trouverait intéressant le corps mort d'un Ange. » Au passage, le revenant apprend que les êtres identiques à Ezekiel semblent ne plus apparaître. Que s'est-il passé pour que les forces militaires de l'Olympe. Mais au moins, cela rendait ce corps bien plus précieux qu'il ne pouvait l'être – et pourtant, il l'était déjà assez –. « J'espère que tu n'as rien contre les marques sur le corps... ou même son absence de langue... Il a parfois été très difficile de m'occuper. Et je saurais me souvenir de tes mots. »

Posant ses yeux sur le corps, il suit du regard le mouvement...  Le regard d'Alessio sur ce corps est celui d'un véritable expert... Dante théorise même qu'il s'est affiné dans son observation, dans sa compréhension... « Belle capacité que tu as là... plus fluide que ma télékinésie... et bien moins sale... » Cela n'a jamais été un problème, en vrai. « Que la nécromancie... » L'évolution pourrait coïncider avec cette nouvelle technique... enfin, nouvelle. « Serais-tu devenu marionnettiste, cher ami ? »

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Alessio
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MessageSujet: Re: Le rêve devenu noblesse [PV Alessio]   Mer 21 Juin 2017 - 7:19

Comme il pouvait s'y attendre, Dante buvait chacune de ses paroles. De la même manière que lui, il savait que l'information contenait du pouvoir - de plus en plus à mesure que passaient les âges et s'élevaient les civilisations. Pendant que la plupart des guerriers élus des dieux résumaient leur arsenal à leur seuls poings, leur Guerre Sainte à eux se jouait à la force des mots. Il y a plus d'une manière de tuer - un thème qu'ils avaient eu des siècles pour explorer ; et pour peu qu'on sache y faire suffisamment, la parole tue aussi sûrement qu'une lame... Mais pas sans d'abord infliger les pires tourments.
Pourquoi s'acharner à briser le corps invincible d'un surhomme, quand d'une pichenette on peut faire voler en éclats son esprit ? Produits d'un autre temps, héritiers d'une époque révolue depuis longtemps - une éternité ! -, les chevaliers n'étaient pas faits pour les règles du monde actuel ; on les extrayait de leur foyer dès le plus jeune âge pour les faire s'entraîner dans des pagodes et des sanctuaires presque aussi vieux que les dieux humaines. Quelle ironie de constater qu'eux, Spectres n'ayant aucun droit de fouler cette ère qui n'était pas la leur, avaient mieux qu'aucun autre su s'adapter. Du moins jusqu'à disparaître pendant cinq ans dans une faille dimensionnelle.

Si la moitié d'une décennie n'était pas grand chose à l'échelle de leur existence intemporelle, l'Étoile Céleste de la Victoire - celle-ci étant revenue le voir comme on retrouve un vieil ami - avait néanmoins besoin d'une mise à jour, et il entendait la lui donner. Il lui eut été facile de trier les informations à lui donner - de distiller ce qu'il voulait qu'il entende comme il savait lui-même affiner le venin -, mais c'eut été se donner beaucoup de mal pour rien. Pour être habitué à ses combines, Dante ne serait pas aussi facile à duper - et s'il pourrait tirer quelque rire de l'induire en erreur, il n'était nul besoin de le ranger de son côté. Et si les choses avaient voulu qu'il ne soit point de son régiment, il doutait que cela suffise à en faire une nécessité.

Tu connais mon goût pour le spectaculaire, fit-il en agitant la main pour dissiper les ténèbres qui l'emmitouflaient encore, celles-ci tardant à se résorber. Une réponse sans en être une, mais il n'en serait certainement pas surpris ; un magicien, s'il veut captiver la foule, ne révèle point ses secrets, fut-ce à son entourage ; même quand toutes les lèvres sont scellées, le bruit trouve parfois le moyen de s'enfuir. En profitant pour réajuster son gant, il reporta sur lui son attention. Je me doute bien. Enfin, vois le bon côté des choses : tu as la chance d'être immortel. Un simple humain dans ta situation aurait fait plus que mourir d'ennui. Et parlant de ça, pourquoi ne pas avoir tenté de te supprimer ?

S'il avait mis fin à ses jours - si burlesque soit la formule pour un dévot infernal -, pour peu qu'il mette assez de coeur à l'ouvrage, Dante aurait fort bien pu réapparaître aux Enfers plutôt que de devoir purger sa peine jusqu'au bout. Il avait sa propre théorie sur les raisons qui avaient pu l'empêcher de commettre l'irréparable, mais souhaitait entendre son point de vue sur la question. Même pour eux qui avaient déjoué la mort, en avaient fait une partie de leur être et bu à la fiole antique ses noirs secrets, il demeurait une part d'inconnu. Et bénie soit cette dernière, car lorsque la mort aurait divulgué tous les siens, il leur faudrait étudier ceux de la vie - et qui sait quelles abjections pouvaient s'y terrer !

Il pouvait sentir les yeux de Dante posés sur lui - et les laissa s'abreuver de son image tout leur content ; il n'avait rien à cacher - du moins rien qu'on puisse supposer d'exister s'il n'y était pas incliné. Il n'avait pas changé, non, peut-être moins encore que son compagnon migrant des âges - et pourtant tant et plus. Plus qu'un Spectre peut espérer changer en cinq petites années. Il n'avait pas perdu son temps - au point d'en être presque navré pour celui que son compère avait sans rien pouvoir en faire vu défiler. Qui sait combien d'opportunités manquées cela pouvait bien représenter ? Il lui souhaitait d'être motivé : il avait du retard à rattraper.

Oh, tu n'as pas tant raté : ce n'est jamais que plus de la même chose, rétorqua-t-il néanmoins. Car dans le grand cycle des guerres que se livraient les dieux, dans ce spectacle répété à en user les planches, ces cinq ans n'avaient été qu'un bis repetita. Seule changeait la manière dont eux, cartes cent fois battues, pions sur la surface fatiguée de l'échiquier, avait occupé leur entracte. La surface doit continuer. Mais pour partager sa curiosité de savoir ce qui se passe une fois le rideau éteint, Alessio pouvait comprendre sa frustration, qu'il s'efforcerait d'amenuiser. Même si certains semblent ne pas s'en lasser.

Les dieux eux-mêmes tout d'abord, mais aussi leurs plus fidèles servants. S'il ne percevait pas Kazuki ni Setesh comme des fanatiques, il doutait qu'aucun d'entre eux trouve à redire à ce qu'on les fasse combattre jusqu'à satiété, contrairement à lui. Fort heureusement, nul n'avait eu la radieuse idée de le lui demander. Et c'était très bien ainsi : une place pour chaque chose à sa place.
La sienne était derrière les cartes, à jouer avec les petites figurines que l'on y place ; pas en première ligne le pilum dans une main et le pavois dans l'autre. Et si quelqu'un y trouvait à redire, peut-être apprendraient-ils à choisir avec plus de soin les noms donnés au dernier maillon de leur hiérarchie - au bout de laquelle le prêtre était à son sens un boulet tout au mieux.

Athéna a toujours été une enfant pourrie-gâtée, fit-il remarquer en haussant les épaules, expirant de nouvelles volutes de tabac sans que cela retarde en rien sa locution. Il n'y a rien d'étonnant à ce que son père lui ait donné les plus beaux jouets. Guignant sa main, il parut en sonder la puissance avec autant de nonchalance que s'il s'était regardé les ongles - ce qui eut été difficile avec le velours les recouvrant, mais passons. Non que nous ayons à nous plaindre de ceux qu'Hadès nous a gardé dans son propre coffre.

Bien qu'ils ne soient que trois à occuper le plus haut rang de leurs armées, et ce depuis la nuit des temps, ils n'avaient eu aucun problème à tenir tête - et même à damer le pion - à des factions qui, comparativement, croulaient sous les hauts-gradés ; si ce n'était pas la preuve de leur efficacité ! Mais déjà Dante poursuivait son récit, élaborant les détails de cette fameuse technique. Pour avoir acquis des aptitudes similaires, bien qu'elles ne soient encore chez lui que très secondaires, le Juge lui prêté une oreille attentive - non qu'elle lui soit sourde bien souvent.

S'enfermer dans une pièce sans issue avec un animal venimeux. Auréole mise à part, les Anges ne sont pas plus brillants que les hommes, à ce que je vois. commenta-t-il avec ironie.

Si certes le gardien céleste n'était peut-être pas au fait de l'ascendance ophidienne de son vis-à-vis, peut-être aurait-il dû néanmoins s'assurer une autre sortie avant d'avaler la clé. Il n'avait eu que ce qu'il méritait pour avoir si tragiquement manqué de suite dans les idées. S'il lui aurait bien souhaité d'apprendre de ses erreurs, le Griffon doutait qu'il soit jamais en état de réitérer - quelle que soit la précaution avec laquelle Dante le lui avait gardé de côté.

Il est vrai cela dit que rares sont les charmes à persister après la mort. En fait, je crois que seuls les dieux en sont normalement  capables ; peut-être cela tient-il au fait qu'ils étaient dépositaires d'une partie du pouvoir de l'Olympe, à moins que ça ne soit parce qu'ils ne sont pas vraiment vivants au départ.

Il se caressa le menton d'un air pensif : il ne manquerait pas de décortiquer plus avant ce raisonnement. Les Spectres n'étaient plus tout à fait vivants non plus, mais ils l'avaient été à un moment donné ; et ils pouvaient encore périr, même si ça ne durait qu'un instant. Les Anges ayant possiblement été créés plus qu'ils n'étaient venus au monde, cela pouvait créer une exception les concernant ; cela ferait qu'ils « étaient » jusqu'à cesser d'être plus qu'ils ne vivaient avant de mourir.
Oui ; il se pouvait que les lois de l'univers - les lois du cosmos -, contournées plutôt que brisées, admettent cette échappatoire. Une dissection méticuleuse devrait lui en apprendre davantage. Car certes, son envoûtement s'était rompu relativement vite en comparaison de ceux que pouvaient lancer les dieux - dont l'espérance allait jusque dans les deux-cent ans, pour autant qu'il puisse en juger -, mais ça n'en restait pas moins un talent d'exception.

Quant à savoir si c'était là une norme pour leur caste déchue ou un talent qui lui était propre, il lui appartenait de le découvrir. Et le séraphin allait l'y aider. Qu'il s'en réjouisse ; il n'est pas donné à tout le monde d'être utile dans la mort, si ce n'est à nourrir les asticots. Tâche autrement moins noble que d'être l'instrument du progrès, fut-il dans le mauvais camp - en eut-il été besoin, Alessio aurait pu lui jurer que ce n'était pas feu le sien qui l'en blâmerait.

C'est une bonne question, répondit-il sans délai, bien qu'il dut s'extraire de sa réflexion. Qui ne sait songer et parler en même temps restera à jamais un cancre dans l'art des mots. N'ayant pas pris part à la bataille, je ne saurais t'éclairer davantage. Peut-être l'Olympe avait-il subi de trop lourdes avaries pour qu'il fasse encore bon s'y installer après la bataille. Peut-être qu'après y avoir pris des vacances et piqué une tête dans sa piscine de sang d'ange, notre seigneur bien-aimé y a préféré le confort de son doux foyer. Je suppose que pour le savoir, il faudrait le lui demander, et comme tu peux t'en douter lui et moi avons rarement l'occasion de converser en tête à tête.

Ce qui n'avait que peu changé malgré sa promotion - et il ne s'en portait pas plus mal. Perséphone exceptée, seul dieu tellurique dont il apprécie la compagnie était Hypnos - encore que cela dépende des incarnations, les plus récentes peinant à trouver grâce à ses yeux. Une chance que les Spectres n'aient pas à souffrir de cet inconvénient ; s'il tâchait déjà de s'éviter la mort, moins par peur que par souci d'ordre pratique, il n'aimerait guère plus devoir redéfinir sa personnalité à chaque fois - laquelle convenait fort bien en l'état. S'ôtant la cigarette des lèvres, il en observa le sommet incandescent.

Et puis, si nous devions nous installer sur toutes les terres que nous conquérons, nous aurions dû nous faire pousser des branchies peu de temps après.

L'idée lui fit faire la grimace ; et si beaucoup avaient accueilli avec une certaine joie la fin de Poséidon en cette ère, l'idée de ne plus devoir mettre les pieds (ou les ailes) en Atlantis pour au moins deux siècles était le principal soulagement. Si les profondeurs marines ne lui étaient pas aussi désagréables que le froid asgardien, la différence se jouait à presque rien. S'ils avaient malmené les Berserkers et chahuté les Titans depuis, il ne s'agissait pas de conquêtes à proprement parler.

Mais je puis néanmoins te rassurer : nos braves soldats sont rentrés par eux-mêmes, et sur leurs deux pieds - même si, pour avoir depuis dû effectuer moi-même le voyage-retour depuis l'Olympe, j'en soupçonne certains de s'être porté le coup de grâce pour se l'épargner. Il releva légèrement la tête, l'air circonspect : Quant à notre nouvelle prêtresse, elle semble avoir déjà du mal à définir à quoi elle souhaite ressembler ; mieux vaut ne pas trop lui demander. Et pour ce qui est de Kyrian, ne sois pas trop pressé.

Nul doute qu'il comprendrait le message, leur appréciation en ce qui concerne les recrues de l'armée des morts tendant à se rejoindre. Au moins, celui-ci n'était pas un Spectre au sens premier du terme ; cela pouvait expliquer la mansuétude qui semblait avoir entouré son admission. D'autres n'avaient pas cette excuse, et ce n'était pas sans soulever quelques questions. Après des millénaires à répéter le processus, il pourrait se comprendre que les cent-huit étoiles soient fatiguées de faire le tour du monde en quête de nouveaux porteurs, mais cela n'excusait pas de se rabattre sur le premier péquin venu.

Étoile Céleste de la Férocité, dénonça Alessio ; une main posée sur le torse, il emprunta l'espace d'une seconde un ton solennel. Cela ne dura bien évidemment pas ; si c'était certes un grand honneur que celui dont Setesh avait fait l'objet, il serait le premier à saboter toute la noblesse que l'on pourrait y trouver. Chacal un jour, chacal toujours, même avec une peau de dragon sur les épaules. Ce n'est jamais que sa deuxième tentative. Souhaitons-lui qu'elle ne le recrache pas une deuxième fois - même si jamais deux sans trois.

Le marionnettiste n'était pas sans laisser transparaître une once de dédain - comme il en avait toujours eu pour Setesh. Dante n'avait pas besoin de savoir que, à l'instar de tant d'autres choses, la situation avait changé - pas tout de suite. Cela ne lui serait pas difficile ; lui-même avait du mal à croire qu'il ait attendu aussi longtemps pour placer l'ancien Spectre d'Anubis sous son emprise. Le tout était de trouver le bon moyen de pression, même si celui-ci ne semblait plus aussi indispensable dernièrement.

Tout de suite les grands mots, fit Alessio, laissant choir sa cigarette au sol pour mieux l'écraser. Ne parle pas trop vite ; sait-on jamais qu'elle finirait par te manquer !

Si railleur soit le propos, il n'était pas entièrement dénué de sens ; s'ils n'avaient eu cette capacité à créer leur propre divertissement, un espace vide aurait-il vraiment été pire que de revivre sans cesse les mêmes événements ? Même si, il voulait bien le croire, le goût de la nouveauté avait dû vite lui passer. Un à un, il fit bouger les doigts de l'ange déchu - n'était-il pas aux Enfers ? - comme s'ils s'activaient sur un piano invisible ; lui-même ne cilla pas davantage. Il ne prit pas la peine de répondre à l'hypothèse de son compère - non par un quelconque mépris, mais parce qu'il se sentait à sa voix qu'il avait déjà deviné être dans l'erreur. De même qu'il pouvait déceler la sincérité quand il dit qu'il n'oublierait pas ses paroles. Un fin sourire ourla ses lèvres :

Je n'en doute pas. Et non, je ne pense pas non plus - sauf peut-être comme sac de frappe, mais de toute façon je n'aime pas partager. Pas ce genre de choses, en tout cas - de même qu'il gardait jalousement ses autres trophées, au grand dam de quelques nordiques qui auraient bien aimé en revoir certains. Ne pouvaient-ils pas faire comme son bouc émissaire à la laine étincelante et se faire une raison ? Peut-être pourraient-ils eux aussi trouver de quoi compenser. Ne t'inquiète pas, l'essentiel y est. Il faut bien passer le temps.

Posant à nouveau les yeux sur l'émissaire céleste, il le fit tomber à genou devant eux - non pas par maladresse, mais avec un empressement qui, sur un vivant, aurait pu s'associer à un profond respect - ou à un geste de soumission. Nul doute que s'il avait encore eu la moindre conscience du sort de sa dépouille, le malheureux aurait eu bien du mal à trouver le repos éternel. Une chance que celui-ci ne soit qu'un mensonge, après tout. À nouveau, il tourna la tête vers Dante, insinuant un zeste de ruse dans son sourire alors que celui-ci pouvait enfin voir dans l'ombre de son couvre-chef. Alessio n'avait pas changé, non ; excepté pour ces yeux dorés qu'il avait bleus à l'époque.

Ne l'ai-je pas toujours été ? répondit-il paisiblement.

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